Union européenne : la Lettonie refuse toute redistribution de migrants sur son sol

Pays tiers sûrs, refus des quotas : au Parlement européen comme à Riga, le Pacte migratoire vacille.
@Commander, U.S. Naval Forces Europe-Africa/U.S. 6th Fleet/Wikimedia Commons
@Commander, U.S. Naval Forces Europe-Africa/U.S. 6th Fleet/Wikimedia Commons

Le signal est venu de Strasbourg. Ce 10 février, le Parlement européen a adopté, sur la base d’une majorité alternative, un texte établissant une liste de « pays tiers sûrs » situés hors de l’Union européenne vers lesquels les demandeurs d’asile pourront être renvoyés. Un vote politique lourd de sens, qui marque un premier recul du Pacte asile et immigration.

Sur X, Jordan Bardella s’est félicité de cette avancée : « C’est un premier recul infligé aux lubies immigrationnistes de l’UE », tout en réaffirmant l’objectif stratégique : « démanteler le Pacte asile & immigration ».

Leggeri : « Ce système n’est pas applicable »

Pour Fabrice Leggeri, eurodéputé RN et ancien directeur de Frontex (Agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes), interrogé par BV, ce vote n’est pas anecdotique. Il traduit un basculement du rapport de force au Parlement européen. « La redistribution obligatoire des migrants est une règle qu’il faut abolir », affirme-t-il, rappelant que le pacte a été adopté « avant les élections européennes de 2024, à un moment où il n’y avait pas encore de majorité capable d’empêcher ce genre de texte ».

Selon lui, l’entrée en vigueur du pacte en juin 2026 risque surtout de démontrer « que ce système n’est tout simplement pas applicable ». En attendant son éventuel démantèlement, la stratégie consiste à en limiter les effets : externalisation du traitement de l’asile, renvoi vers des pays sûrs, recentrage des moyens européens sur la protection des frontières.

Riga assume là où d’autres tergiversent

C’est dans ce contexte que la Lettonie a, à son tour, frappé fort. Le 29 janvier 2026, devant la Saeima (le Parlement letton), le ministre des Affaires étrangères Baiba Braže a annoncé que son pays n’accepterait pas de migrants relocalisés par l’Union européenne et ne paierait pas, non plus, la contribution financière prévue en cas de refus.

Une décision nette, qui rompt avec le réflexe d’obéissance ordinaire et met en lumière un malaise croissant, face au cœur du Pacte migratoire.

Comme le rappelle à Boulevard Voltaire Nicolas Pouvreau-Monti, directeur de l’Observatoire immigration et démographie, le pacte adopté en 2024 repose sur un principe hautement conflictuel : « la relocalisation obligatoire des demandeurs d’asile ». Un mécanisme contre lequel « un grand nombre de pays européens, notamment en Europe centrale et orientale, se sont opposés », refusant de devenir des territoires de redistribution de flux qu’ils ne maîtrisent pas.

Le texte laisse théoriquement trois options : accueillir les migrants, payer environ 20.000 euros par personne refusée ou participer à une solidarité alternative. Là où certains États choisissent le chèque comme le Portugal, Riga a tranché : ni migrants, ni amendes.

Frontière biélorusse : la preuve par les faits

La Lettonie ne se contente pas d’un refus de principe. En un an, plus de 12.000 tentatives d’entrées irrégulières ont été bloquées à la frontière avec la Biélorussie. Rapporté à une population de moins de deux millions d’habitants, l’effort est considérable.

Cette pression migratoire est largement instrumentalisée par Minsk, avec des migrants originaires de Syrie et du Moyen-Orient utilisés comme moyen de pression politique. Pour Riga, la migration est devenue une dimension à part entière de la menace géopolitique à l’Est. « L’instrumentalisation de la migration fait partie des menaces russes », souligne Nicolas Pouvreau-Monti.

Forte de cette expérience, la Lettonie propose une autre conception de la solidarité européenne : partage de savoir‑faire, déploiement de personnels, assistance logistique. Protéger les frontières plutôt que redistribuer les migrants.

La France, future variable d’ajustement

Pendant que Strasbourg infléchit la ligne et que Riga assume, la France reste en retrait. « Dans ce dispositif, la France serait évidemment amenée à prendre davantage de demandeurs d’asile », avertit Nicolas Pouvreau-Monti. Avec environ 150.000 demandes annuelles et un système déjà saturé, Paris s’expose à devenir la variable d’ajustement du pacte.

Ironie du calendrier : le 15 janvier, soit quelques jours avant la déclaration lettone, Jean‑Noël Barrot était en visite officielle à Riga. Coopération, sécurité, Europe… mais pas un mot sur le refus qui s’annonçait.

Une dynamique européenne enclenchée

Du vote sur les pays tiers sûrs au refus letton, une même logique se dessine : de plus en plus d’États et d’élus contestent un pacte migratoire jugé inefficace et déconnecté des réalités. « Il faut que le budget européen serve à protéger les frontières et à aider les États qui les défendent, pas à financer des ONG favorables à l’immigration », insiste Fabrice Leggeri, auprès de BV.

