[TRIBUNE] Évasion d’un détenu au planétarium de Rennes : l’arbre qui cache la forêt

On entre très peu en prison, et une fois entré, on peut en sortir simplement en échappant au regard des surveillants.

Ce vendredi 14 novembre, un détenu de la prison de Rennes a profité d’une sortie culturelle au planétarium pour se « faire la belle ». Selon la presse, il était incarcéré pour des vols que l’on imagine très nombreux ou graves (ou les deux) pour lui valoir une peine aussi rare que la prison. L’homme qui devait sortir en 2027 est désormais dans la nature.

On en sort comme dans un moulin

Premièrement, il semble tellement rare, pour un délinquant, d’entrer en prison qu’en sortir aussi facilement, sans coup ni violence, paraît inquiétant pour la crédibilité du système tout entier. On entre donc très peu en prison, et une fois entré, on peut en sortir simplement en échappant au regard des surveillants.

En effet, sur 270.000 personnes sous main de justice (c’est-à-dire condamnées ou suspectes d’une procédure pénale), seules 75.000 sont en prison. Ces 75.000 sont donc la pointe de l’iceberg de la criminalité. Il s’agit des détenus les plus dangereux, ceux pour lesquels notre Justice – d’habitude très magnanime - n’a pas eu d’autre choix que de les envoyer en prison.

Et sur ces 75.000 détenus, il y a chaque année plus de 700 évasions. Ce qui équivaut à une évasion pour 100 détenus et à 2 évasions par jour !

La prison est-elle le Club Med ?

Mais, le plus choquant, dans cette affaire, est peut-être autre chose : la profusion de sorties et d’activités ludiques pour les détenus.

Nous avons vu le pique-nique de détenus au château de Versailles, la sortie surf à Saint-Malo, la sortie au musée de l’Homme des détenus de Villepinte (au cours de laquelle un détenu dangereux s’était évadé), mais citons encore une évasion lors d’une sortie à la montagne, en juin dernier, ou en plein air, etc. À l’occasion de cette évasion à Rennes, le grand public apprend donc qu’il existe de très nombreuses sorties et activités culturelles pour les détenus. Activités parfois inaccessibles aux Français ordinaires…

Sans parler, ici, des activités à l’intérieur des prisons ! Souvenons-nous de la visite annulée de Gérald Darmanin à la prison de Toulouse-Seysses, lorsque le ministre découvrait que des étudiantes esthéticiennes devaient s’occuper des détenus. Le garde des Sceaux y découvrait, par la même occasion, l'existence de cours de danse country…

Ces activités sont systématiquement présentées comme ayant pour but de « préparer la réinsertion » des détenus. Car en réalité, le système judiciaire français n’est orienté que vers un seul but : la réinsertion des condamnés. Par une empathie immature (à l’égard des délinquants, pas des victimes, naturellement), il n’arrive pas à se résoudre à l’idée que certains criminels et délinquants endurcis doivent passer une longue période derrière les barreaux, voire toute leur vie.

En témoigne, par exemple, le mécanisme de la peine la plus lourde du droit français : la perpétuité incompressible. Même pour cette peine qui concerne les pires criminels, ceux ayant commis des actes d’une particulière gravité (meurtre sur mineur, avec acte de barbarie, homicide terroriste, etc.), la réinsertion reste possible en théorie. En effet, après 30 ans de détention, il est possible de mettre fin à cette peine de « perpétuité réelle » qui n’est donc ni perpétuelle ni réelle.

Pour éviter ces évasions, la gauche va-t-elle proposer de généraliser les prisons sur le modèle de la prison de Mauzac, construite par l’architecte du Club Med sur ordre de Robert Badinter ? Pas sûr que cela fonctionne, puisque certains détenus tentent tout de même de s’en évader…

Picture of Pierre-Marie Sève
Pierre-Marie Sève
Directeur de l'Institut pour la Justice

Vos commentaires

30 commentaires

  1. On en sort comme dans un moulin … c’est à dire ? On peut donc sortir à l’intérieur de quelque chose ? N’y aurait-il pas là une sorte d’oxymore ? Cette expression me laisse perplexe.

  2. Bonjour,
    je viens de lire votre article et je me permets d’y apporter quelques précisions. Ces sorties autorisées par le JAP (Juge de l’Application des Peines) le sont sur les demandes des services socio-éducatifs des établissement appelés SPIP (Services Pénitentiaires d’Insertion et de Probation). Les sorties ne sont pas encadrées par le personnel de surveillance mais par des éducateurs et éducatrices dudit service SPIP chargés de la surveillance et de la sécurité des détenus. J’arrête là pour ne pas en dire trop. Mais il m’a semblé utile d’apporter quelques précisions. J’ajoute que ce n’est pas le premier détenu qui se fait la belle et se ne sera pas le dernier. De plus ce n’est pas considéré comme évasion mais comme non réintégration de permission au vu du CPP (Code de Procédure Pénale). La naïveté dont font preuve certains magistrats dont leurs idéologie prend le dessus sur le réel n’est pas prête de disparaître. J’en ai trop dit.

  3. Offrir des sorties « culturelles » à des délinquants, alors que de nombreuses familles ne peuvent en faire profiter leurs enfants, faute de moyens. Entre manger ou se chauffer et se cultures, il faut choisir.

  4. Conclusion :Il est préférable de finir sa vie en prison plutôt qu’en EPHAD… sorties à Versailles, au musée.. massages… et personnel à disposition 24/24….

  5. L’autorité confond prison et centre de loisir.
    La prison est une punition qui en enfermant les criminels protège la population. Si on donne des permissions ou si on les emmène en ballade, ce n’est plus une prison!

  6. La culture fait « évader » l’homme au sens propre comme au figuré ,mais là c’est surtout au sens propre

  7. Aucune sortie possible pour les détenus.
    Toutes les séances de réinsertion doivent être réalisées en prison.

  8. Il faudrait que Darmanin et Nunuchenez aille faire un tour aux States….. Là bas les prisons, ça rigole pas ! Pour commencer ténue Orange pour tous les détenus !

  9. tout évadé devrait pouvoir doubler sa peine, c’est à dire au moment de l’évasion il lui restait 2 ans, et quand on le ratrappe il a 2 ans de plus que lorsqu’il est est parti, total 4 ans au mieu de 2. Quand à la réinsertion, peut être faudrait-il qu’on les remettent aux études plutôt qu’aux karting, piscine, esthéticienne, là il y a un gros chantier.

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