Symbole d’identité, le drapeau breton hissé de nouveau à Brest

Un geste fort rappelant que nos bannières et nos étendards régionaux racontent bien des histoires.
© Sxilderik Wikipedia Creative Commons 3.0
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La Bretagne, fière de son identité et de ses traditions, possède plusieurs symboles emblématiques, notamment ses drapeaux comme le Kroaz Du ou encore le Gwenn ha Du, littéralement « blanc et noir », en breton. Ce dernier, à la fois moderne et chargé d’Histoire, incarne l’âme de toute une région. Le 15 juillet 2025, un autre pavillon historique, celui d’hermine plain, a refait surface au sommet du château de Brest, ravivant le lien profond entre le passé médiéval et le présent culturel. Un geste symbolique fort qui rappelle que les drapeaux racontent l'Histoire.

Origines et légendes médiévales

Avant d’être un étendard, l’hermine fut à la fois un symbole héraldique issu d’une légende fondatrice. Au cours d’une chasse au XVe siècle, la duchesse Anne de Bretagne aperçut une hermine traquée par des chasseurs. Se trouvant acculée devant une mare de boue, et plutôt que de salir sa blanche fourrure, l’animal aurait alors préféré faire face aux chiens et mourir. Touchée par cette scène, Anne s’en inspira pour sa bannière et pour la devise : « Plutôt la mort que la souillure » (Kentoc'h mervel eget bezañ saotret, en breton).

Au-delà du mythe, une vérité historique s’impose. Dès le XIIIe siècle, l’hermine figure dans les armoiries des ducs de Bretagne. Pierre Mauclerc, duc de Bretagne, adopte la moucheture noire sur fond blanc comme motif de ses propres armes. En 1316, son successeur Jean II fait de l’hermine plain le blason officiel du duché. Emblème de pureté et de souveraineté, l’hermine devient pour la Bretagne ce que la fleur de lys est pour la France.

Sur mer, c’est un autre drapeau qui accompagne les marins bretons : le Kroaz du, croix noire sur fond blanc, sans hermine, probablement utilisé dès le XIe siècle. Il devient le pavillon des navires du duché et flotte sur les mers jusqu’à la fin du Moyen Âge. Cette double tradition, héraldique et navale, inscrit l’hermine et ses couleurs dans l’imaginaire breton bien avant la création du Gwenn ha Du.

Le Gwenn ha Du

Au début du XXe siècle, un architecte nationaliste breton, Morvan Marchal, décide de doter la Bretagne d’un nouveau drapeau. Il souhaite rompre avec les formes médiévales et moderniser l’image de la région. Pour cela, il compose un drapeau structuré en neuf bandes horizontales : quatre blanches pour la Basse-Bretagne, représentant les régions de Léon, du Trégor, de Cornouaille, du Vannetais, et cinq noires pour la Haute-Bretagne, composé du pays de Dol, de Saint-Brieuc, de Rennes et de Nantes. Il y ajoute également un canton semé de mouchetures d’hermine, clin d’œil aux armes traditionnelles.

En 1927, le Parti autonomiste breton adopte officiellement ce drapeau. Il reste alors associé aux mouvements régionalistes, notamment nationalistes, avant et pendant la Seconde Guerre mondiale. À partir des années 1960, le Gwenn ha Du connaît un renouveau. Porté par la culture de masse, il s’impose dans le quotidien et perd progressivement son caractère politique pour devenir un emblème culturel largement accepté. Ainsi, en 2006, le conseil régional de Bretagne l’adopte comme symbole officiel avant de l’intégrer, en 2009, comme son effigie sur les plaques d’immatriculation. Le Gwenn ha Du eut même le droit, pendant un temps, d’avoir son propre émoji sur les réseaux sociaux.

Retour au château de Brest

Le 15 juillet 2025, la préfecture maritime de l’Atlantique et le Musée national de la Marine réinstallent un pavillon d’hermine plain sur le ravelin du château de Brest, face à la rade. Un geste fort qui rappelle que Brest fut, avant d’être une grande base navale française, une place forte stratégique du duché de Bretagne.

Le château de Brest, construit sur un promontoire rocheux dominant la Penfeld, est en effet l’un des plus anciens monuments militaires encore en activité en Europe. Ses origines remontent à l’époque romaine, mais c’est au Moyen Âge qu’il prend forme : il est renforcé par les ducs de Bretagne pour surveiller l’embouchure de la rivière et protéger les accès à la mer. En 1240, Jean Ier le Roux y entreprend d’importants travaux et la forteresse devient un symbole de la puissance bretonne sur l’Atlantique. Après l’union de la Bretagne à la France en 1532, le château passe sous contrôle royal. Richelieu puis Vauban le transforment au XVIIe et XVIIIe siècle pour en faire une place forte moderne. Aujourd’hui, il abrite à la fois la préfecture maritime de l’Atlantique et un site du Musée national de la Marine.

Le retour du pavillon historique sur ses remparts rappelle ainsi que Brest ne fut pas toujours française et qu’avant de devenir l’un des cœurs de la Marine nationale, la ville fut le verrou d’un duché indépendant et puissant.

