[STRICTEMENT PERSONNEL] Faut-il croire au père Nobel ?

S’il est, chez le président des États-Unis, une conviction, c’est bien sa détestation des guerres qui font couler le san
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Maître du monde, roi du monde, tel un autre Leonardo DiCaprio, debout, triomphant, toisant et dominant l’océan depuis la proue du Titanic… Ainsi est apparu Donald Trump sur le tarmac d’Anchorage, tel que l’ont remodelé la réélection triomphale qui a fait de lui, pour un nouveau mandat, le président tout-puissant de la première puissance de la planète, l’ivresse du pouvoir et l’ambition, tout simplement, de passer à la postérité comme l’homme providentiel, auréolé du prix Nobel de la paix, qui aura fait taire les armes sur la surface du globe. Rien de plus, rien de moins. Mégalomanie ? Le mot vaut-il encore, lorsque le rêve et la réalité se confondent ? S’il est, chez le président des États-Unis, une conviction, un tropisme, des intentions qui semblent enracinées et sincères, c’est bien sa détestation de toutes les guerres (en dehors, bien entendu, des guerres économiques, commerciales et douanières), des guerres pour de vrai, celles qui font couler le sang des hommes, celles qui répandent la ruine et le carnage.

Trump, en recevant Poutine, le sort de son isolement

Dans ce domaine, Trump peut se prévaloir – et ne manque pas de le faire, quitte, parfois, à embellir le tableau - d’avoir enregistré quelques succès. N’a-t-il pas, à l’en croire, éteint d’urgence l’incendie qui menaçait d’embraser l’Inde et le Pakistan, puissances nucléaires ? N’a-t-il pas bricolé une réconciliation, plus ou moins respectée, entre le Congo et le Rwanda ? N’a-t-il pas, mordant sur ce qui fut jusqu’il y a peu le pré carré de l’Empire russe, imposé une solution équitable au conflit qui paraissait insoluble entre l’Arménie et son voisin azéri ? C’est à un plus gros morceau qu’il s’attaquait en sortant de son isolement et en recevant avec les égards dus à un chef d’État Vladimir Poutine. Objectif : arriver à un cessez-le-feu en Ukraine et, même s’il ne débouche pas dans l’immédiat sur une paix juste, solide et durable, mettre un terme au conflit fratricide et sanglant qui, selon des estimations généralement reconnues, a d’ores et déjà fait près d’un million et demi de morts et de mutilés. Arrêter la boucherie.

Le Donald étant ce qu’il est - pas vraiment un modèle de tact et de délicatesse -, il ne s’est pas privé d’un petit plaisir à valeur d’avertissement : faire une petite surprise à l’invité à peine atterri en lui offrant le spectacle gratuit d’un survol de l’aérodrome par l’un de ces B-2 qui, à l’occasion de la punition infligée à l’Iran, ont fait une démonstration éclatante de l’ampleur de leur rayon d’action, de leur capacité de destruction et de leur quasi-invulnérabilité. Le tsar, pour sa part, a fait mine de n’avoir même pas levé les yeux au ciel et, pour la première fois depuis février 2022, le locataire de la Maison-Blanche et le propriétaire du Kremlin se sont séparés bons amis comme devant, et satisfaits l’un comme l’autre d’avoir eu des entretiens chaleureux et constructifs, premiers pas probables vers une solution possible… On n’en a pas su davantage, et pour cause. Reste en effet au président américain à informer ses alliés et ses protégés des solutions envisagées avec le partenaire retrouvé et à les confronter au nouveau paysage dont il a esquissé les lignes avec son interlocuteur.

S’agissant des Européens, le choix qui va leur être offert est simple...

Les guerres que l’on ne fait pas sont les plus faciles à mener, à commenter et à accepter. À l’héroïque « coalition des volontaires », mise au pied du mur des envolées lyriques, des rodomontades et des postures de décider si elle se contente de prolonger la guerre d’Ukraine en achetant les fournitures nécessaires aux États-Unis qui se borneront à cette assistance profitable à leur industrie ou si elle s’engage franchement sur le sentier de la belligérance où, contrairement aux héros des plateaux de la télévision et aux engagés de la surenchère verbale, les peuples n’ont ni les moyens ni l’envie des les suivre. À eux, mais d’abord aux États-Unis, de tordre le bras à l’infortuné Zelensky qui, pour la première fois depuis l’invasion russe, risque de ne plus être au diapason d’une armée et d’une population à bout de force, de nerfs et d’espoir, tentée par la perspective de la sortie du tunnel et de la fin du cauchemar. Il est exclu que l’Ukraine remporte la victoire. La seule question est de savoir si, grâce à quels soutiens et dans quelle mesure, elle pourra limiter les dégâts et éviter la déroute.

