Supertramp, l’éternel groupe de rock oublié
Il aura fallu la mort de Rick Davies, l’une des deux voix de Supertramp, pour que certains talibans de la critique rock se rappellent enfin l’impact que ce groupe a eu, au siècle dernier ; dans les années 70, pour être plus précis. L’artiste venait de fêter ses 81 ans ; il est parti d’un cancer du sang, discrètement, tout comme il avait mené sa carrière.
En effet, Supertramp n’était pas tout à fait une formation comme les autres : deux chanteurs, le défunt, donc, et Roger Hodgson. C’est rare et ça fait immanquablement un ego de trop. Pour tout arranger, ces derniers n’avaient pas exactement des physiques à déchaîner les foules, surtout féminines. Le jeté de petites culottes sur scène, c’était pour Mick Jagger et les Rolling Stones, Rod Stewart et les Faces. Bref, il n’y eut jamais rien de flamboyant, chez Supertramp, hormis leur musique.
Des stars arrivées trop tard et parties trop tôt…
Leurs débuts sont encore plus difficiles que ceux de leurs prédécesseurs, ayant débarqué sur la scène londonienne une fois la messe dite et les tables de la loi par d’autres qu’eux gravées dans le marbre d’alors. Le blues boom, qui a vu éclore Eric Clapton, Jimmy Page, Jeff Beck et les autres, appartient déjà au passé. Quant au rock progressif, ces musiciens se piquant de musique classique, Steve Winwood et Traffic, Syd Barrett et Pink Floyd, Peter Gabriel et Genesis ont déjà tout fait avant eux. Certes, il y a Queen, qui usine un rock baroque, sauvage et sophistiqué à la fois. Mais cela n’est rendu possible que parce que Freddie Mercury, leur chanteur, est doté d’un charisme hors du commun. C’est loin d’être le cas de Rick Davies, Roger Hodgson et de leurs trois acolytes encore plus transparents : John Helliwell (saxophone), Dougie Thomson (basse) et Bob C. Benberg (batterie). Leur look n’a d’ailleurs rien de bien affolant, évoquant des experts-comptables qui auraient juste oublié d’aller chez le coiffeur.
Un mécène hollandais…
Ils écument alors le circuit des pubs et des bals populaires. Et c’est là qu’ils font la rencontre d’un mécène inattendu, un millionnaire hollandais répondant au nom de Stanley August Miesegaes, batteur de jazz du temps de sa lointaine jeunesse et qui, désormais, se demande bien comment dilapider l’héritage familial. Il finance donc le premier album du groupe en question et se débrouille pour qu’il soit distribué par le label A&M, en 1970. Le disque est sans titre. Ça commence mal et ça se vend encore moins bien. Enfin, aussi mal que le deuxième Indelibly Stamped. La musique ? À la croisée des chemins, louchant à la fois vers les Beatles et Led Zeppelin, mais avec toujours cet éternel train de retard par rapport à la mode du moment.
Des musiciens promis à la chochardisation…
Sans surprise, leur bienfaiteur jette l’éponge. « Tramp », en anglais, signifie « clochard ». Et « clochards », nos candidats à la célébrité ne sont pas loin de le devenir. Pourtant, rassemblant les derniers sous demeurant dans leurs poches trouées, ils financent l’enregistrement de quelques ultimes titres. Sans plus de succès, si ce n’est qu’un ponte d’A&M tombe sur ces ébauches, en tombe aussitôt amoureux et leur propose de produire le disque de la dernière chance. Ce sera Crime of the Century, en 1974. Et là, le miracle…
À ce sujet — Le grand retour d’Eric Clapton, l’éternel rebelle
Dreamer, School et Bloody Well Right tournent vite en boucle sur les ondes, tandis que l’album se vend par millions. La machine est lancée. Un an plus tard, une autre galette, Crisis? What Crisis? Puis, en 1977, Even in the Quietest Moments, avec encore un autre tube planétaire, Give a Little Bit et, principalement, le sublime From Now On, qui fait alors beaucoup pour le rapprochement des corps adolescents. Mais la critique musicale plus haut évoquée persiste à tenir Supertramp pour quantité négligeable. « Musique commerciale », entend-on alors. Comme si les artistes, fussent-ils rebelles, se faisaient une gloire de ne vendre ni disques ni tickets de concert. Ce snobisme, qu’on pensait n’être naguère réservé aux seuls critiques de jazz et de musique classique, est manifestement contagieux. Ce sont évidemment les mêmes qui portèrent aux nues des formations de nazes, tel le Velvet Underground, au motif que la pochette de leur premier album éponyme est dessinée par Andy Warhol et que Lou Reed, son chanteur en chef, peut exciper d’une vie privée propre à faire le bonheur des gazettes à scandales. Et ces trissotins de passer, sous silence, le fait que leurs divagations musicales sont à la limite de l’audible. Encore des trucs qu’on doit passer à Guantánamo pour faire avouer les prisonniers. Deux minutes du Velvet Underground et même le numéro deux d’Al-Qaida avoue qu’il est rabbin ; c’est dire. Bref, Supertramp n'aura jamais eu sa carte au club.
