[STRICTEMENT PERSONNEL] Sous le signe de Trump et de son « America First », « MAGA » plutôt que « MEGA »

Trump, depuis son investiture, a de toutes les manières manifesté envers les États désunis d’Europe un cordial mépris.
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Donald Trump avait pourtant assez clairement annoncé la couleur. « America First ». L’Amérique en premier. L’Amérique avant tout, et peut-être même par-dessus tout. Über alles, comme disait jadis l’hymne national allemand. On n’avait pas mesuré, de ce côté de l’Atlantique, la portée et les conséquences de cette déclaration de principe.

La vigilance endormie à l'abri du parapluie américain

L’histoire et la politique semblaient avoir tissé entre les États-Unis et les démocraties du Vieux Continent des liens et des obligations réciproques que rien ne pouvait remettre en cause. Les deux précédents de 1916 et 1941 nous avaient permis d’échapper au désastre où nous avaient entraînés nos folles querelles. Certes, de mauvais esprits rappelaient volontiers que par deux fois, notre grand allié s’était fait longuement tirer l’oreille avant de voler à notre secours, qu’il avait fallu notamment le torpillage maladroit et provocateur du Lusitania par un sous-marin allemand pour amener le président Wilson à sortir de la neutralité, et que vingt-cinq ans plus tard, c’était l’agression japonaise qui avait conduit le président Roosevelt à prendre la tête de la grande alliance des démocraties (et de l’URSS) contre l’Axe germano-nippon. D’autres esprits critiques, de droite, de gauche ou d’ailleurs, faisaient remarquer qu’à la faveur de la guerre et de la victoire, les États-Unis, devenus l’une des grandes puissances, puis la première puissance du monde, avaient imposé leur leadership politique et économique à leurs propres alliés. Tour à tour, on dénonçait leur ingérence et la vassalisation de leurs protégés ou l’on redoutait leur retrait et leur indifférence.

Les traités, la fondation de l’OTAN à l’initiative de Washington et surtout le rôle de gendarme du monde qu’avaient endossé et assumé, chacun à sa manière, tous les présidents nord-américains depuis 1945 semblaient néanmoins préserver la vieille Europe de toute agression. De Londres à Varsovie et d’Oslo à Rome, la vigilance des uns et des autres s’était endormie à l’abri du parapluie américain. Le contrat d’assurance conclu avec notre protecteur valant promesse de paix perpétuelle nous dispensait de tout effort et de toute adaptation à des menaces que le bouclier américain rendait vaines.

Trump n'a pour guide que l'intérêt national

L’élection de Donald Trump puis la mise en pratique de ses conceptions en matière de politique étrangère sont venues brutalement balayer nos certitudes et dissiper nos illusions. Le milliardaire redevenu chef d’État ne cesse d’affirmer sa volonté de rendre sa grandeur à l’Amérique, « Make America Great Again » (MAGA). Cette volonté de puissance ne s’étend pas à l’Europe. Aucune déclaration, aucune décision émanant de la Maison-Blanche depuis un an n’ont affiché une volonté parallèle de rendre sa grandeur à l’Europe, « Make Europe Great Again » (MEGA). Président des États-Unis d’Amérique, le président Trump, depuis son investiture, a de toutes les manières, par les mots, par les gestes et par les actes, manifesté envers les États désunis d’Europe un cordial mépris que justifient selon lui leur affaiblissement, leurs divisions et leurs orientations.

Donald Trump n’a pour guide et pour ligne, outre ses intérêts privés, que l’intérêt national. Il le proclame et le prouve notamment dans le dossier ukrainien où il considère, à juste raison, que ni la sécurité ni la prospérité des États-Unis ne sont en cause.

S’il a choisi la voie du rapprochement avec la Russie, c’est pour trois raisons. La première est que la souveraineté de l’Ukraine, le sort de son gouvernement, son aspiration à l’indépendance lui sont indifférents et qu’il considère, non sans quelques arguments, que ce pays appartient fondamentalement, du fait de son histoire, de sa géographie, de la génétique et de la culture, à la mouvance russe. La deuxième est que Trump déteste sincèrement la guerre, et pas seulement dans la perspective d’un prix Nobel. Je parle ici de la vraie guerre, celle qui détruit et qui tue, au contraire des guerres commerciales, financières et économiques dont il raffole et où il cherche, souvent avec succès, à trouver un avantage personnel et national. La troisième est qu’il vise, en se rapprochant de Moscou, deux objectifs : ouvrir aux entreprises américaines un nouveau terrain, un nouveau marché, et arracher grâce à une gigantesque joint venture la Russie de Poutine à son tropisme asiatique et à l’entente avec la Chine et la Corée du Nord, qui constitue à l’heure actuelle le risque le plus vraisemblable d’une troisième – et dernière ? – guerre mondiale.

