[UNE PROF EN FRANCE] Le mythe du hussard noir : une saine nostalgie ?
La formation des enseignants : avouons-le, elle n’a jamais été bonne. Élisabeth Borne prétend encore une fois la réformer. Pourquoi pas ? Écourter les études ? Pourquoi pas ? On n’a pas besoin d’un bac+5 pour enseigner à des 6e à moitié analphabètes. Quand on regarde l’Histoire, on voit que l’on a toujours tâtonné quant à la formation des enseignants. D’un côté, on a conscience qu’elle revêt une certaine importance et, dans le même temps, on se dit qu’on ne va pas investir dans quelque chose d’aussi aléatoire, d’aussi peu évaluable.
Les hussards noirs... de Péguy
D’aucuns vivent dans la nostalgie mythique des hussards noirs de la République et analysent le présent au filtre de cette époque bénie où des hordes de jeunes hommes sanglés de noir et de dignité déferlaient sur les campagnes françaises pour y déverser l’amour du Savoir et de la Patrie. Certes, certes. Je ne dis pas que cela n’a pas existé. Je ne dis pas que ce n’était pas une situation enviable, si l’on prend toutefois en considération la dimension idéologique du rouleau compresseur politique que cela a constitué. Mais ils ont appris à lire et à compter à quelques générations d’enfants, c’est indéniable. Saviez-vous que le terme de « hussards noirs de la République » venait de Charles Péguy ? L’ironie de l’Histoire et des mots d’auteurs.
On rêve tous d’un professeur se conformant à l’image du père-instituteur des romans de Pagnol. Cela semble aussi naïf que de rêver d’un homme aussi parfait que les héros des comédies romantiques américaines.
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L'envers du mythe
Si l’on relit les textes de Victor Hugo ou de Jules Vallès, on découvre une facette moins glorieuse des enseignants du XIXe siècle et la dimension carcérale des écoles. On y voit des professeurs médiocres, malmenés, méprisés et mesquins, des élèves malheureux, abrutis d’exercices répétitifs et ineptes, brimés par les adultes et impitoyables entre eux. Même chose dans Les Caves du Vatican de Gide ou dans Le Petit Chose de Daudet. Alors, on peut mythifier le passé, mais force est de constater que la formation des enseignants, que ce soit sur le plan académique comme sur le plan pédagogique et humain, n’a jamais été parfaitement performante et n’a jamais trouvé de formule faisant l’unanimité.
Si on remonte plus loin, jusqu’au Moyen Âge voire à l’Antiquité, on trouve encore plus de défiance vis-à-vis des enseignants. Dans son remarquable ouvrage (Histoire de l’école. Maîtres et écoliers de Charlemagne à Jules Ferry), évoqué dans ma chronique précédente, Pierre Giolitto n’a pas de mots assez durs pour déplorer l’ignorance crasse et l’incompétence de la plupart des maîtres d’école sous l’Ancien Régime - si l’on excepte les congrégations religieuses qui avaient un mode de recrutement propre et plus « professionnel ». Les faibles qualifications requises, l’absence de contrôle, la maigre rémunération, l’ingratitude d’une tâche dont peu de gens souhaitaient s’acquitter... tous ces facteurs concouraient à faire du maître d’école un pauvre hère à la condition peu enviable. On nous explique même parfois que deviennent maîtres d’école ceux qui ne peuvent vraiment rien faire d’autre : les culs-de-jatte, les boiteux, les borgnes… Et on les surveille de près, en imposant par exemple que les cours soient publics, de manière à contrôler leur moralité, sur laquelle pèsent de forts doutes.
On observe un lien très fort entre le niveau de rémunération et le niveau de compétence des maîtres : leur salaire étant bas et difficile à percevoir, on ne peut attendre en retour un service d’une haute qualité, les meilleurs esprits se dirigeant vers des carrières plus prestigieuses et socialement confortables. On se dit que les choses ont peu changé, aujourd’hui.
Baisse du niveau : sortir de l'hypocrisie ?
Finalement, tout a toujours été très mal, sauf quand on a la chance de tomber sur un individu qui sort du lot. Ces professeurs d’exception, qui font leur travail honnêtement et en ont les compétences, ne sont pas inexistants. Il n’y a donc pas de raison de s’inquiéter outre mesure de la réforme annoncée par Mme Borne, n’est-ce pas ? Pour une fois, on sort peut-être de l’hypocrisie et on arrête de prétendre qu’il faut cinq années d’études après le bac pour apprendre à des enfants la conjugaison de l’imparfait ou le théorème de Pythagore.
