Spinal Tap, le film qui a traumatisé le monde du rock : enfin la suite !
En 1984 débarque un OVNI cinématographique sur les écrans américains : Spinal Tap, (« ponction lombaire », en bon French). Il s’agit d’un documentaire consacré au groupe de rock éponyme ; un « rockumentaire », donc. Mais comme le groupe en question n’est que pure fiction, nous avons affaire à un « rockumenteur ». La critique adore. Le public, pas du tout. Pourtant, au fil des ans, Spinal Tap triomphe vite dans les vidéos-clubs et devient l’une des VHS les plus piratées au monde. Il s’agit du premier film de Rob Reiner, qui se fera connaître plus tard avec le maître étalon de la comédie romantique, Quand Harry rencontre Sally (1989). C’est un metteur en scène du genre touche-à-tout, mais qui excelle à tout ce qu’il touche. Le film terrifiant avec Misery (1990), adaptation d’un roman de Stephen King narrant le calvaire d’un écrivain à l’eau de rose kidnappé par une fan aussi transie que folle furieuse. Deux ans plus tard, Des hommes d’honneur, l’un des meilleurs films de procès à ce jour, après le fameux Douze hommes en colère (1957) de Sidney Lumet. Même Tom Cruise et Demi Moore y sont convaincants ; c’est dire. Le 14 décembre 2025, Rob Reiner et son épouse sont assassinés. Nick, leur fils, toxicomane invétéré et incarcéré depuis, ferait figure de suspect privilégié. Quelques semaines auparavant, le défunt signe son dernier film, Spinal Tap II ; comme une sorte d’épitaphe à ses premières amours, musicales comme cinématographiques. Mais revenons-en plutôt à l’objet de ces lignes.
Pas facile de rire de soi…
C’est sûrement Michka Assayas qui, dans son monumental Dictionnaire du rock (Robert Laffont), le décrit au plus près : « Ce groupe n’existe pas. Il a été inventé pour les besoins d’un film qui accumule toutes les anecdotes et histoires vraies, et tous les détails hilarants et ridicules sur les coulisses d’un groupe fictif de rock britannique né au milieu des années 60, qui suit toutes les modes – rock psychédélique, hard rock – avec plusieurs trains de retard. Objet de vénération dans le monde des musiciens, ce film est sans doute le plus réaliste jamais tourné sur le monde du rock. » La preuve en est, toujours selon la même source, qu’à sa sortie, Ozzy Osbourne, chanteur de Black Sabbath, aurait déclaré : « Ce film ne m’a pas fait rire. Il décrit trop bien ma vie. » Et celle de tant de vedettes d’alors, serions-nous tentés d’ajouter. D’où cette compilation en forme de best of.
• La compagne du chanteur, férue d’astrologie, s’improvise manager et propose de caler les prochaines dates de tournée de Spinal Tap en fonction des signes astraux de ses membres. Prière de ne pas rire. Ça s’est vu. Et en pire.
• Le bassiste du groupe fait hurler les alarmes aux portiques d’aéroport. Logique, il s’est calé un concombre enveloppé de papier aluminium à l’entrejambe. Ça peut faire rougir les groupies ou les hôtesses de l’air. Les agents de sécurité, déjà moins.
• La malédiction des batteurs du groupe, entre combustion spontanée, accident de tondeuse à gazon et étouffement dans le vomi (d’un autre), il n’y a que l’embarras du choix.
• La pochette de disque dont le graphisme défie l’esthétique, l’entendement et toute forme de logique commerciale, sévèrement retoquée par la maison de disques. Elle est entièrement noire, sans la moindre mention du titre de l’album ou de l’intitulé du groupe. Metallica s’en souviendra avec son Black Album, hommage revendiqué au groupe fictif en question.
• Les Spinal Tap se perdent dans les coulisses censées les mener à la scène. Pareille mésaventure est arrivée à Led Zeppelin et même à Buddy Guy qui, ayant un brin abusé du cognac, s’est retrouvé sur le trottoir, devant l’une des innombrables entrées du Royal Albert Hall, à Londres, alors qu’il devait assurer la première partie d’Eric Clapton. On dit que ce dernier en rit encore.