L’entrevue d’Anchorage, les grandes lignes d’un accord étant plus que vraisemblablement esquissées ou déjà définies entre Washington et Moscou, et les souhaits de Trump coïncidant avec l’intérêt de Poutine, si douloureuse que puisse être l’issue d’une guerre inégale, l’hypothèse que l’incendie ukrainien soit « fixé », circonscrit, maîtrisé et enfin éteint apparaît pour la première fois non seulement moins épouvantable mais plus plausible que celle d’un embrasement généralisé.

Au même moment, sur une autre zone ravagée par l’incendie de la guerre, la solution - je veux dire une solution équitable, rationnelle et durable - apparaît plus éloignée que jamais. Que veut exactement dire Benyamin Netanyahou, chef, prisonnier et otage d’une coalition d’extrémistes qui le soutiennent comme la corde soutient le pendu, lorsqu’il parle, dans une terminologie aussi obscure, aussi menaçante, aussi lourde d’inhumanité que la trop fameuse « solution finale », de « terminer le travail » ? Qu’est-ce à dire ? Jusqu’à où, jusqu’à quand, jusqu’à quelle conclusion ? La légitime soif de vengeance d’Israël est-elle, sera-t-elle un jour étanchée ? Au prix de la mort non seulement des terroristes du Hamas, mais d’hommes, de femmes et d’enfants dont le seul crime est d’être nés palestiniens et le châtiment d’être condamnés à ne pas s’incarner dans un État, à ne pas s’installer sur une terre, à devenir un peuple errant. Ça ne rappelle rien à personne ? S’il veut non seulement recevoir mais aussi mériter son prix Nobel, le faiseur de paix qu’aspire à être Donald Trump a encore beaucoup de pain sur la planche.

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Dominique Jamet
Journaliste et écrivain Président de l'UNC (Union nationale Citoyenne)

Vos commentaires

73 commentaires

  1. Vous délirez Monsieur Jamet, par vos influences parisienne et gastronomiques certainement:
    « Terminer le travail » veut dire simplement en finir avec le Hamas, vous le savez bien et non supprimer un peuple.
    Ne vous faites donc pas le relais en propagande de ceux qui mentent en génocidant la désinformation de leur bureau et qui auraient comme vous une version différente si leur proche avait été massacré le 7 octobre. Vous vous êtes habitué à télémacron comme propagande, pas moi.

  2. Je ne pense pas que TRUMP court après le Nobel de la paix car lui comme Poutine savent ce qu’ils sont et ce qu’ils ne sont pas: des enfants de cœur!
    Par contre, le responsable de l’effondrement de la France ne pense qu’à cela pour tenter de redorer son blason « à l’international » comme on dit et vu qu’en France, ses résultats sont catastrophiques et destructeurs.
    Mais une fois de plus il n’est pas crédible: On ne fait pas la guerre avec des soldats de plomb, Monsieur Macron qui ne sait pas monter une tente.
    Notre élève scout pourrait cependant largement gagner le prix Nobel de la honte!

  3. Le Prix Nobel remis à Y. Rabin en 1994 avait du sens.
    Il est bien triste qu’un fanatique Israëlien l’ait assassiné et ainsi annihilé le processus de Paix enclenché.
    La communauté internationale avait joué un rôle prépondérant.

    • Ce n’est pas parce que Rabin a été assassiné que le processus de paix a été arrêté. Oubliez vous les offres très généreuses faites par Ehud Barak et ensuite celle d’Ollert? Ces offres de création d’un État palestinien ont toutes été refusées par la partie arabe. Savez vous pourquoi ? Parce que les accepter serait reconnaître l’existence de l’Etat d’Israel, ce qu’ils ont toujours refusé jusqu’à présent. Leur rêve : avoir toute la Palestine «  de la rivière à la mer ». Avant de parler il faut connaître l’histoire et Nathanyahou n’a rien d’un fanatique. Il cherche seulement à assurer la sécurité et la pérennité de son pays.