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37 commentaires
Pourquoi enseigner l’imparfait du subjonctif dont personne n’utilise plus la subtilité ? Sans doute pas à faire des écrivains mais à former des esprits ; les Mathématiques aussi montrent leurs courtes limites mais leur utilité (le calcul) n’échappe à personne. Hors ces deux piliers, les Sciences-Nat avaient pour chaque élève un intérêt direct car décrivant la vie que nous apprécions tous les jours. Aussi m’ont-ils conduit à mon métier, mais auparavant je trainais la patte en abordant un Bac qui semblait hors d’atteinte et l’était pour plus des deux tiers de ma classe de Rhétorique. Alors j’ai enseigné à mon tour durant deux ans avant d’entamer des Études Supérieures. Navigant entre Daudet et Pagnol, voire Topaze, je n’y fus pas brillant mais convaincu de l’importance de mon rôle même quand on peut mieux faire. J’en garde une fierté intime .
Je suis né en 1955 dans le bassin minier. Je ne ma souviens qu’il y ait eu beaucoup de casseroles parmi les enseignants que j’ai connu jusqu’au baccalauréat. J’aurais tendance à dire le contraire car, étant un élève particulièrement dissipé, ils ont réussi à m’amener jusqu’aux classes préparatoires et j’ai intégré une école, pas parmi les plus huppées mais quand même. On ressortait du primaire avec de bonnes connaissances dans les matières de base, l’orthographe, la grammaire les mathématiques, la géographie (force de tracer des cartes de France on connaissait les fleuves, les montagnes, les villes principales etc, ) et l’histoire. Quand je vois le niveau de mes enfants aujourd’hui qui ont réussi de bonnes études supérieures, je me dis qu’avec mon niveau j’aurais sans doute intégré les meilleures écoles.
Les bases de calcul et d’écriture devraient être connues à la sortie des primaires. Trop de professeurs doivent en secondaire reprendre les bases et on voit trop d’universitaire ne pas savoir écrire une page sans faute !
Vu le niveau actuel du Bac, il n’est peut-être pas anormal de recruter les instituteurs à Bac + 5 ? La gloire de mon père : il est devenu instituteur en 1937 à sa sortie de l’école normale avec un « brevet supérieur », c’est à dire un Bac – 1. Ce cursus était le lot de tous ses collègues à l’époque : l’école normale recrutait sur concours un an après le certificat d’études primaire et offrait une formation très sérieuse aux enfants des classes populaires ; le Lycée et le bac était réservé aux classes bourgeoises. En 1952, Il a réussi grâce au concours du Capes a devenir professeur « d’éducation musicale » dans un Lycée. Mais par la suite et en dehors de son service, il formait le soir des étudiants visant ce concours au Conservatoire. Quand au début des années 70, cette formation a été transféré du Conservatoire à un « institut de musicologie » rattaché à la Fac de Lettres, on s’est aperçu qu’on manquait d’enseignants pour assurer cette formation à l’Université. Il a donc fallu réembaucher mon père, mais comme il n’avait aucun titre universitaire, et on a dû lui offrir une dispense. A l’institut de musicologie, il assurait bien sûr les mêmes cours qu’avant mais en plus, il a soutenu une thèse de 3ième cycle et préparait une thèse d’Etat qu’il a été obligé d’interrompre presque avant de la finir pour raisons de santé.
Bien sûr qu’il faut former les enseignants et leur assurer un niveau tel qu’ils pourront remplir leur mission depuis la maternelle jusqu’en Terminale et dans les classes supérieures. Mais pour que le résultat soit positif il faut une sélection tant de ces personnels que des élèves auxquels ils enseigneront afin que ceux-ci soient capables de comprendre de quoi on leur parle.
L’absence de redoublement, le collège unique et l’idéologie d’un bachot à tous les élèves ont déqualifié la qualité de nos formations.
Peut-être ne faut-il pas mettre des professeurs avec un niveau Bac + 5 (est-ce encore une référence ?) devant des élèves limités intellectuellement et qui de toute façon ne sont pas intéressés mais orientons les meilleurs de nos prof vers les 20% des élèves capables de suivre leur enseignement et recréons une ou deux autres sections (apprentissage, artisanat, technologie …) vers lesquelles 80% des élèves vont pouvoir mettre à profit leurs talents.
Travaillons à ce que chacun puisse réaliser son potentiel et bénéficie d’un enseignement à leur mesure indépendamment de toute idéologie.
L’artisanat, l’apprentissage et la technologie sont des moyens remarquables d’enseigner à des enfants qui s’ennuient à l’école. Le problème c’est qu’en France, sauf, à ma connaissance les Arts et Métiers, qui permettent à des jeune sortis du système scolaire à 15 ou 16 ans, pour faire de l’apprentissage, il est impossible de revenir ensuite dans l’enseignement supérieur, par exemple pour devenir ingénieur. Or les Allemands procèdent ainsi depuis Bismarck.
