[STRICTEMENT PERSONNEL] Un pavé dans la mare aux diables

Ils sont décidément indécrottables.
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C’était il y un peu plus d’une semaine. Le 12 février dernier, dans une rue de Lyon, à deux pas de l’Institut d’études politiques où l’eurodéputée franco-palestinienne Rima Hassan, avec l’autorisation des autorités universitaires locales, tenait un meeting rebaptisé, pour la forme, « conférence », Quentin Deranque, un étudiant français, catholique et patriote militant, était agressé, à six contre un, et lynché à mort par une meute barbare qui prétendait affirmer ainsi et prouver, à coups de poing et à coups de pied, la supériorité des valeurs de la gauche sur celles de ses adversaires, naturellement qualifiés de fascistes par ces spécialistes des arts martiaux, adeptes de la brutalité, de la violence, de la force, attributs consubstantiels, comme chacun sait, à la démocratie.

Ces brutes, devenues en quelques minutes des meurtriers, ces soudards mués, le temps d’une bagarre inégale, en assassins se réclamaient de la Jeune Garde, un mouvement dissous il y a six mois en Conseil des ministres, mais toujours dans l’attente de la décision du Conseil d’État. Héritière d’une organisation homonyme datant de l’époque du Front populaire (le vrai), cette nouvelle Jeune Garde avait d’abord épaulé le service d’ordre, puis était devenu le bras armé de La France insoumise en même temps qu’un vivier où Jean-Luc Mélenchon, son vigilant et affectueux tuteur, recrutait, testait et promouvait des éléments sûrs, futurs piliers des milices, des polices et des services sans lesquels un régime révolutionnaire digne de ce nom ne saurait s’imposer, prospérer et, tout simplement, durer. Gestapo, Guépéou, NKVD, Pasdarans… la liste, déjà trop longue, est bien connue de ces noms qui ont émaillé et ensanglanté le siècle dernier puis le nôtre.

L'extrême gauche jusqu'alors courtisée

Dans un premier temps, l’onde de choc engendrée par le drame du 12 février, en déferlant sur l’opinion comme sur la classe politique, après avoir suscité la stupeur et l’effroi, puis suscité une condamnation unanime, a paru bousculer des certitudes et des attitudes solidement ancrées depuis des années, voire des décennies. La remise en question, voire l’entreprise de démolition des fondements de la démocratie politique, pluralité des partis, liberté d’expression, libre débat et recours aux urnes plutôt qu’à la rue, n’étaient donc ni l’apanage ni la caractéristique première de la droite ou de l’extrême droite, où il est si facile, si tentant et si bénéfique de voir et de dénoncer deux sœurs jumelles. La menace, le danger, la violence et la mort pouvaient donc venir de la gauche, et plus précisément de sa fraction la plus attirante, la plus dynamique, la plus déterminée, de cette gauche révolutionnaire qui fait honte à la gauche démocratique, de cette gauche pure qui ne cesse de dénoncer la gauche réformiste et accommodante, de cette gauche extrême qui, assez étrangement, venait justement de s’offusquer d’avoir été qualifiée d’extrême gauche. Alors que la droite, « extrême droite » comprise, jouait sans ambiguïté le jeu de la modération, de la communication, de la consultation populaire, de l’élection, l’extrême gauche, jusqu’alors ménagée, admise, associée, courtisée, voire encensée, n’était-elle pas en train de céder à ses vieux démons, la clandestinité, la lutte armée, la tentation de la rue, le recours à la violence et à la subversion ? N’avait-elle pas les mains tachées de sang. Ne fallait-il pas regarder la réalité en face, changer de croquemitaine et de bouc émissaire ?

