[TRIBUNE] La cure d’austérité de Terra Nova : tremblez, retraités !

Notre gauche partageuse est décidément indécrottable.
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Sous la plume de Guillaume Hannezo, le think tank Terra Nova, porté par la gauche de gouvernement, vient de publier une note sur la nécessaire cure d'austérité que notre endettement imposera tôt ou tard à nos finances publiques : soit par augmentation des impôts, soit par contraction des dépenses.

Cette étude rejoint celles du Conseil d'analyse économique et de l'Institut Montaigne : notre dette publique nous met désormais en danger et nécessite une purge rapide qui redresserait nos comptes à concurrence de 120 milliards d'euros. Tous les analystes économiques conviennent grosso modo de cette évaluation centrale, de ses causes et de la myopie du débat politique à ce sujet. Par contre, le dosage entre les remèdes de cheval à administrer diffère.

Une dette publique risquée

Terra Nova n'y va pas par quatre chemins : la France est devenu un pays du « Sud du Club Med » dont la dette publique entre en concurrence avec celles de l'Espagne, du Portugal ou de l'Italie.

Fait beaucoup plus troublant : la République française doit désormais rémunérer ses préteurs à un taux supérieur à celui dont bénéficient certaines de nos propres multinationales ! Or, depuis les travaux de Sharpe et Samuelson, il était admis que c'étaient les emprunteurs publics souverains qui empruntaient au taux le plus bas, dit « sans risque », puisque les États ne peuvent pas être mis en liquidation.

C'est là que Guillaume Hannezo lève un lièvre : étant donné leur rationalité, les marchés financiers ne motivent pas le « spread » français par un simple mouvement d'humeur. En fait, ils exigent la rémunération correspondant à une probabilité de perte de 10 % de leur mise à l'issue de dix ans. Soit 10 % de chances que la France répudie 100 % de sa dette. Ou 20 % de chances qu'il en répudie la moitié. Ou encore 33 % de probabilité que notre État rembourse sa dette dans un Nouveau Franc dévalué de 33 %. Mais passons sur une telle hypothèse, puisque personne ne l'évoque...

Un diagnostic partagé

La note de Terra Nova est assez consensuelle quant à l'origine du dérapage budgétaire : la Macronie a fait montre d'une coupable légèreté. Nos Mozart aux petits pieds ont mal anticipé les conséquences budgétaires du vieillissement de la population française. Ils n'ont pas non plus profité des taux d’intérêt très bas qui régnaient il y a dix ans pour emprunter à très long terme : nous sommes donc en train de rembourser des prêts à 1 % en les refinançant par des obligations à 3,5 % : la charge de la dette s'envole donc de 10 milliards d'euros par an.

Il est exact que le déficit public devra donc, afin de sortir de la spirale de la dette, passer en dessous de 3 % par an : soit un redressement budgétaire de 120 milliards d'euros. Chiffre que le Cercle national des économistes avait d’ailleurs avancé l'année dernière. La facture est salée : 4.000 euros par an de prélèvements supplémentaires par an pour chaque ménage français, c’est-à-dire 5 % de notre pouvoir d’achat. Et cette purge se prolongera probablement jusqu’à la fin de la décennie.

Désaccords sur les remèdes

Chacune des études part du même constat : nous sommes tous conscients qu’il nous faudrait restreindre le train de vie des autres.

La note de Terra Nova est à cet égard bien timide concernant le train de vie de l’État, en limitant les économies annuelles à 6 milliards d’euros (on considérera ici les évaluations centrales de chaque fourchette). C’est évidemment très peu, ce qui n’est pas étonnant venant d’un think tank de gauche. La note nous explique, certes, que beaucoup de dépenses sont incompressibles, sauf à révoquer des fonctionnaires. C’est oublier un peu vite les deniers publics dilapidés dans les subventions wokistes, la politique de la ville, l’aide aux migrants ou la construction d’une école au Zanzibar. Il y a des économies à réaliser sur ces dépenses indécentes en période de disette budgétaire, bien que les montants en cause soient assez peu significatifs. Et la note reste très discrète sur les responsabilités de la gauche dans le domaine d’une décentralisation ratée, source de baronnies dispendieuses.

Plus avant, le think tank respecte la politique de l’offre en faveur des entreprises en la réduisant à la marge de 12 milliards d’euros.

Par ailleurs, il estime également à 6 milliards d’euros le gain financier que rapporterait le « travailler plus » et au maximum 16 milliards pour l’imposition des ultra-riches.

