[STRICTEMENT PERSONNEL] Drogue : l’empire du milieu
L’Histoire - la connaissance de l’Histoire - nous offre gracieusement des leçons, qui valent pour aujourd’hui et pour demain. Ou qui devraient valoir. Encore faudrait-il les apprendre, les retenir, les comprendre et en tirer les conclusions qui s’imposent. Nous en sommes loin.
Le précédent de la prohibition de l’alcool par les États-Unis dans les années de l’entre-deux-guerres-mondiales, la constatation de ses effets, de ses ravages et du retour au statu quo ante devant l’étendue de son échec, sont pourtant bien connus. Il n’a pas empêché la quasi-totalité de la planète - en tout cas l’Occident, et au premier rang la France - de décréter, depuis plus d’un demi-siècle, une même prohibition sur la base d’arguments analogues, moraux et médicaux, mais visant cette fois toutes les drogues, « douces » et dures. Suivant des chemins identiques, mais à une autre échelle, cette politique - qui était censée éradiquer la toxicomanie sous toutes ses formes, et qui n’avait le défaut que d’ignorer la nature humaine, l’attrait de l’interdit, le goût, l’habitude, l’assuétude et finalement la dépendance, maladive, puis absolue, des consommateurs de ces fruits vénéneux, défendus mais aisément accessibles - débouche, comme on aurait pu et dû le prévoir, sur une catastrophe mondiale.
Il faut bien convenir que, dans leurs rêves les plus fous, Al Capone et ses modestes homologues de Chicago n’auraient même pas osé imaginer une législation et un dispositif qui, mettant l’alcool hors la loi, auraient par là même réservé et garanti au grand banditisme - autrement dit à l’union de toutes les mafias de par le monde - l’exclusivité de la fabrication, de l’importation, de l’exportation, de la commercialisation et, donc, des profits fabuleux - exempts, rappelons-le, de toute taxe et de tout impôt - générés par la vente des divers types de produits, stupéfiants, stimulants, hallucinogènes, euphorisants et plus ou moins mortifères que la nature, la chimie et la recherche mettent à la disposition de leurs dizaines de millions d’usagers, clients, malades et autres impatients.
Une véritable armée : caïds, hommes de main, vendeurs, livreurs...
Pour nous en tenir à la France, une actualité dramatique nous contraint à voir ce que les médias nous habituaient à considérer comme le train-train de la vie quotidienne, ce que les politiques ne mettaient pas en tête des innombrables sujets d’inquiétude, de mécontentement, d’angoisse ou de peur dont nous souffrons, ce à quoi sont confrontés journellement policiers, magistrats, gardiens de prison, élus et administrateurs chargés de faire régner l’ordre et débordés par le déferlement d’une criminalité qui embouteille les tribunaux et submerge les établissements pénitentiaires, ce que subissent les habitants des territoires sans cesse plus étendus que se disputent, se partagent et contrôlent les diverses mafias dont les chefs, confortablement installés à distance du terrain, tirent les ficelles, encaissent les revenus, dirigent leurs troupes et mènent leurs opérations.
L’assassinat du jeune Mehdi Kessaci, cible innocente que désignait à la mort le seul tort d’être le frère de l’héroïque Amine Kessaci, combattant sans armes et sans défense face à l’armée du crime, a joué le rôle de révélateur pour tous ceux, du président de la République au citoyen lambda, qui feignent de ne pas voir ou qui n’avaient pas pris conscience de la situation où nous sommes et de l’abîme que nous frôlons au risque d’y tomber.
Oui, l’empire du milieu règne par la violence, par la terreur et par la corruption sur des territoires, sans cesse plus étendus, qui échappent à l’autorité de l’État. Oui, il dispose d’une véritable armée, caïds, hommes de main, vendeurs, livreurs, nourrices, charbonniers, dont les effectifs sont équivalents à ceux de la police et de la gendarmerie réunis. Oui, il est en mesure de susciter à son gré l’émeute, l’incendie, la destruction, le vandalisme. Oui, le budget, évalué désormais entre sept et douze milliards d’euros, dont il dispose lui permet d’infiltrer, de corrompre, de séduire ceux qui assurent le transport et la livraison des tonnes de poudre, de liquides et de cachets qu’il écoule sur le marché et ceux mêmes dont la mission et le devoir sont de le combattre, de le réduire et de le mettre hors d’état de nuire.
Vers quel avenir marchons-nous en aveugles guidés par des paralytiques ?