      • La sécurité de Netanyahou passe par l’extermination de 58000 gazaouis dont une majorité de civils innocents ? Vous avez une drôle de mentalité …
        On ne veut ni de la haine antisémite du hamas, ni de la haine islamophobe de Netanyahou.
        Les deux sont des criminels de guerre.
        Sachez que tous les jours les familles des otages manifestent contre Netanyahou afin qu’il arrête sa guerre personnelle, pour avoir une possible chance de les retrouver vivants.
        Mais visiblement, Netanyahou s’en moque.

      • Jazz43
        Je suis tout à fait d’accord avec vous.
        Cette guerre dure depuis 77 ans ( et plus ) et il semble qu’aucun processus de paix ne soit possible.
        Chacun veut tout le territoire pour lui tout seul. Pour moi, la solution serait de créer un État Palestinien au milieu du désert en Arabie Saoudite .Avec tous les pétrodolars, le Roi et les Émirats peuvent le faire et tout le monde sera content….

    • Oui, la guerre c’est mal! Mitterrand en connaissait un rayon d’ailleurs. De Gaulle aussi.
      Mururoa et Hiroshima et la Shoah et Gaza c’est très mal, l’Indochine, l’Algérie, le Rwanda, la Lybie, l’Afghanistan, Trump et Poutine, Staline, Hitler en tête c’est mal aussi, le Hamas, le Hezbollah, l’Iran et l’islamisme radical et assassin aussi, le génocide vendéen aussi, la liste est sempiternelle…….On fait avec et au mieux avec ce qu’on a , non?
      Si vous avez des solutions intéressantes, dites le!

      • Aldo…
        Deux États distincts…et éloignés l’un de l’autre
        Regardez ma suggestion à Jazz43.

  4. Tout à fait d’accord avec D. Jamet sur le conflit russo-ukrainien, mais – encore une fois – en désaccord avec lui sur le conflit israëlo-palestinien. Il évoque une « soif de vengeance » d’Israël alors qu’il s’agit plutôt d’une légitime « soif de sécurité » qui anime Israël, face à une organisation terroriste qui n’aspire qu’à sa disparition.

  5. Accorder un Prix Nobel à Trump qui vient de retirer les États-Unis de plusieurs organismes internationaux consacrés à la paix dans le monde serait une faute de goût notoire.

    • Les  » organismes internationaux consacrés à la paix dans le monde » et autres  » machins » ne brillent pas par leur efficacité…. Mais plutôt par leur grande discrétion et absence d’action !

      • Parce que le processus de destruction de la science, de l’éducation et de la culture mené par Trump aux USA est un modèle pour vous ?
        Pas pour les Américains en tous les cas qui regrettent déjà leur vote (président le plus détesté depuis la seconde guerre mondiale).
        Il confond même l’Ukraine et la Pologne …

      • Je dirais même plus, des organismes pourris par le lobbyisme d’idéologies refusant la paix! Il les quitte après les avoir vu lui refuser le leadership mondial alors qu’il assurait encore leur matérielle… Pas con, Donald, cet argent sera mieux utilisé ailleurs! L’ONU pervertie par les nations émergentes , grenouilles désireuses de ressembler au bœuf, n’est plus que cacophonie et cour des miracles, où on crie au crime de guerre avec un intéressant deux poids/deux mesures, je ne sache pas que l’organigramme du Hamas ait été gangstérisé par l’ONU, et je vois bien l’institution soutenir des palestiniens qui hier encore dansaient dans les rues le 7 octobre, avant de s’en voir dissuadés par la chasse aux terroristes!!!

    • Ne vous inquiétez pas, c’est impossible car comme l’ONU ils sont gauchistes.
      De plus vous vous trompez, c’est Macron qui aura le prix Nobel de la paix et c’est bien le plus qu’il puisse obtenir pour sa carrière en berne.
      Pour la majorité des français, il aura aussi celui de la honte et de la cire.

    • Kielowski.1974
      Ces organismes coûtent un pognon dingue ( dixit le nôtre ) et ne servent à rien…

  6. Que signifie encore  » le prix Nobel de la Paix » , quand celui-ci a été décerné à Obama, au début de son premier mandat, pour qu’il continue les guerres de Bush ?
    C’est un peu comme la  » Legion d’honneur » chez nous….. rarement décernée à ceux qui la méritent vraiment.
    Trump est bien au-dessus de toutes ces hypocrisies. Il est viscéralement un homme de Paix, et préfère l’action concrète et efficace au service de la Paix. Il l’a prouvé lors de son premier mandat, et continue admirablement cette mission honorable et respectable. Bravo et merci à lui.