Fanfaronnades européennes

Vus de Washington, les efforts de divers pays européens - dont les trois ex-grandes puissances que sont la France, la Grande-Bretagne et l'Allemagne, pour, à la tête de la « coalition des volontaires », remplacer l’aide américaine et prolonger la guerre meurtrière qui va bientôt, si la négociation échoue, entamer sa cinquième année - sont à la fois inopportuns et dérisoires.

De fait, le trio qu’ont formé et que conduisent un Premier ministre britannique qui a réussi en dix-huit mois l’invraisemblable tour de force de battre le record d’impopularité de son prédécesseur, un chancelier débutant et déjà chancelant, et un Président dont le mandat agonisant expire officiellement dans moins de dix-huit mois, après que la volonté et les votes de son peuple le lui ont effectivement retiré, a beau multiplier les provocations, les fanfaronnades, les rodomontades et les tirades lyriques, il apparaît singulièrement et fâcheusement désarmé dans l’hypothèse d’une guerre conventionnelle, vu l’état matériel dans lequel sont tombées leurs forces armées et l’état moral de la population des trois pays concernés… Sauf à envisager, bien sûr, le recours au nucléaire, seule base réelle  du reste de puissance que nous devons au général de Gaulle et qui nous assure encore, avec la maîtrise de l’arme absolue, les moyens de notre indépendance et la possibilité du plus glorieux des suicides collectifs.

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Dominique Jamet
Journaliste et écrivain Président de l'UNC (Union nationale Citoyenne)

Vos commentaires

16 commentaires

  1. Le premier, désavoué, le deuxième, amateur et le troisième, le nôtre, lyrique. Voilà les trois dirigeants cités que nous avons sur le sol européen et, par voie de conséquence, qui voudraient nous entraîner dans une guerre dont le seul but est d’échapper à une réalité : l’impuissance. Mais impuissance, il y a et c’est bien ça le problème. Trump a bien raison de dire que les nations européennes se sont dégradées et son honneur jeté avec l’eau du bain.

  2. Dieu est toujours pour les gros escadrons et contre les petits , cette vérité éternelle suppose qu’il faut avoir les moyens de se payer les plus gros escadrons , et pour l’instant dans le monde occidental ,c’est l’oncle Donald.
    Son lointain ancêtre à la Maison blanche , Monroe, avait défini une doctrine toujours d’actualité , les Etats-Unis s’occupent du continent américain , c’est leur chasse gardée , et ignorent le reste du monde .
    Mais , quand leurs intérêts sont menacés ailleurs , ils finissent par intervenir , pour notre plus grand bien , pendant la première et la deuxième guerre mondiale , j’ai préféré naitre après 1945 dans un pays sous influence américaine , que sous la griffe de l’ours soviétique .
    Et de nos jours , l’oncle Donald en a assez de payer pour notre sécurité , il est le plus gros propriétaire de notre copropriété mais il trouve que la répartition des charges devrait être revue.
    Mais il n’a aucun intérêt à ce que notre immeuble s’écroule , il y a dedans des clients très solvables.
    En face le vilain Vladimir, n’a pas réussi à envahir en quatre ans son ancienne province , et berceau historique, , l’Ukraine . Et son allié Monsieur Xi , grand commerçant , ne veut pas qu’il sème la pagaille , chez sa clientèle la plus fortunée , l’Europe .

    • Mais ne jamais oublier que leur aide coûte très chère à celui qui en fait la demande. Le plan ‘Marshall’ (1948) a été un corset que nous avons dû supporter longtemps. L’Allemagne le sait qui a vu ses capacités productives réduites par l’oncle Sam. Pendant ce temps-là « l’ours soviétique » est resté dans sa tanière. Sur le plan économique, en tout cas, ce n’est pas ce dernier qui nous a asservis. Mis à part cela, mon choix ne serait pas la Russie mais pour d’autres raisons.