Faute de moyens, faute d’un arsenal législatif et matériel adapté, faute d’avoir gardé le contrôle des quartiers où s’est enraciné l’empire du crime, on l’a laissé y prendre le pouvoir. On a laissé grossir ce qui est devenu un monstre. Ce qui était un problème parmi d’autres – et Dieu sait si les problèmes ne manquent pas à la France, contrairement aux solutions – est en passe de s’installer au premier rang des difficultés au milieu desquelles se débattent ce que l’on appelait le pouvoir et le peuple qu’il est censé diriger. Quel destin nous attend-il, vers quel avenir marchons-nous en aveugles guidés par des paralytiques ? Sommes-nous voués à connaître le sort de l’Italie des années soixante à quatre-vingt, quand la Mafia assassinait les juges Falcone, Borsellino et le général Della Chiesa ? Vivrons-nous comme le Mexique ou la Colombie sous le joug des cartels de tueurs ? Prendrons-nous le tournant radical du Salvador où un président courageux et despotique a jeté en prison un dixième de la population pour permettre aux neuf dixièmes restants de vivre enfin en paix ? Continuerons-nous de dériver au fil du renoncement et du déclin ? Répondrons-nous aux marchands de mort dont la profession, les activités et l’existence même sont littéralement criminelles par le rétablissement de la peine capitale que l’idéalisme a abolie et que le réalisme fait regretter ?
Les trois élections à venir – municipales, présidentielle, législatives – donneront au peuple tout entier, s’il veut bien user du droit qui est le sien, d’indiquer les priorités qui sont les siennes. Le rétablissement de l’ordre public semble bien figurer au premier rang de ses urgences. Quand une politique a abouti au désastre même qu’elle était supposée prévenir, il n’est pas injustifié de jeter à la poubelle, avec cette politique, ceux qui l’incarnent.
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66 commentaires
La connaissance de l’histoire de l’Empire du Milieu, pour moi, c’est la guerre de l’opium et l’effondrement concomitant, sinon consécutif, de la Chine. (Break up of China)
La drogue c’est la drogue. On entre en drogue par le cannabis et le protoxyde d’azote comme on entre en délinquance par le chouf, le tag et le rodéo. Quand on est trafiquant on vend « de tout » du shit de la coco des produits de synthèse du crack etc. Si le cannabis était légalisé, les vendeurs du circuit « légal » seraient immanquablement corrompus et infiltrés par les « illégaux » pour vendre des produits plus sexy (loi de Gresham : la fausse monnaie chasse la bonne)
Conclusion : c’oui ou c’est non. Si c’est NON à la drogue, si nous voulons éviter non pas la décadence mais la déchéance, la guerre contre la drogue doit être totale. Trafiquants, pays producteurs, pays de transit, consommateurs, stocks, avoirs financiers et armements des trafiquants, éducation, santé publique : tous ces sujets doivent être adressés. Sans compromis.
Enfin, le tabou est levé!
Indépendamment des convictions personnelles de chacun qui récusent de donner la mort, une société a le droit et le devoir de se défendre contre ce qui la mène à sa perte et sa disparition, et ce par tous les moyens, yc la peine de mort.
Je suis donc partisan de la peine capitale pour TOUS les trafiquants de drogue, pour TOUS les assassins d’enfants mineurs et pour TOUS les terroristes. C’est notre salut qui est en jeu!
Et tant pis pour ceux que cela choque; ils n’ont qu’une courte vue.
D’accord avec vous! Il n’y a plus beaucoup de trafiquants de drogue en Chine, en Arabie, à Singapour et quelques autres pays. Chez nous, seuls les trafiquants appliquent la peine de mort, y compris pour des petites mains de 12 ans!
En dehors du fait que depuis des décennies pour s’assurer la paix sociale, nos politiques ont tout fait pour ne pas voir la réalité du problème dont s’agit, on se demande bien pourquoi le monde est si malade qu’il a besoin de paradis artificiels pour aborder la vie telle qu’elle est tout simplement. Sans doute existe-t-il des livres sur le sujet mais rien ne semble arrêter ces addictions qui mènent à la ruine des pans entiers de notre société. Un délabrement psychique qui ne peut qu’aboutir à toujours plus de souffrance. Souffrance qui va bien au-delà de celui qui consomme mais atteint tout son entourage.
Je crois plutôt que nous sommes des paralytiques guidés par des aveugles…
Très bien vu ! Prions le ciel pour que vous n’ayez pas complètement et définitivement raison.
Faut être effectivement candide pour croire voir des veaux se transformer en taureaux.
N’insultez pas les animaux, s’il-vous-plaît !
C’est vrai. Au commencement, les Résistants ne sont jamais très nombreux. Finalement, c’est bien ce que disait Lénine. « Donnez moi mille hommes …. »
Compter sur des élections fantômes est le comble de l’irrationnalité.