• Les changements de styles permanents, histoire de rester dans l’air du temps. Jusqu’à jouer du free jazz dans un parc d’attractions devant des gradins singulièrement dégarnis ? Oui. Jusqu’à prendre en marche le train de l’ésotérisme celtique ayant marabouté nombre de groupes de rock progressif d’alors ? Oui, encore. Et Spinal Tap d’en appeler aux mannes de Stonehenge, sur scène. Sauf que la reproduction de ses mégalithes ne dépasse pas le mètre vingt et que les korrigans censés représenter ces civilisations antiques ne sont incarnés que par deux nains à chapeau pointu, dansant la gigue tout en se prenant les chausses dans les câbles de guitare. Pour couronner le tout, les musiciens censés sortir de cosses intergalactiques n’y parviennent pas toujours, le bouton d’ouverture se trouvant parfois aux abonnés absents. Ne riez pas. La même année, Johnny Hallyday, qui arrive sur scène dans une main géante, connaît les mêmes affres, cette dernière rechignant parfois à le libérer. Surtout quand les fans les plus transis y ont prélevé un câble et deux ou trois boulons.
• À propos de notre Jojo national, dont certains vers provoquent encore l’hilarité, même celle de ses fans les plus transis, avec Que je t’aime : « Quand tu ne te sens plus chatte/Et que tu deviens chienne/Et qu'à l'appel du loup/Tu brises enfin tes chaînes », il y a encore celles de Big Bottom (« Gros Cul »), des Spinal Tap : « Ma chérie me va comme un smoking de chair/Je vais la faire sombrer avec ma torpille rose. » Voili, voilà…
• Et la plus emblématique pour la fin, quand le guitariste soliste du groupe, sorte de sosie de Jeff Beck, en plus caractériel encore, disserte sur les guitares et leurs amplis, assurant qu’il survole la concurrence parce que le bouton de volume du sien monte à onze, contrairement à une graduation communément admise s’arrêtant à dix. Imparable.
La caution de Paul McCartney et d’Elton John…
Il fallait donc oser passer derrière ce chef-d’œuvre, presque plus de quarante ans après. C’est le pari posthume de Rob Reiner, estimant probablement qu’on n’est jamais si bien servi que par soi-même. Mais comme le rock conserve, les trois principaux protagonistes sont encore de ce monde. Un peu bedonnants, certes. Si les cheveux ont blanchi, l’énergie juvénile est toujours là. Entre-temps, et ce, dans la vraie vie, nos compères, authentiques musiciens, ont accumulé albums et concerts, vivant sur la gloire passée d’un groupe imaginaire à l’origine, mais finalement devenu réalité. Mieux : il n’est pas objectivement pire qu’un autre. D’ailleurs, dans ce second et dernier opus, on voit la participation de quelques vedettes manifestement pas dupes de ce grand jeu du rock and roll.
La première d’entre elles ? Paul McCartney en personne, en un délicieux exercice d’autodérision, quand il tente de convaincre les Spinal Tap que ses progressions d’accords sont peut-être plus pertinentes que les leurs. Puis Elton John, qui pousse le bouchon encore plus loin, acceptant de participer à leur ultime concert de réunion, placé sous le signe de Stonehenge, et que le mégalithe plus haut évoqué, atteignant cette fois les dix mètres sous la toise, lui fracasse le piano à queue en même temps que les guibolles.
Que ceux qui ont adoré le premier Spinal Tap se jettent sur le second. Quant aux autres, qu’ils découvrent les deux. Histoire de se rappeler qu’au-delà de travers d’adolescents attardés, de jobardise et de naïveté, ceux qui se lancèrent dans ce grand cirque le firent aussi avec tout leur cœur, la musique étant pour eux souvent bien plus qu’une posture, mais une offrande, fût-elle maladroite. En ces temps de cynisme généralisé, voilà qui n’est pas rien.
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4 commentaires
Je me suis tordu de rire avec le premier, je vais surement me marrer avec le deuxième. ^^
Aucun intérêt, pour moi.
Moi non plus !!
Vous êtes pas drôles les amis…