TVA ou CSG ?

Il manque encore 80 milliards d’euros de recettes par an pour... stabiliser notre dette publique ! C’est dire que les joutes parlementaires sont totalement hors-sol.

Et la note d’Hannezo ouvre le vrai débat : il faudra bel et bien recourir à des impôts à base large et fort rendement. Or, un point de TVA rapporte 11,4 milliards à l’État. Et un point de CSG lui procure 14,6 milliards de recettes supplémentaires.

Hold-up sur les seniors ?

La gauche ne se refait pas. En effet, la dernière préconisation de son think tank consiste tout simplement à prendre 40 milliards dans la poche des retraités. Car nos braves seniors soufrent, hélas, d’un vice bien français : ils épargnent à tous âges pour leurs enfants ! D’où l’idée d’une razzia sur leur épargne à coups de CSG, de suppression de l’abattement de 10 %, de gel des pensions, voire même, comme en Grèce, d’une baisse autoritaire des pensions. Enfin, dernière innovation en matière de dépenses maladies : augmenter le reste à charge pour les contribuables aisés. La note précise clairement que cette mesure ciblerait surtout les personnes âgées : les diabétiques et les hypertendus vont être fous de joie !

On peut quand même se demander en quoi un pareil hold-up modifierait le financement du déficit budgétaire français. En effet, les retraités placent leur épargne dans l’assurance-vie, laquelle est ensuite investie dans des obligations de l’État et financent donc son déficit. Pourquoi diable irait on piocher directement dans la poche des retraités ? La réponse figure noir sur blanc dans la note : « À travers le déficit budgétaire, tous les actifs s’endettent pour un profit que recevront les héritiers des classes bourgeoises. » Fin de citation... Tout est dit : fermez le ban ! Notre gauche partageuse est décidément indécrottable.

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Pr Jean-Richard Sulzer
Agrégé des Facultés de l'Université Paris Dauphine. Président du Cercle national des économistes

Vos commentaires

77 commentaires

  1. Une petite erreur d’analyse. Terra Nova, Macron et la gauche lisent les journaux économique. Et à force de lire que le bas de l’aune des français ( et surtout des retraites) équivaut à des milli milliard d’euro. L’ un Macron se dit je vais aider mes amis banquier ( taux interet enorme), les autres se disent à nous la cagnotte des retraites .. ces milliard c est pour nous.. donc …

  2. C’est le propre de la gauche de ne jamais reconnaître qu’elle s’est fourvoyée. C’est ainsi, comme le disait Jacques Godfrain, que « la gauche aime tellement les pauvres qu’elle en fabrique ». On peut être certain que ce programme ne figurera pas dans les professions de foi des candidats de gauche à la présidentielle. D’ailleurs il ne figurera pas non plus dans les professions de foi des candidats de la droite non plus.
    On peut donc s’attendre à l’annonce de pléthore de mesures démagogiques de la part de tous les candidats de gauche comme de droite, dans le style habituel qui sied le plus à la gauche il est vrai : « On rase gratis ! »
    En d’autres termes, ces gens-là sont des menteurs invétérés puisqu’ils nous prennent pour des demeurés. Il est vrai que pour ce qui concerne certains, depuis le temps que la gauche et la droite les prend pour des demeurés….

  3. tout d’abord je suis retraité et Terra Nova je les emmerde. On va commencer par ceux qui nous gouvernent .
    1 député par département et plus davantage fiscaux, plus de gratuité des moyens de transport et baisse conséquente de leurs salaires. Le sénat à la poubelle il sert à rien et nous coute un bras ! Les hauts fonctionnaires dans les ministères surtout les finances …tous à la porte on en met des nouveaux mais moitié moins ! Et si tout cela est mis en place on peut discuter des retraités Terra Nova OK ?

  4. « Car nos braves seniors soufrent, hélas, d’un vice bien français : ils épargnent à tous âges pour leurs enfants » et ils votent et revotent pour ceux qui veulent les taper sans cesse. j’en ris..ah le péril fasciste. Au fait j’en suis un de ces retraités, mais sans rien de commun, sinon l’âge..

  5. Il faut faire d’un slogan viral celui-ci « toucher à l’argent des Seniors, c’est toucher l’héritage de leurs enfants »…Les parasites de tous ces think tank vont diffuser leur venin partout sur l’illégitimité de l’héritage, il faut bien fiare comprende aux jeunes que s’ils se laissent influencer par une conférence donné à leur fac ou leur grand Ecole sur le sujet ( ça se fait) ce seront eux les dindons de la farce.

