Stratégie islamiste : Tariq Ramadan refuse d’être jugé… pendant le ramadan

« Même si c’est rejeté, il a semé une nouvelle revendication qui sera utilisée par d’autres », craint une avocate.
@Wikimedia commons
@Wikimedia commons

L’islamologue suisse Tariq Ramadan est attendu à la barre de la cour criminelle départementale de Paris du 2 au 20 mars 2026. Il doit répondre de faits de viols aggravés sur trois plaignantes. Problème : le petit-fils du fondateur des Frères musulmans, Hassan al-Banna, ne veut pas être jugé pendant le ramadan (du 17 février au 18 mars).

Le lundi 5 janvier, ses avocats, Maîtres Ouadie Elhamamouchi, Nabila Asmane, Sarah May Vogelhut et Marie Burguburu, ont confirmé l’information en déposant auprès de la cour d’appel de Paris une demande de récusation de la présidente du procès au motif qu’elle n’a pas répondu à cette demande de renvoi pour cause de ramadan. Selon les conseils du prévenu, cette non-réponse laisse à penser que la magistrate ne présente « pas les garanties d’impartialité qu’impose l’équité de l’audience ».

Un argument fallacieux

Ils rappellent, en outre : « Il est particulièrement difficile de concevoir qu’un homme qui devra répondre d’accusations devant la cour criminelle départementale pendant près d’un mois soit interrogé durant la période du ramadan, lors de laquelle il ne disposera pas pleinement de toutes ses facultés, et ce, d’autant plus qu’il est affecté par la maladie. »

Comment leur donner tort ? S’il ne mange pas, il sera nécessairement affaibli. Qu’il mange donc ! Rien n’oblige Tariq Ramadan à jeûner, si ce n’est lui-même. Du fait de sa maladie, même sa religion l’en dispense. La sourate Al-Baqara (2:185) est formelle : « Et quiconque est malade ou en voyage, alors qu’il jeûne un nombre égal d’autres jours. » Tariq Ramadan peut être jugé et faire le ramadan plus tard.

Nous aimerions pouvoir dire « fin de l’histoire » mais, en vérité, cette requête absurde des avocats du principal intéressé mérite d’être regardée sous un, voire deux, autres angles.

D’abord, sous le prisme judiciaire. Lara Fatimi, avocate au barreau de Paris, explique à BV combien, s’il était retenu, l’argument du ramadan pourrait avoir des conséquences sur toute la justice : « Cela poserait un précédent qui serait d’une gravité extraordinaire pour le bon fonctionnement de la justice. Cela voudrait dire que toute la chaîne pénale deviendrait impraticable pendant un mois. » Elle détaille : « Plus de comparution, pas de mise en examen, pas de garde à vue, pas de reconstitution… » L’avocate se dit choquée sur le fond comme sur la forme. Selon elle, la demande de récusation de la présidente « est une manière de mettre la pression sur la justice et sur la magistrate ». Ce ne serait pas une première…

Une requête idéologique

Depuis l’éclatement de l’affaire, en 2017, Tariq Ramadan use de tous les recours possibles pour repousser (ou éviter) le procès. Après le rejet de ses pourvois par la Cour de cassation, le mercredi 9 octobre, l’audience semblait inévitable, mais le prédicateur avait encore un tour dans sa manche. Ce qui a le don d’agacer Henda Ayari, la première femme à avoir porté plainte contre lui. Sur X, elle a déclaré, amère : « Depuis neuf ans, il tente de retarder, d’intimider, d’épuiser. Pour ne jamais affronter la justice. Ne jamais regarder les victimes en face. Il a usé et abusé de tous les recours judiciaires possibles et il continue à le faire pour empêcher la tenue de ce procès, tant attendu. » Elle insiste, ensuite, sur le fait que « la justice n’a pas à se plier à ses prétextes religieux ».

S’agit-il seulement d’un prétexte ? Cela pourrait l’être, mais cela pourrait aussi être bien plus qu’une simple convenance personnelle. La popularité et les origines de Tariq Ramadan donnent à cette demande des allures de promotion de la loi islamique. Lara Fatimi, avocate au barreau de Paris, le confirme : « Tariq Ramadan, c’est un phare de l’islamisme, il est avant-gardiste sur les coups de boutoir. » Selon elle, c'est un spécialiste de « l'effet cliquet » dont l'objectif est « d’aller toujours plus loin avec de nouvelles revendications ». Cette demande est donc évidemment « idéologique » et « communautaire ». Elle vise à envoyer un message à ses coreligionnaires. L’avocate l’affirme : « Même si c’est rejeté, il a semé une nouvelle revendication qui sera utilisée par d’autres. »

Vos commentaires

48 commentaires

  1. Cette laïcité tellement revendiquée, et appliquée par la plupart des juges impose de ne pas répondre à des demandes ayant pour bases des considérations religieuses, non ??

Commentaires fermés.

Vidéo YouTube

Pour ne rien rater

Les plus lus du jour

LFI ne veut pas voir les gens sortir de la pauvreté
Gabrielle Cluzel

Les plus lus de la semaine

Les plus lus du mois