Trump à l’assaut de l’Iran des mollahs : la guerre, ultime argument des rois

L’objectif affiché, cette fois, par les Israéliens et les Américains est bien de se défaire du gouvernement des mollahs.
Capture d'écran X The White House
Capture d'écran X The White House

La guerre est bien « l’ultime argument des rois » (ultima ratio regum), comme l’avait fait écrire le roi Louis XIV sur l’affût de ses canons en bronze encore visibles aux Invalides. Nous en avons encore la preuve ce samedi matin où, après trois « rounds » de négociations infructueuses avec le régime des mollahs, les chefs d’État américain et israélien ont déclenché logiquement des opérations aériennes préventives contre les Gardiens de la révolution et leurs décideurs politiques et militaires.

Des frappes ciblées ?

Les avions frappés de l’étoile de David appuyés par des avions américains ont frappé, ce matin à partir de 7 heures (heure locale), différents sites stratégiques, principalement sur la zone de Téhéran où aucune sirène n’a pu retentir, dans la mesure où tout le système radar de détection iranien avait été auparavant neutralisé. Le président Trump a exhorté la population iranienne a rester chez elle pendant que « des opérations majeures » auraient lieu sur leur territoire. Parallèlement, des missiles balistiques iraniens auraient été lancés sur Tel Aviv et Jérusalem. Le gouvernement israélien parle d’opérations préventives lancées contre le gouvernement iranien visant essentiellement les différents sites de pouvoir et militaires des milices islamistes, Gardiens de la révolution notamment. Des sites de l’armée ont également été ciblés. L’immeuble du siège des Renseignements aurait été neutralisé. L’ayatollah Khamenei et le président Pezeshkian auraient été mis à l’abri, d’après les autorités iraniennes. Amir Hatami, le terrible ministre de « la construction de la justice », à l’origine de la répression des 8 et 9 janvier derniers à la suite des manifestations, aurait été déjà éliminé.

Le rugissement du lion

L’opération israélienne lancée ce matin s’appelle « Rugissement du lion » (« Lion’s Roar »), alors que la précédente, lancée lors de la guerre des douze jours de juin dernier, s’appelait « Lion debout » (« Rising Lion »)… Cela veut dire que cette opération sous commandement israélien est la continuation de la première et que, donc, elle avait été planifiée avec détails tout au long des négociations. Cette opération « préventive », en réalité « préemptive », c’est-à-dire qu’elle aurait précédé de peu une possible première frappe iranienne. Parallèlement, l’armée de l’air jordanienne participe à un exercice visant à « la protection du ciel du royaume » contre d’éventuels missiles iraniens visant des bases du royaume hachémite où pourraient se trouver des avions alliés, notamment américains ou français. En outre, le Qatar aurait déjà intercepté deux missiles iraniens visant la base d’Al-Udeid, où se trouve le poste de commandement américain de CENTCOM. Le président Trump a exhorté le peuple iranien à se débarrasser de son gouvernement. « C’est l’heure d’agir », a-t-il dit, ce matin, en s’adressant à la population iranienne.

Les objectifs de l’opération

Il semblerait donc que, cette fois-ci, l’objectif affiché par les Israéliens comme par les Américains soit bien de se défaire du gouvernement des mollahs. Si Donald Trump a parlé d'« opérations majeures », il n’a rien dit d’opérations terrestres ni même d’opérations spéciales visant à aider les mouvements de résistance locaux à se débarrasser de leurs tyrans. D’ailleurs, il ne peut rien en dire, préservant en cela le secret des opérations. Beaucoup de spécialistes estiment que des opérations militaires ne peuvent pas, depuis l’extérieur, modifier un régime politique ou le supprimer. C’est oublier qu'en 1945, les bombardements américains sur le Japon, dont malheureusement les deux bombes nucléaires d’Hiroshima et de Nagasaki, forcèrent l’empereur Hirohito, non seulement à arrêter la guerre contre les États-Unis et leurs alliés, mais aussi à passer à un régime démocratique sous la direction avisée du général Douglas MacArthur qui sut, tout en préservant les apparence d’un régime traditionnel, y imposer en douceur des règles démocratiques. Les militaires américains ne sont ainsi pas venus en conquérants mais en libérateurs, même après deux bombes nucléaires et des bombardements classiques intensifs comme sur Tokyo, le 10 mars 1945. Ce samedi matin, Reza Pahlavi, le fils de l’ancien chah, a déclaré : « La victoire finale est proche »… Plus loin, il poursuit : « Je veux être à vos côtés dès que possible afin qu’ensemble, nous puissions reprendre et reconstruire l’Iran. »

Aujourd’hui, l’issue de ces premières opérations militaires américano-israéliennes n’est pas encore visible sur le terrain. Il est déjà prévisible qu’elles ne s’arrêteront qu’une fois le gouvernement iranien, sinon renversé, du moins en état d’accepter les trois conditions fixées initialement par les négociateurs américains concernant, respectivement, l’arrêt de l’enrichissement de l’uranium militaire, le démantèlement des missiles balistiques et l’arrêt du soutien financier aux milices terroristes régionales pro-chiites, du Liban à l’Irak. Comme depuis plusieurs semaines, voire plusieurs mois et années, la diplomatie n’a pas fonctionné, il ne reste plus que la voie des armes. Pour Israël, l’enjeu est aussi ailleurs : il s’agit d’avoir comme voisin un Iran pacifique dont l’objectif principal ne serait plus « la destruction d’Israël » proclamée depuis 1979 par ce régime sanguinaire, aujourd’hui en cours de délitement, sinon de destruction, voire de remplacement.

Picture of Vincent Arbarétier
Vincent Arbarétier
Ancien officier, docteur en sciences politiques, expert géopolitique et militaire

Vos commentaires

29 commentaires

  1. Ils n’ont pas informé notre petit président, qui est incapable de tenir sa langue tant il veut briller internationalement , tant son narcissisme est dévastateur, c’est dire le mépris pour notre tête de noeud de la part des « grands » de ce monde et qui est, hélas, mérité ! Pauvre France !

  2. TRES BIEN , allons y gaiement ! Chapeau à Donald Trump (surnommé à tort ‘ TACO’…(?)
    Bonne journée

  3. Quoi qu’on dise, les Américains avaient prévenu : l’opération précédente s’appelait Rising Lion. Ce qu’on a un peu vite traduit par Lion Debout (statique), alors qu’en fait c’était Lion se dressant : et donc, début du mouvement !

Commentaires fermés.

Vidéo YouTube

Pour ne rien rater

Les plus lus du jour

LFI ne veut pas voir les gens sortir de la pauvreté
Gabrielle Cluzel

Les plus lus de la semaine

Les plus lus du mois