C'était mal connaître Mélenchon

Sous le poids, inédit de ce côté de l’échiquier politique, de la diabolisation, Jean-Luc Mélenchon parut d’abord plier. Sans enthousiasme, sans chaleur et probablement sans véritable conviction, le Líder Máximo s’inclina devant la victime de la ratonnade progressiste et assura de sa sympathie une famille en deuil. Allait-il s’en tenir là ? C’était mal le connaître et sous-estimer son expérience et sa nature de vieil animal politique. Passé ce moment de faiblesse humaine, le Nicolás Maduro du Loiret, le fidèle des Castro, se ressaisit. En tant que chef, et en l’espèce chef de bande organisée, il se devait de soutenir et de suivre ses troupes, défendre leur cause commune - mauvaise ou bonne. De fait, usant de tous ses moyens, de tous ses relais, de tous les complices, idiots mais utiles, qui, depuis des années, lui servent la soupe et s’inclinent devant sa force de frappe autant et plus que devant son incontestable talent, il a lancé avec impudence une puissante contre-attaque qui n’a pas laissé de troubler et d’égarer ceux qui, d’abord indignés par l’immonde lynchage de Lyon, puis bluffés par les chiffres, les statistiques et les analyses avancés, sont tout près de gober les exagérations, les déformations, les inventions, les fantasmes et les mensonges d’une machine de propagande professionnelle et de longtemps rodée.

Cette regrettable et minime bavure

Donc, à en croire l’offensive déchaînée depuis le début de cette semaine, contre toute vérité et au mépris de l’évidence, le drame du 12 février ne serait qu’un malheureux incident, isolé et sans signification, qui ne devrait pas entamer l’affection et l’estime dues aux voyous de la Jeune Garde. Au demeurant, cette regrettable et minime bavure n’est rien quand les nervis de droite mettent à feu et à sang notre malheureux pays, multipliant agressions, lynchages - mais oui ! -, attentats, violences. Le fascisme est à nos portes, que dis-je, il est dans nos murs, il est au pouvoir ! On fait tout un vacarme autour d’un affrontement qu’explique le contexte lyonnais et on néglige, on oublie, on conteste, on nie la menace existentielle que faisait peser sur nos libertés le redoutable identitaire Quentin Deranque et que son élimination n’a pas fait disparaître. La police tue, l’extrême droite tue. CQFD.

Et le comble est que ça marche une fois de plus. Que ça marche au lendemain même d’un crime dont les auteurs, identifiés, interpellés, interrogés, incarcérés, auront heureusement à répondre devant les tribunaux de la République. Ça marche par habitude, par veulerie, par conformisme, par complaisance. Ça marche pour des raisons aussi claires qu’inavouables.

Docteur Jérôme et Mister Guedj

Au lendemain du meurtre de Quentin, François Hollande, clairement, Raphaël Glucksmann, fermement, Olivier Faure, mollement, affirmaient ou réaffirmaient l’impossibilité d’un rapprochement, a fortiori d’une alliance, avec La France insoumise. Julien Dray déclarait que « la gauche démocratique et laïque ne peut renaître que dans une rupture totale avec LFI ».

Oui, mais Julien Dray n’est candidat à rien. Rien ne le pousse ni ne devrait le pousser à revenir sur cette proclamation et cette résolution. En sera-t-il de même de ceux des dirigeants et des cadres socialistes qui n’ont été élus et ne peuvent être réélus que grâce à l’appui et au renfort des voix mélenchonistes ? Poser la question, c’est donner la réponse.

Jerôme Guedj, candidat à la présidence de la République et à sa réélection dans une circonscription difficile, est dans ce cas. Il y a quelque temps, il traitait sans ambages Mélenchon de « salopard antisémite », ce qui n’est pas rien. Au lendemain du meurtre de Quentin, docteur Jérôme déclarait : « La gauche doit se libérer de l’emprise de LFI. » Oui, mais à la réflexion, Mister Guedj faisait savoir qu’entre un candidat RN et un candidat LFI, il préférait décidément le porteur de l’étiquette insoumise, quel qu’il soit, à tout ami de Bardella. Quentin Deranque ? Autant en emporte le vent.