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Eric de Mascureau
Chroniqueur à BV, licence d'histoire-patrimoine, master d'histoire de l'art

Vos commentaires

38 commentaires

  1. Mettre en avant les identités régionales pour faire les Eurorégions et détruire la France.
    Attention au piège.

  2. La nation de « Barbetorte » bénéficia longtemps de privilèges concédés par François Ier lors de son rattachement à la France, privilèges qu’elle perdra à la suite de la fameuse « nuit du 4 août »…Alors, vive le Duché !

  3. « d’un duché indépendant et puissant », voilà une conclusion puissante qui pourrait concerner aussi ….. la Flandre, l’Aquitaine, la Savoie, la Lhotaringie, la Normandie, la Provence, la Navarre ….. en fait toute la France à l’exception de l’île de France. Une conclusion plus avisée serait que la résurgence de ces symboles d’identité régionale tendent à compenser la disparition des symboles de l’identité de la France. Et sont en ce sens bienvenus.

  4. L’identité bretonne ? Brest et son imam intégriste , Brest et sa richesse culturelle qui voulait faire un « Oradour sur Glane » dans un village breton , et attaquer l’arsenal . L’année dernière arrivée gare de Vannes , sur le parking une employée de la municipalité , avec l’uniforme de la mairie et le voile musulman .

  5. Arrêtez de nous faire rigoler ou nous prendre pour des ânes avec la soi-disant forte identité bretonne qui vote depuis des lustres pour des gauchistes prêts à tout pour détruire toute identité française ou régionale.Tout cela n’est que du vent car le résultat des élections ces dernières années prouvent ce qu’est l’identité bretonne. Du flan, comme le fameux far breton. Je reconnais cependant qu’il existe certainement parmi eux des irréductibles gaulois comme dans la bande dessinée d’Astérix qui fait allusion à cette belle région. Mais minoritaires hélas. Surcouf le fameux breton corsaire du roi doit faire des bonds dans sa tombe.

    • Et du Guesclin , Jacques Cartier ..les chouans et j’en passe . Les migrations du monde entier ont passé par la Bretagne, la république a éradiqué sa religion, sa langue et ses costumes et il ne reste que le folklore et les crêpes. Comme la plupart de nos provinces ce qui en faisait l’âme n’existe plus que dans les fêtes celtiques pour touristes en quête de nostalgie.

    • Je suis d’accord avec vous ! Je déplore de vivre dans une région qui était il y a peu la France Blanche (dixit mon père), mais savez-vous que le soleil tape fort en BZH et que les gens bronzent de plus en plus … les Bretons s’en rendent compte… et ne le veulent pas. J’espère que les votes vont suivre,,.

    • Boxer, je suis Breton et fier de l’être
      Notre Bretagne a une forte identité et des traditions
      La Bretagne a donné beaucoup à la France, 1ere guerre mondiale, les régiments bretons étaient mis plus souvent qu’à leur tour en premiere ligne
      2ème guerre mondiale les premiers et les plus nombreux à rejoindre la France libre furent les Bretons
      Nous avons une histoire c’est cela qui vous rend amer
      J’ajoute que je ne suis pas un gauchiste et que j’ai toujours voté à droite
      Ne mettez pas tout le monde dans le même panier

      • en effet les régiments Bretons et Vendéens plus souvent en premiere ligne ,la République n’avait pas encore digéré les révoltes des Chouans

  6. Que les beaux drapeaux de nos belles Provinces de France tronent aux façades de nos édifices à côté de notre drapeau français… il n y a pas de place pour autre chose !

  7. Ne nous enivrons pas de mots, d’image , de symbole trompeurs. La Bretagne est la région de France où Macron fait ses meilleurs scores…Alors mettre le drapeau breton aux fenêtres et voter renaissance ou quelque parti pro UE que ce soit, est digne d’un « en même temps » dont Macron aurait raffolé. C’est la même chose avec le burkini. La justice a cassé un arrêté municipal l’interdisant. C’est tout à fait normal car en France, on s’habille comme on veut. Mais paradoxalement, cette majorité de français contre le burkini continue à voter pour les partis pro UE (de LFI au RN). L’UE qui est le garant de l’immigration en Europe. Là encore, les français votent pour des partis dont les actes dictés par l’UE (c’est l’UE qui dirige, la France n’a plus de souveraineté si ce n’est pour décider des limitations de vitesse sur ses routes…) aboutissent à ce que les français condamnent. Il faut reprendre confiance en soi, être prêt à retrousser les manches, sortir de l’UE et de toutes ces institutions qui nous effacent à petits feux et renouer des relations commerciales avec tous les pays du monde quel qu’en soit le régime politique. La « moraline » (terme désignant la bonne conscience contrairement à la morale qui est « un cas de conscience ») du droit de l’hommisme est en train de nous faire crever.

    • Ce drapeau ne me fait pas oublier pour qui votent les bretons en majorité de gauche . Drapeau identitaire et vote macroniste voire Lfiste , cherchez l’erreur .

  8. Un maire socialiste qui met un drapeau Breton, bravo d’habitude chez les socialistes de Mélenchon c’est plutôt un drapeau palestinien qui est hissé

    • Le château de Brest n’est pas un monument municipal mais national, appartenant au ministère des armées. Toute la nuance du symbole est aussi et surtout là !

  9. En route vers l’indépendance comme la Nouvelle-calédonie ? La boite de pandor a été ouverte par manu la tremblante et manu l’élyséen !

  10. Ça fait un bien fou de voir que certaines personnes protègent notre patrimoine et nos racines, d’autant que je suis native du Finistère !

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