Breakfast in America à la conquête du monde…
Mais revenons-en plutôt à nos clochards devenus milliardaires, sachant que l’apothéose survient en 1979, avec Breakfast in America, album écoulé à dix millions d’exemplaires sur la planète entière. Une fois encore, des tubes comme s’il en pleuvait en pleine mousson. The Logical Song, Take a Long Way Home ou Goodbye Stranger, titre qui n’a, précisons-le, pas le moindre rapport avec le scepticisme en matière d’invasion migratoire. Puis un album enregistré en public, Live in Paris, en 1980. Il est vrai que la France a toujours réservé bon accueil à ce groupe qui, finalement, ne ressemblait à rien. Mais dont la musique, élégante, raffinée, ne ressemblait à aucune autre.
Supertramp et la France : une histoire d’amour…
Son écoute n’a rien d’indispensable, sachant que nos hommes reproduisent sur scène, et ce, à la note près, ce qui a été, avant, enregistré en studio. Il n’empêche que ces Anglais, pour une fois, montrent leur reconnaissance à l’historique ennemi : nous. Avec les Anglo-Saxons, ce n’est pas tous les jours dimanche.
Plus de quarante après, on notera que le groupe s’est disloqué, Roger Hodgson faisant cavalier seul et Rick Davies poursuivant son chemin de son côté, chacun se disputant la paternité de ce qui demeurait de leur petite heure de gloire. Peu importe, tant les Français ont, un jour ou l’autre, vibré à l’écoute de leurs chansons. Dans les couloirs de Boulevard Voltaire, il se murmure qu’un certain G. Michel, à moins qu’il ne s’agisse de Georges M., en aurait fait son miel durant sa préparation à Saint-Cyr. Car, n’en déplaise aux cuistres de tous bords, la musique de Supertramp fait du bien. Et qu’avant tout, elle a un son immédiatement identifiable : on aime ou on n’aime pas, mais on sait que c’est du Supertramp ; ce qui n’est évidemment pas donné à tout le monde, et encore moins à certains. Alors, rien que pour ça, saluons la mémoire du regretté Rick Davies.
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48 commentaires
Il y a des gens qui vivent sur une autre planète ! en effet, sur les radios que j’écoute, il ne se passe pas un jour sans que l’on entende un morceau de Supertramp (au même titre que Queen d’ailleurs)
Que du bonheur et mille mercis de nous faire partager vos selections. Je devais etre trop jeune a l`epoque ou bien trop studieuse. Je vais de ce pas faire mes achats pour les avoir a volonte. Merci Nicolas Gauthier et si vous pouviez continuer a nous reconforter.
Comme vous dites des groupes inécoutables Lou reed un tube que l’on nous passe en boucle et puis plus rien , je suis convaincu qu’il aurait aimé avoir un album comme breakfast in america dans sa discographie mais pour ça faut avoir du génie, à vrai dire les fameux critiques des inrock et les autres auraient cloué au pilori un Mozart si ils avaient vécu à son époque, il nous ont pourrit notre plaisir avec leur fameuse étiquette musique commerciale, et vive les super clochards
Nostalgie de mon adolescence …
Ils ont mis en avant le piano dans leurs compositions et son. Oui, il y a des tubes, des ritournelles, mais je ne suis pas fan. Top pop, pour mon goût, mais ça ne veut pas dire qu’ils étaient dénués de talent pour composer et raconter des histoires.
À l’époque on savait jouer et chanter sans IA.
La reconnaissance se faisait via un public et des concerts et non pas par le biais des réseaux sociaux.
A présent , ce que l’on n’entend sur les ondes , ce n’est que du bruit amplifié .
Ce groupe découvert en 1977 lors d’un séjour en angleterre, m’a accompagné toute ma vie, mes enfants l’écoutent également. Cette musique est intemporelle, le son des instruments et les voix, sont fixés en moi à jamais.
Bof, de la musique pour midinettes. Comme vous l’écrivez en retard d’un train ou deux. 76-80, ce sont les Ramones, SexPistols, Clash, pour ne citer qu’eux. Retour à l’énergie et à la simplicité du rock. Le reste c’est de la soupe.
A chacun ses goûts et moi je n’aime pas les vôtres, je parle de musique bien sur.
Que de mépris pour ce groupe que j’adore!
Un de meilleurs groupe de son époque que j’écoute régulièrement merci beaucoup pour cet article et vos billets géniaux
Un des meilleurs groupes au monde il fait toujours mon bonheur en l’écoutant régulièrement, merci pour ce bel article,
Je ne les connaissais que de nom mais, d’après les extraits écoutés ci-dessus, ça m’a l’air un peu barbant. Je préfère les Creedence CR, Status quo et autres Canned Heat. Enfin, affaire de goût.
Évidemment, ça n’a rien à voir avec ce que l’on entend aujourd’hui…
C’est sûr… mais Canned Heat etc… ça date pas d’aujourd’hui mais fin des années ’60 !
Bof.
je n’aime pas les chansons écrites et chantées en anglais.
Vive Jeanne d’Arc!
J’ai toujours chez moi le 33 tours de «Breakfast in América », que j’ai fait tourner en boucle pendant ma jeunesse .
Pour une fois j’adhère au parti pris de Nicolas. Des groupes comme Supertramp, Foreigner ou Toto passent facilement pour mineurs, encore plus s’ils sont français. Je le rejoins aussi pour le Velvet Underground, qui y est pour beaucoup dans mon intérêt pour le heavy metal.
Je ne vous oublierai jamais: School, Soapboxopera, Hyde in your shell, …et tant d’autres morceaux d’anthologie qui intègrent l’histoire de la musique!
Hommage à l’harmonie et à la mélodie, des choses presque disparues.
Moi aussi je trouve ces deux albums géniaux ( Crime of the century et Crisis what Crisis ) d’ailleurs je les ai encore.