Entre le fonctionnement normal de la démocratie et la montée de la brutalisation, entre l’attachement à la liberté de penser, de parler et d’écrire, garante de la paix civile, et l’attachement à un fauteuil au palais Bourbon, combien feront-ils le choix de la démocratie, combien le choix du fauteuil ? Passée l’émotion de l’instant, autant en emporte le courant. Ils sont décidément indécrottables.

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Dominique Jamet
Journaliste et écrivain Président de l'UNC (Union nationale Citoyenne)

Vos commentaires

31 commentaires

  1. Que n’avons nous vu déjà passer dans l’histoire, à propos « d’héritiers », depuis Louis Aragon se drapant dans la poésie pour en appeler au Guépéou et Paul Eluard produisant son « Ode à Staline »…Si « la jeune garde socialiste » des années 1930 est l’ancêtre de la Jeune Garde actuelle (même logo), rappelons que son origine remonte à la chanson du même nom, à l’époque (veille du fameux congrès de Tours, en 1920) composée par Montéhus, celui-là même qui faisait le « prime time », pour « attirer le chaland », des conférences que donnait Lénine à Paris, lors de son exil dans cette ville, avant la Révolution d’Octobre, chanson dans laquelle l’on évoque déjà le sang arrosant les pavés…

  2. Les « troupes » de Mélenchon c’est quoi ? Un ramassis de jeunes incultes, fils et filles de nantis, qui croient grandir en jouant les rebelles, biberonnés à l’enseignement dispensé par une Éducation Nationale noyautées par des émules de soixante-huitards sur le retour. Des jeunes bacheliers incapables de lire et résumer un texte de vingt lignes. Qui font des pétitions pour recommencer une épreuve de Français jugée trop dure parce qu’on leur demande de plancher sur un texte d’Andrée Chedid dont, bien que sortant de l’école, il ne savent même pas qui elle est… Des décervelés qui avalent n’importe quoi. Voilà où Melenchon va chercher ses supporters… Il n’a pas compris que l’image du chef c’est celle que renvoie ses troupes.

  3. Ce WE Michel Onfray sur CNews se refusait à parler d’anti-fascisme concernant les milices d’extreme gauche affiliées à LFI. Le fascisme n’existe plus sauf à l’extreme marge. Donc l’anti-fascisme n’existe pas non plus.
    Il préfère parler des « Sections d’Assaut » de LFI et de Mélanchon. Les SA cela me parait bien correspondre parfaitement.

  4. Cher Dominique Jamet, plus personne ou presque ne sait d’où provient cette littérature dont est issue la mare au diable.

  5. Comme c’est drôle les sbires de Mélanchon, interrogés ne savaient pas qui était la jeune Garde, et tous sans équivoque. C’est formidable.

  6. Si on admet que le dépouillement des bulletins de vote n’est pas truqué, les résultats sont donc le choix des votants : que les Français prennent donc leurs responsabilités car ne pas voter c’est favoriser la gauche

    • « car ne pas voter c’est favoriser la gauche » = je suis de votre avis. mais difficile à faire comprendre aux abstentionnistes.

      • La seule configuration qui peut me faire voter RN c’est contre melanchon..sinon j’aurai piscine pas assez d’écart avec le reste de la gauche..

    • Pour Mussolini, c’est plutôt minime ( tant qu’il ne se met pas sous la coupe d’Hitler) Quant à Lenine, au fond, cela n’a jamais été vraiment quantifié, ni non plus pour Trotsky Pour Staline, oui, là estime à 20 millions, et en Chine, Mao tourne à 50. Hitler doit être à 10 mais il faut ajouter les morts de sa guerre, évidemment. 36 millions ? Pour le Mussolini politique, il faut savoir qu’il n’y avait même pas de camp de concentration en Italie, en tout cas aucun recensé histoiriquement et on a écrit plein de livres sur sa dictature. Dans les années 1930 les Juifs se réfugiaient en Italie… ( qu’il fallait aussi quitter à partir de 1938-39 et surtout 1943).

