Stratégie alimentaire : un nouveau coup dur pour les éleveurs français
Le gouvernement a dévoilé ce mercredi 11 février sa Stratégie nationale pour l’alimentation, la nutrition et le climat (SNANC). Tout un programme qui vise à l’horizon 2030 à « permettre à tous les Français d’accéder à une alimentation plus saine, plus durable et plus locale, tout en renforçant la souveraineté agricole et alimentaire du pays ».
L’alimentation n’est plus une affaire privée. Dans un dossier de 56 pages, découpé en quatre axes et vingt objectifs, le gouvernement donne des directives aux Français, il leur dit comment et quoi manger. Sans grande surprise, il préconise : « Une augmentation de la consommation de fruits et légumes, de légumineuses, de fruits à coque et de céréales complètes ; une consommation suffisante et limitée de poisson et de produits laitiers et une limitation de la consommation de viande et de charcuterie et réduire la consommation de viande importée. »
Moins de viande
Pour y aider les citoyens, pour ne pas dire les y contraindre, la SNANC a tout prévu : actualiser les recommandations nutritionnelles, soutenir l'accompagnement des filières légumineuses, promouvoir les menus végétariens en collectivité…
La question est : dans quel but ? Le gouvernement explique : « Alors que la population mondiale ne cesse de croître, face aux enjeux environnementaux dont les défis climatiques et l’érosion de la biodiversité, il apparaît de plus en plus nécessaire de transformer les systèmes alimentaires actuels vers plus de durabilité, en termes de consommation des ressources naturelles, d’impacts sur le climat et sur la biodiversité, ainsi que sur la santé. » C’est un peu pour la santé et beaucoup pour la planète.
Comme dans bon nombre de domaines, l’argument écologique est imparable. Il désigne les amateurs de côtes de porc et de gigots d’agneau comme de très mauvais citoyens du monde. Les ministères de l’Agriculture, de la Transition écologique et de la Santé qui ont publié conjointement le document stratégique se font donc fort de les éduquer. La rosette de Lyon, pas bien. Les graines de chia, bien.
Trêve de plaisanterie. Au-delà du fait que la gastronomie française met souvent à l’honneur les produits carnés et que ces injonctions, notamment dans la restauration, tendent à faire oublier que la France est le pays du bœuf bourguignon, de la blanquette de veau, du pot-au-feu, du ris de veau, de l’andouillette et du confit de canard, elles vont aussi être particulièrement dommageables pour la filière agricole bien qu’elles se prétendent garantes de « la souveraineté agricole et alimentaire du pays ».
La Coordination rurale le dénonce dans un communiqué publié ce jour : « Affaiblir l’élevage français n’a aucun effet climatique global, mais déstabilise notre souveraineté alimentaire et ouvre la porte aux importations. » Importations qui ont pour conséquence d'« augmenter les transports longue distance et les émissions de gaz à effet de serre ».
Plus de tensions
Elle rappelle en outre que « les États-Unis, la Chine et l’Inde — représentant des milliards d’habitants — ne s’engagent pas à réduire leurs émissions. » A contrario, les « élevages entretiennent les prairies, stockent du carbone et garantissent une alimentation saine et naturelle ». François Walraet, secrétaire général de la Coordination rurale, confie à BV : « Aujourd'hui on a tout un tas d'associations, de lobbies et de partis qui rejettent sur l'agriculture toutes les pollutions qui peuvent exister. L’agriculture est présentée comme la source de pollution majeure. » Ce alors que, comme le soulignait BV il y a quelques mois, l’agriculture et l’écologie ne sont pas nécessairement opposables. Certains agriculteurs ont mis en place des pratiques agroécologiques qui ont un impact positif sur la nature. « La viande française n’est pas le problème, l’écologie punitive et le double discours de l’État, oui », martèle la Coordination rurale.
Et, en matière de punition, les agriculteurs s’y connaissent. Plusieurs d’entre eux ont été interpellés et placés en garde à vue ce mercredi car soupçonnés d'avoir dégradé des transformateurs électriques en Haute-Garonne. Des arrestations qui ne font que raviver la colère des agriculteurs vis-à-vis de l’État. Ces derniers se sentent bien plus enfoncés que soutenus.
François Walraet constate un basculement : « Globalement, sur ces deux mois de manifestation, nous avons senti que le ton avait changé. Il y a eu une pression policière que nous ne connaissions pas avant. C’est une façon de dire aux agriculteurs : “On ne peut rien pour vous mais rentrez chez vous.” Nous étions habitués à des forces de l’ordre plus compréhensives. »
Il pointe du doigt un double discours gouvernemental : « Nous sommes entendus par les ministres qui nous écoutent mais en pratique, côté ministère de l'Intérieur, les manifestants sont réprimés. » Il conclut sur une note positive : « Nous sommes soutenus par la population et c’est déjà beaucoup. » Près de huit Français sur dix soutiennent, en effet, le monde agricole et sa mobilisation. N’en déplaise aux grands stratèges de l’alimentation.
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84 commentaires
Favoriser « une alimentation … et plus locale ».
Le « local » s’étendant jusqu’au Brésil, Argentine, Uruguay à l’ouest, et à l’Ukraine à l’est.
Foutez-nous la paix, laissez nous manger ce que l’on veut