  6. Il y a une chose qui me fait rire…en 1981 ces retraités d’aujourd’hui dansaient dans les rues…. ils ont ce qu’ils ont voulu, alors bien fait. La roue tourne dans le sens où on la pousse. Je suis retraité et ce qui me plait ‘est que je leur disais ce risque. Chose qui prouve que dire la réalité c’est mal vu depuis un moment (et même avant 1981).

  7. 3/4 de nos retraites, éduqués dans l’esprit de la République, avec pour 50% d’entre eux, pour seule ambition , devenir fonctionnaire (en 1970, sur une classe de Lycée de 23 élèves, 2 ont créé une entreprise, la majorité devint fonctionnaire), et donc nourris de propagande socialo-mondialiste, d’inspiration communiste (Ce que rappelait Gorbatchev, en disant que la France était le seul pays communiste ayant …réussi !!!) sont responsables de par leur choix de vie de notre situation actuelle, donc, retour à l’envoyeur, effet boomerang ! Ceux qui se méfièrent du système du « tout état », n’attendirent pas pour se faire des retraites à capitalisation !

  8. La gauche ne sait faire qu’une chose : confisquer l’argent de ceux qui travaillent pour, au nom de l’égalité, le distribuer à ceux qui ne font rien. Qu’ils soient français oi encore mieux étrangers. C’est la raison pour laquelle elle honnit tant le travail.

  9. Bien que retraité et souverainiste, je suis convaincu que « les vieux » sont bien le problème économique de la France. Les plus de 60 ans absorbent 80% des dépenses d’assurance maladie principalement financées par le travail. Si on ajoute le poids des pensions, de l’invalidité et de l’assurance chômage, on ne peut que constater que les jeunes et les salariés sont écrasés de charge. Regardez les taux de cotisation d’il y a 50 ans et ceux d’aujourd’hui: ils ont quintuplé. Et ce sont nos enfants qui paient. Qu’on le veuille ou non; les retraités vont devoir se serrer un peu la ceinture. De gré ou de force. Et ce ne sera que justice. Un vieux cadre dirigeant ayant cotisé 44 ans, catholique et soucieux de l’avenir de ses enfants.

  10. Réponse à Gayant : le terme de « chance » est évidemment utilisé ici comme outil en calcul des probabilités .

  11. Je commencerai a croire au gouvernement quand il dit vouloir résoudre la dette publique, quand il commencera a lutter contre les 60 milliards de fraudes sociales (sécurité sociale, allocations familiales, 75 millions de cartes vitales pour 68 millions d’habitants, etc…) quand il cessera de faire venir toujours plus de migrants qu’il faut loger, nourrir, indemniser,et soigner, quand il cessera de verser, sans contrôle, des retraites à des plus que centenaires en Algérie, quand les élus, sénateurs et députés mettront la main à la pate au lieu de se voter en permanence des augmentation de leurs budgets, quand nous reviendront à un peu plus de cohérence en cessant de verser des milliards à l’Europe qui nous étrangle au profit de l’Allemagne (pays de la « Présidente » madame Van der Leyen… Quel hasard…), quand le président, en premier, acceptera de faire des économies en cessant d’inviter la terre en terre entière aux frais du contribuable Français, uniquement pour se pavaner, quand il cessera de voyager dans des pays qui le ridiculisent. Alors là on pourra parler de volonté de faire des économies. Pas en augmentant les impôts et en inventant toujours plus de taxes. Le Mozart de la finance ne connait que 2 notes en économie : « j’augmente et je taxe »…

  12. En argentine Javier MILEI a sut faire des coupe franche dans une partie de l’appareil d’état qui ne servait à rien, à quand en France fera t on pareil, la dette serait beaucoup plus vite remboursée

  13. On prépare doucement le bon peuple à la mise sous tutelle pour 2027. -30% sur toutes les retraites. Nos politiques seront très heureux car les méchants se seront le FMI et la BCE mais surtout pas eux. Ils ne sont responsables de rien, Bayrou nous l’a dit.

  14. Quant vous avez des budgétivores a 9250 € mois dans un secteur parfaitement inutile mais qui on déjà une retraites de ministres et députés a l’age ou ils devraient profiter de leur fin de vie, et çà perdure avec un nombre impressionnants de semblables alors ne rêvons pas, la France est irréformable.

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