[UNE PROF EN FRANCE] Apprendre les tâches ménagères à l’école : trop humiliant ?
On nous présente souvent l’école chinoise comme un système ultra-compétitif, où des élèves sous pression travaillent 10 heures par jour avec une discipline de fer et une sélection constante.
« L’éducation par le travail »
Pourtant, l’école chinoise a réintroduit de manière obligatoire ce qu’elle appelle « l’éducation par le travail ». Il ne s’agit pas d’un slogan vague, ni d’une activité périscolaire facultative, mais d’un enseignement structuré, doté d’un volume horaire minimal, inscrit dans les emplois du temps et évalué. Les élèves y apprennent à nettoyer, ranger, entretenir, cuisiner, organiser une vie quotidienne simple, utiliser des outils, réparer ce qui peut l’être. Autrement dit, à vivre dans la vraie vie.
On chercherait en vain, dans ces textes, la moindre condescendance envers ces tâches. Elles ne sont ni genrées ni, surtout, présentées comme subalternes. Elles relèvent de la formation de base de tout individu. Savoir laver ses vêtements, maintenir un lieu propre, préparer un repas simple, comprendre le fonctionnement des objets qui nous entourent, c’est avoir des compétences à la fois individuelles et sociales élémentaires.
L'élève n'est plus un simple consommateur
Il faut mesurer ce que cela produit éducativement. Un élève à qui l’on confie, de manière régulière, des tâches concrètes, visibles, nécessaires, développe un rapport très différent aux lieux qu’il fréquente. Il s’approprie les espaces qui l’environnent et ne s’y comporte pas en simple consommateur. Il apprend que la propreté n’est pas un état naturel mais le résultat d’un effort continu et collectif. Il intègre, surtout, que ses gestes ont des conséquences et qu’il est le membre actif d’une communauté.
Le contraste avec l’école française actuelle est, à cet égard, saisissant. Dans le système public comme dans le privé sous contrat, nous avons méthodiquement organisé la déresponsabilisation totale des élèves. L’établissement est perçu comme un décor neutre, géré par une entité invisible - l’institution, l’État. Les élèves n’y ont aucun rôle actif. Ils ne nettoient pas, ne rangent pas, ne réparent pas, avec la certitude que toute dégradation sera effacée par des mains anonymes.
On s’étonne, ensuite, que les élèves n’éprouvent aucun sentiment d’appartenance, qu’ils traitent les lieux avec désinvolture, voire avec mépris.
Une action sur le réel
L’élève français n’est jamais responsable. On exige de lui des résultats, des compétences abstraites, des postures morales, tout en lui refusant l’accès à ce qui fonde concrètement le sens de la responsabilité : l’action sur le réel.
La Chine, en réintroduisant les enseignements domestiques et manuels à l’école, ne fait pas preuve de nostalgie ni de folklore éducatif. Elle rétablit un équilibre.
Pendant ce temps, chez nous, les élèves sont déconnectés des conditions matérielles de la vie collective. Le ménage serait humiliant. Le bricolage, dégradant. La cuisine, archaïque. Nous préférons multiplier les discours sur le « vivre ensemble », tout en retirant aux élèves toute possibilité de l’expérimenter concrètement, ne serait-ce qu’en passant le balai.
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89 commentaires
C’est bien dommage cette déresponsabilisation des élèves dans les écoles françaises. Il n’en a pas toujours été ainsi. Je me rappelle une altercation entre 2 élèves dans mon lycée dans les années 60. Du materiel scolaire avait été brisé par les deux acolytes pour s’en faire des armes. Un surveillant d’externat etait alors intervenu pour séparer les deux adversaires qui brandissaient des pieds de tables ou de chaises. Bien sûr nous avions tous asisté à l’algarade et fûmes fort déçus quand le proviseur sortit de son bureau pour rétablir le silence. Nous eûmes droit alors à une sévère mise au point. Les élèves fautifs avaient été exclus du lycée quelques jours et leurs parents avaient été convoqués pour payer les dégats. A l’époque, nous avions tous une peur bleue de l’administration et ses représentants , à commencer par nos maîtres qui avaient la gifle facile doublée d’une colle le Jeudi après-midi ou pire le dimanche toute la journée. Rares étaient les parents qui donnaient raison à leurs enfants. Aucun échappatoire possible. Cela n’a pas fait de nous des repris de justice, bien au contraitre. Mes camarades et moi-même nous félicitons tous de l’éducation que nous avons reçue !
Chez les religieuses, les grandes devaient passer la paille de fer sur le parquet des classes avant les grandes vacances, faire manger les petits de la maternelle à midi etc..
Mais cette déresponsabilisation qui vous choque, elle part de tout en haut , de nos hommes politiques qui ne paient jamais leurs erreurs de gestion (sauf par le haut) et de nos juges irresponsables qui libèrent des délinquants. Comme toujours le (mauvais) exemple vient d’en haut !
Oui mais chez nous il y a l’EVARS : quelque chose dont on se demande comment des générations ont puvse passer !
Je ne viens pas d’une autre planète, mais d’un autre siècle. Scolarisée dans les années 1955/1960 à l’école primaire, nous avions des cours de couture, tricot, broderie et les garçons des cours « d’électricité et de mécanique » à leur niveau. En fin de scolarité (à 10/11 ans) pour entrer au collège, nous savions tous lire, écrire (sans fautes d’orthographe) connaissions l’histoire de France et avions de bonne notions de géographie française et mondiale. A la maison, on apprenait les rudiments de la cuisine, du repassage… Ce que nous avons transmis à nos enfants – garçons compris. Mon fils de 50 ans, a eu plusieurs petites successives avant d’épouser sa femme. Pas une ne sait coudre un bouton ni repasser une chemise, mais toutes avaient « fait » psycho-socio, fac d’histoire et autres formations inutiles car sans grand débouché professionnel. Comment voulez-vous qu’elles transmettent à leurs enfant des compétences qu’elles n’ont pas ?
déjà, à l’école primaire, dans ces années-là, nous apprenions à faire du pain, à reconnaître les plantes dangereuses (j’ai été horrifiée de voir que pour une procession récente, les enfants avaient cueilli des digitales).
Je suis triste de lire votre propos mais je suis entièrement d’accord avec vous. Quelle que soient les générations, c’était toujours mieux avant. Et c’est vrai que c’était mieux. Voyez où nous a conduits ce guignol de président Macron, il nous a totalement détruits et personne ne s’y est opposé.
Sans oublier l’instruction civique. L’école et l’instruction ont été méthodiquement sabotées, ou plutôt massacrées, pour affaiblir durablement le pays et/ou ses habitants, reste à savoir à qui profite le crime.