Transformé en musée, le Casabianca, héritier d’un passé glorieux, pourrait revenir à Toulon

Le Casabianca, sous-marin nucléaire d’attaque (SNA), est parti pour Cherbourg en 2023 afin d’y être désarmé.
Capture d'écran
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Premier port militaire d’Europe, Toulon a pourtant moins à offrir que Brest ou Cherbourg aux passionnés de la Marine nationale et de son histoire. Alors, y voir revenir le Casabianca pour en faire un musée est une idée enthousiasmante à plus d’un titre.

Bien sûr, il y a, à Toulon, à l’entrée de l’arsenal, un magnifique musée de la marine. Il y a aussi au Mourillon, dans les jardins de la Tour Royale, le monument national à la mémoire des sous-mariniers morts en mer. Le Casabianca aurait là toute sa place, amarré face au bathyscaphe FNRS III, celui-là même qui établit, en 1954, le record mondial de plongée à plus de 4.000 mètres de profondeur.

Dix ans d’attente, au minimum

Le Casabianca, sous-marin nucléaire d’attaque (SNA) de la classe Rubis, est parti pour Cherbourg en 2023 afin d’y être désarmé. C’est là qu’avait commencé son histoire, en 1981, et là qu’elle s’achève avant, on l’espère, qu’il rejoigne sa base.

Le député du Var Yannick Chenevard, membre de la commission de la défense et des forces armées de l’Assemblée nationale, a annoncé en début de semaine que la chose était en bonne voie. Il faudra néanmoins attendre au moins dix ans pour voir le SNA rejoindre la rade, essentiellement pour des raisons techniques, dit l’état-major de la Marine. En effet, désarmer un SNA n’est pas une mince affaire, sachant qu’il faut déjà attendre une dizaine d’années entre l’arrêt définitif du réacteur et le retrait de ses éléments combustibles avant de pouvoir retirer la tranche nucléaire de la coque pour le démantèlement. Cela « afin de laisser suffisamment baisser le niveau de radiation pour entreprendre l’extraction de la chaufferie, qui est évidemment confinée ». Il faudrait ensuite lui « substituer une section de coque inerte », nous dit-on, ou éventuellement remplacer le compartiment du réacteur par une maquette.

Ces étapes franchies, il faudra ensuite effectuer les travaux d’aménagement pour faire du bâtiment un musée. Bref, tout cela va prendre du temps, mais c’est l’occasion de ramener dans la rade un morceau d’Histoire.

Un illustre prédécesseur

Une histoire encore douloureuse pour certains, preuve en est qu’il a fallu attendre la période récente pour qu’une salle du musée soit consacrée au sabordage de la flotte française à Toulon. C’est là que l’on retrouve le Casabianca. Du temps de sa construction à Cherbourg, en 1981, le bâtiment que l’on espère transformer en musée s’est d’abord nommé Bourgogne. Il fut rebaptisé Casabianca en 1987, en mémoire de son illustre prédécesseur, le sous-marin Casabianca mis en service en 1936.

Celui-ci fut l’un des rares bâtiments à échapper au sabordage de la flotte française, le 27 novembre 1942. Parvenant à quitter la rade de Toulon, aux ordres du commandant L'Herminier, il avait alors rejoint Alger et repris le combat aux côtés des alliés. Il participera ainsi à la libération de la Corse après y avoir effectué des « opérations spéciales », notamment la livraison de 35 tonnes de matériel aux maquisards. Le 23 septembre 1943, c’est lui qui débarque le commando de 109 hommes du bataillon de choc d’Ajaccio. C’est à cette occasion que l’amirauté britannique lui attribue le célèbre pavillon à tête de mort sur lequel figurent aussi les emblèmes de ses faits d’armes. Il s’agit de la Corse pour la libération de l'île, sept épées pour les missions secrètes réussies, trait rouge pour navire de guerre coulé à la torpille, blanc pour navire de commerce coulé et trait rouge avec canons croisés pour bâtiment de guerre coulé au canon, rappelle la revue Mer et Marine, précisant que cette distinction n’est offerte qu’aux sous-marins les plus méritants. Décoré de la médaille de la Résistance en août 1946, le premier Casabianca sera désarmé en 1952.

Voir revenir un Casabianca à Toulon serait rendre hommage à la Marine nationale dont Toulon n’a pu, jusqu’ici, conserver aucun bâtiment. Y ramener le Casabianca, troisième des six bâtiments du type Rubis – les premiers sous-marins d’attaque français à propulsion nucléaire –, permettrait de valoriser la très longue histoire du port, et notamment son importance dans les activités sous-marines.

Quelle que soit l’issue du projet – il est coûteux… –, il y aura toujours un prestigieux Casabianca pour sillonner les mers. Le dernier SNA de la classe Suffren (celle qui succède aux Rubis), actuellement en construction à Cherbourg, va en effet reprendre le nom. Il doit rejoindre la Marine nationale en 2030.

L'histoire du Casabianca de la Seconde Guerre mondiale a été reconstituée dans un film sorti en 1951 et réalisé avec le concours de la Marine nationale d'après le récit du capitaine de vaisseau L'Herminier.

Capture d'écran film Casabianca

Picture of Marie Delarue
Marie Delarue
Journaliste à BV, artiste

Vos commentaires

7 commentaires

  1. Vive la Marine National en general…Pour bien comprendre il faut y vivre de l’intérieur, tout y est exceptionnel

  2. Rendre hommage aux sous- mariniers, c’est évident, ils sont notre protection, ainsi que l’armée de l’air. Ces deux armes seront toujours en première ligne.Gloire à leur dévouement.

  3. « pavillon à tête de mort » ou plutôt de Maure, s’agissant de la Corse. Le premier étant le drapeau pirate.

  4. Les sous-marins sont la meilleurs arme toujours actuellement.
    La plus économique de la construction jusqu’ l’utilisation.
    Le plus discrète face aux équipements de détections ultra modernes toujours a présent.

  5. On peut visiter le sous marin classique Le Flore S645 (diesel,électrique) à l’ancienne base sous marine de Lorient.

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