Notre système scolaire refuse le monde réel et détruit par bêtise et idéologie gauchiste des jeunes dont le talent ne demande qu’à éclore.
Je partage le scepticisme de V. Fontcalel concernant les tenants et aboutissants d’une nième réforme préconisée sous les auspices de Mme Borne.(??)….
En revanche je m’inscris en faux concernant sa piètre considération du « Maitre d’école » des générations passées, dont la plupart des lecteurs de B.V. ont certainement gardé un excellent (voire ..souvent ému) souvenir….!
Oui mais peut-être que le passé dont parle l’article remonte bien avant la jeunesse des lecteurs de BV ! Il y a eu une sorte d’état de grâce d’une soixantaine d’années, disons de 1900 à 1960.
Puis sont arrivés les maths modernes et la méthode globale…
Pour installer le Socialisme il convenait de « déconstruire » l’Ecole et ses Elèves.
Je suis un vieil intituteur à la retraite depuis longtemps. L’autre jour, avec des amis, j’ai eu l’occasion d’évoquer ma carrière, de ma formation (Ecole Normale de Paris, puis dans le primaire à tous niveaux) j’ai évoqué le plus beau métier du monde quand je parlais de la joie et de la confiance dans les yeux de mes élèves et de leurs parents. Mais aussi de la liberté que me donnait mes inspecteurs, après quelques années de formation. Mes initiatives, souvent heureuses, étaient encouragées. Il faut souligner le rôle formateur des inspections.
Hélas, tout à bien changé m’ont dit les collègues en quelques années.
Mais, c’est la famille et la société qui ont changées ! Comment croire que la destruction des structures familiales (IVG, divorce généralisé, familles sans pères ni repères …) aient pu améliorer les choses ?
Faut-il rappeler que ce sont les enseignants qui nous ont amené la gauche et mitterrand ?
Mais pas seulement.
Félicitations à Mme Fontcalel pour cet excellent article. Il y a bien sûr des enseignants honnêtes et compétents, mais comme le disait Jean Gabin dans l’excellent film Le Président, « il existe aussi des poissons volants mais ce n’est pas la majorité du genre ».
Ce que cet article révèle c’est que les enseignants sont majoritairement des frustrés. Dès lors il ne faut pas s’étonner que cette profession vote d’une manière écrasante pour les socialo-communistes. On a d’ailleurs parlé, après les législatives ayant suivies l’élection de Tonton 1er, d’une assemblée nationale composée en très grande majorité de profs de collège et de lycée, de « chambre des barbus ».
Le trotskysme avait largement diffusé dans ces esprits médiocres. Le PS leur apporta une possibilité de faire carrière loin de l’école, en devenant politocards PS.
Jean-Luc Merluchon, bac + 3, a réussi à devenir sénateur et même ministre délégué à l’Enseignement professionnel auprès du ministre de l’Éducation nationale Jack Lang,
Comment voulez-vous qu’avec de tels ministres et de tels enseignants les petits Français d’aujourd’hui ne votent pas pour autre chose que pour les escrolos ni que les petits immigrés deviennent autre chose que les petites racailles qui ont mis le pays à feu et à sang après l’affaire Nahel ? Car au-delà du Français, des maths, etc. enseignés de manière totalement délirante, l’école ne transmet plus non plus les règles fondamentales du savoir-vivre et du savoir être. Bref du simple respect d’autrui.
Ce sont les lois Jules Ferry de 1882-83 , portant sur la Laïcité à l’école, qui ont transformé les instituteurs, catholiques dans leur immense majorité, en « Hussards noirs » de la République! Une mutation qui a fort déplu à Péguy, mais qui était rendue nécessaire par le retard pris par la France en matière d’éducation.
Les instituteurs, dans des salles de classe sans croix ni crucifix, ni prières rituelles, se sont adaptés à une formation aux besoins nouveaux de l’ère industrielle. De la science, avec conscience, puisque la morale remplaçait le catéchisme.
Fin de l’histoire. Les instituteurs, devenus profs, devenus auxiliaires du wokisme, de la défense des libellules azurées et des loups partout, n’ont plus rien à apprendre la Citoyenneté aux djeunes.
Dès 10 ans, ils sont chouffeurs. À 12 ils sont dealeur, et à 18 ils roulent en « caisse à cent mille € et son chefs de réseaux. Les profs de primaire et leurs 2500€ mensuels continueront à voter islamo-gauchiste pourvu qu’ils aient leurs six mois de RTT.
Sous Chirac, qui n’était pas J.Ferry, c’est l’école de la citoyenneté qui a été supprimée, avec le service national. Les djeunes de 20 ans devenus incontrôlables , ont pris le pouvoir partout… avec l’appui des exécutifs LR-PS-EM et depuis 2012, avec leurs complices LFIstes .
Excellent !!
Bien vu