  7. Face au conflit Ukraine-Russie se dévoile un antagonisme UE-USA, dont Macron semble vouloir être le chef de file. Macron se voit désormais en chef de l’opposition démocrate US: il hait Trump et avec d’autres Européens avait soutenu à fond Kamala Harris qui n’était que du même vide politique que lui. Ne le voit-on pas cavaler derrière tout ce que fait Trump pour le contrer? Trump va au Groenland, Macron suit pour dire « non non rassurez-vous nous sommes avec vous ». De fait il n’y a personne au parti Démocrate pour contrer Trump, et Macron entend combler ce vide. Aussi cavalent-ils tous demain à Washington pour soutenir leur marionnette Zelensky et lui faire établir une position intransigeante, qui ne sera autre que celle de Biden déversant les milliards des Américains pour la continuation de la guerre conséquence des manigances otaniennes. Mais le piège est tendu pour Trump: plus Trump servira l’Ukraine et moins il se démarquera de la politique de Biden. Alors, aux « Mid-terms », quelle raison de voter pour Trump si c’est pour avoir du Biden bis? Dès aujourd’hui, après la rencontre en Alaska, le plus haut intérêt de Trump est d’arrêter la guerre en arrêtant illico le soutien à une Ukraine qui sera ainsi forcée de composer avec le vainqueur russe, et en renouant avec la Russie pour rétablir une certaine stabilité du monde. Libre alors à l’UE de continuer une guerre qu’elle chérit, à admettre l’Ukraine dans l’UE et par là nous ruiner d’impôts versés à la corruption, cependant que Trump, lui, fera rentrer les dollars à coups de tarifs douaniers planétaires sans augmenter les impôts chez lui. Espérons que Trump voie clair dans le jeu de l’UE et qu’il ait la fermeté de la renvoyer dans ses cordes.

      • Vous devriez prendre sa place ou celle de Poutine, je vous sens exemplaire en parole un peu comme Macron…

  8. un avis sur des raccourcis d’apparence même sous une « belle plume »
    je n’adhère pas du tout
    le mot n’y est pas mais on n’est pas loin de « génocide des gazaouis »
    des raccoucis qui oublient les accords de minsk
    les tableaux présentés sont fidèles à la doxa de gauche

    • Il y a autant à prendre qu’à rejeter dans cette tribune, qui fait la part belle à des gens dont l’histoire est maculée de leur complicité active avec le terrorisme, faut-il vous rappeler la trop célèbre technique du détournement d’avion, grande spécialité du peuple palestinien en mal de publicité? Et vous rappeler encore
      la corruption aujourd’hui connue de yasser Arafat, le gourou palestinien de deux décennies, dont l’activité n’a jamais été de militer pour la paix, si ce n’est en façade, mais de faire fructifier ses … »honoraires »? !

  9. Pas un mot à retirer ou ajouter au com. de François 47 qui a écrit exactement ce qui m’est venu à l’esprit à la lecture de cet article. Quant à savoir si Trump mérite ou méritera un prix Nobel, sincèrement, je m’en fiche complètement.

  10. Tout cela est bel et bien résumé, dans son ensemble, par Monsieur Jamet. En passant, le titre seul de l’article vaut son pesant de journaliste. J’ai l’impression en le lisant que la seule réponse que peut offrir l’Europe et donc la France dans ces deux conflits (Israël/Gaza, Russie/Ukraine), c’est de taper du pied en disant na! tel un enfant boudeur. Nous n’avons pas les moyens d’intervenir et surtout nous n’avons pas les dirigeants qu’il nous faut. Donald Trump a bien des défauts mais lui, au moins, bouge avec détermination. Pour quel résultat ? Affaire d’importance à suivre.

  11. Beaucoup de pain sur la planche ? Certes, mais il en a déjà beaucoup fait, même si vous l’écrivez du bout des lèvres, et il est encore permis d’espérer…et d’ailleurs avons nous un autre choix, au regard de ces évènements qui nous échappent totalement, victimes que nous sommes de nos propres turpitudes et parce que nous comptons pour du beurre. Je ne me souviens pas que Obama se soit particulièrement distingué et pourtant…

  12. Permettez moi de souscrire à 100% au commentaire ci dessous exprimé par FRANCOIS 47, ce matin à 8h57.
    Bonne journée

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