  3. Monsieur JAMET, je lis toujours vos articles avec le plus grand intérêt et celui-ci est un exemple parfait de clarté, d’esprit de synthèse et de hauteur de vue. Vous avez, en peu de mots, résumé brillamment les grands enjeux géopolitiques des prochaines années. Merci.

  4. « Aucune déclaration, aucune décision émanant de la Maison-Blanche depuis un an n’ont affiché une volonté parallèle de rendre sa grandeur à l’Europe, « Make Europe Great Again » (MEGA) » Je ris beaucoup en ces moments. Les USA ont raison, et Trump a été réélu pour cela. Bien moins soumis et trouillards que les européens les ricains. Ils sont ce qu’ils sont mais ils sont là, eux d’abord. Un AC.

  5. C’est une Europe dite « progressiste » qui est en réalité « décadente » !
    Car les mots utilisés sont contraires à la vérité . Trump, lui est fidèle à ses électeurs et électrices, contrairement aux nôtres qui vivent encore dans l’illusion.
    L’Europe, de Leyen ,de Starmer et de Macron, c’est encore celle de Big Mother .
    Ouvrons les yeux ! Nombreux sont ceux qui ont déjà tourné la page .

  6. Le suicide français à commencé en 1974, voire en 1789 (les épopées napoléonienne et gaulliste n’étant que des feux de paille)…

  7. L’Europe n’a certes pas les moyens de ses ambitions à ce jour. Il est vain d’agiter une menace d’une guerre nucléaire (avec la Rusie) voulue par l’Europe. Mais cela aurait du sens de se donner les moyens de refuser la vassalisation aussi bien vis à vis des États Unis que de la Russie. Et d’aider l’Ukraine à résister à une totale vassalisation à la Russie.

  8. bravo M Trump. Ces trois arguments confirment votre intelligence. Et c’est sans humour ironique de ma part. J’espère que vous allez arriver à vos fins.

  9. Si l’Europe était, de nouveau, devant un péril guerrier insoutenable, nul doute que les USA viendraient à son secours bon gré, malgré !

  10. Alors que se profile à l’horizon la menace d’une guerre voulue par l’Europe que font nos députés à part se chamailler sur un budget hypothétique mauvais pour les français ? Ils regardent leur pays mourir sans bouger le petit doigt. Ils sont tout autant responsables de la situation actuelle que les gouvernements successifs de la macronie. Leur seul soucis n’est pas l’avenir du pays mais leur siège a l’assemblée. Pendant ce temps notre agriculture meurt, nous sommes envahis, le narcotrafic progresse et nous entretenons contre notre gré une guerre qui ne nous regarde pas. Qui peut encore croire que la Russie qui en trois ans n’a pas mis l’Ukraine au pas pourrait envahir l’Europe? Il faut que cela cesse et c’est par les urnes et la rue malheureusement que cela se terminera. Ouvrons les yeux,un homme nous y engage il s’appelle Philippe de Villiers.

  11. L’Allemagne du  » Deutschland über aĺles » a peu à voir avec l’esprit MAGA de Trump. C’est que ce dernier, ayant fait le constat désolant d’une Europe rendue décadente par son irresolution, ne peut que l’abandonner à son sort. Vance a dit tout haut la vérité, ce n’est pas une leçon qu’il nous a faite mais un amer regret qu’il a exprimé : comme on verrait un fils aimé livré à sa perte, envahi de tares, submergé, défait, suicidaire. Lui et la Russie ont manifesté au moins une volonté, un avenir commun. Ils résistent. Qui miserait sur la France de Macron ? Qui reconnaitrait l’Angleterre de Starmer ? Pour ce qui est de l’Allemagne officielle, elle a encore un reste d’honneur. Pleurons sur notre sort, nous en sommes les seuls responsables.

  12. Bonjour,
    Très bien, mais pourquoi pas aussi et surtout un : FRANCE D’ABORD .
    J’ai déjà la casquette  »MAGA  » !
    Pourquoi pas aussi une casquette avec ce sigle  » FRANCE D’ABORD » et les trois couleurs de notre drapeau national sur le coté ? Grâce à  »Terre de France »… Un idée!
    Bien cordialement

    • Avec Macron qui va signer le mercosur, France d’abord c’est cuit. Cherchez pas, dans mercosur il y a merco, tout est dit.

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