  7. Donc , on peut être député sous un pseudonyme , on peut être attaché parlementaire sous un pseudonyme , on peut être député avec une double nationalité , on peut être attaché parlementaire avec une double nationalité .
    Il conviendrait de modifier rapidement la loi , interdire l’usage d’un pseudonyme pour exercer ces fonctions , il conviendrait d’interdire la double nationalité pour exercer ces fonctions .

    • Vous avez omis :
      – on peut être député, condamné avec un bracelet électronique, et sièger à l ‘Assemblée Nationale et voter des lois qui seront imposées aux Français ayant un casier judiciaire VIERGE.

      A quand une inéligibilité définitive à des élus condamnnés ?
      A quand l’interdiction de briguer des fonctions électives à des double nationaux ?
      On ne peut servir deux Maîtres.. Alors qu’il est impératif d’être Français pour occuper des emplois relevant de certaines administrations.
      Il existe en France assez de personnes honnêtes et en capacité pour remplacer tous ceux là.

  8. Merci m. Jamet pour cet article dont chaque mot va au cœur. Mais j’aimerais partager mon étonnement de notre étonnement. Comme vous, comme de nombreux citoyens français ( je ne pense pas m’avancer ) les déclatations de m. Guedj m’ont sidérée. Et pourtant, nous savons. Nous le SAVONS que la gauche, c’est -peu ou prou, 100 millions de morts. On ne massacre pas 100 millions de personnes sans soutien, sans complices, sans exécuteurs obéissants, sans corruption et détournement du regard, sans compromissions, carrièrisme, lâchetés. La gauche violente, la gauche qui tue, c’est comme l’islamisme : nous SAVONS. Et pourtant, à chaque fois, on nous fait le coup et nous nous taisons. À chaque fois « c’est pas ça la gauche » « c’est pas ça l’islam » nous marchons ! Nous n’osons pas protester, « voir ce que nous voyons, dire ce que nous voyons ». D’ailleurs désormais gauchisme et islamisme roulent ensemble. Nous le SAVONS. Et nous nous taisons. Faut-il qu’il soit lourd, ce conditionnement que nous avons subi ! Faut-il que nous soyons affaiblis pour qu’ils soient puissants, les nouveaux kapos, pour qu’ils se croient à l’abri de tout et libres de déchaîner leurs instincts de tueurs.

  9. La stratégie de la gauche consiste d’abord à nazifier l’adversaire, pour pouvoir ensuite se victimiser et se permettre toutes les outrances et tous les débordements au nom d’une prétendue « légitime défense » et au nom d’une lutte antifasciste salutaire pour la démocratie et la République.
    Mais après tout, cette même gauche, sans idée, sans projet, sans discours, sans arguments est réduite à pas grand-chose. Que lui reste-t-il pour exister ? Un ennemi tout désigné : l’extrême droite fasciste aux portes du pouvoir, et bien sûr, ses poings, ses pieds, des battes, des poings américains et autres méthodes issues … des milices fascistes d’extrême droite. Ce dont les fascistes (les vrais) ont rêvé, la gauche de Mélenchon l’a réalisé au-delà de toutes leurs espérances. Les autres partis de gauche sont désormais contraints d’arpenter, à la remorque de lfi, ce triste chemin qui a tout de la descente aux enfers, sous peine de disparaître de la scène politique, dévorés par cet ogre insatiable qu’est devenu lfi.

  10. L’un peut réécrire l’historique comme l’on veut mais être de gauche en France au XXIe siècle c’est être complice d’un meurtre d’un jeune Patriote à Lyon ….d’ailleurs il n’aura fallu que quelques jours pour que des «  sommités «  du PS réitère de vouloir voter quand même AVEC LFI en 2027 afin de contrer le RN .. donc les beaux discours , les professions de foi , les vœux pieux d’un militant socialiste même éditorialiste chez BV n’y changeront rien …choisir c’est renoncer et bon nombre de gauchistes vieux ou récents ont choisi

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