La question n’est donc plus de savoir si le Pacte asile et immigration peut être contesté, mais combien d’États oseront, à l’image de la Lettonie, transformer ce rapport de force en décision politique.

Riga le prouve. Le Parlement européen avance. Reste à savoir si Paris aura, un jour, la volonté d'emboîter le pas.

Picture of Yann Montero
Yann Montero
Journaliste Boulevard Voltaire I Le réél finit toujours par s'imposer I Suivez-moi sur X : @YannMontero

Vos commentaires

63 commentaires

  1. La plupart des peuples européens ne veulent plus d’immigration sauvage non régulée.
    Malgré çà,les dirigeants de l’UE et les dirigeants de gauches des pays européens,imposent aux peuples européens cette submersion migratoire qui nous mène à la guerre civile.Il faut chasser ces dirigeants malfaisants.

    • La plupart des peuples ne veulent plus d’immigration tout simplement, déjà qu’ils renvoient chez eux ceux qui ne travaillent pas, profitant de nos aides , ou posent problème ou leurs enfants

  2. Parfait un pays qui prends des décisions et on peut appliquer cette volonté sur plein d’autres sujets d’ailleurs Sarah Knafo l’a dit d’une autre manière « l’Europe combien de divisions » et elle a raison, je le répète à l’envie pas besoin de référendum juste de l’autorité, il faut renégocier tous les traités depuis la création de l’UE et revenir à l’origine du projet il faut reprendre notre souveraineté sur l’Europe mais aussi en France vis a vis du C.C. et du C.E. et les remettre à la place qu’ils n’auraient jamais dû quitter, alors il faut de la volonté mais aussi une large majorité.

    • @JML06
      Moi aussi, je le répète à l’envi [pas de e], il faut quitter cette UE de malheur et ce d’autant plus si Macron prend la suite d’Ursula.

      En attendant, bravo et merci à la Lettonie.

    • Les traités européens sont non négociables, car s’imposant aux lois de chaque pays (traité de Lisbonne), avec sanctions financières à la clé. Conclusion : frexit + arrêt de la contribution budgétaire.

  3. Il faudrait inverser la vapeur, le pays qui accueille les migrants touche 20 000 balles par tête migrante prétextant un asile.
    Vu ce qui rentre en France, on pourrait rembourser la dette et du même coup récupérer l’argent de Nicolas qui est refilé à la commission européenne pour nous détruire à petit feu.

    • tango-echo
      Pas d’accord avec vous.
      Tous ces nouveaux arrivants, on en ferait QUOI ?
      N’allez pas croire que ces individus vont assurer eux-mêmes leur entretien. Non, nous devrons nous en occuper. Normal, puisque nous les « accueillons ».

      Il semble qu’un seul migrant « mineur non accompagné » (même s’il a 25 ans) nous coûte 50’000 euros par an.
      Sortez votre calculette.

    • Ils coutent bien plus que ça justement, voyez déjà un mineur dit soit disant mineur et isolé 50.000 euros à la charge des départements, ceux qui les refusent ont raison, et payer 20.000 leur évite des frais bien plus importants
      En France, le cout total de tout ça c’est 100 milliards

  4. Vivent les Lettons…..La France est la cinquième roues de la charrette…On accepte ici le monde entier , nous sommes la poubelle du monde… Comment tout celà va se terminer ??? Je vais avoir 78 ANS , plutôt que de voir un massacre , j’espère  » manger avant les pissenlits par la racine »…Dieu m’entende !!!

    • @Dominique Campariol
      Votre message me plaît car, ayant moi-même écrit que la France est devenue une poubelle, j’ai été conspué. Certains ont trouvé que j’insultais nos ancêtres qui se sont battus et souvent sont morts pour la France.
      L’insulte ne vient pas de moi, ni de vous. Elle vient de ceux qui permettent que notre pays soit devenu méconnaissable et au bord de l’effondrement.
      C’est pour cette raison que je ne vais plus aux commémorations des deux Grandes Guerres, considérant que les messages préparés en haut-lieu et lus machinalement par les maires sont, ni plus ni moins, du foutage de gueule.

  5. n’acceptons pas de migrants relocalisés par l’Union européenne et ne paierait pas, non plus, la contribution financière prévue en cas de refus. Nous sommes tous des Lettons.

  6. (100% avec François 47). Macron se fera élire à nouveau en 2032 grâce à ce flux de migrants. Son mantra sera encore : Quoi qu’il en coûte. Mais cette fois ce ne sera que pour eux !

    • Pensez vous qu’il y aura encore des grands malades pour élire MACRON en 2032 ? ( après 10 ANS de pouvoir ,sans partage , ni référendum ) Je souhaite que des associations lui face un procès pour avoir trahi , ruiné et détruit notre l’ industrie de la FRANCE….monsieur macron ,quand son immunité présidentielle sera levée , va remplacer SARKOZY devant les tribunaux…..où alors je ne comprendrait plus rien à la politicaille de ce pays. QUOIQUE !!!!

  7. « ni migrants, ni amendes » C’est pourtant simple non ?
    Ou plutôt une immigration strictement choisie de professionnels formés et désireux de travailler… 

    • NON !
      Ni migrants ni amendes. Punkt.
      Les professionnels formés et désireux de travailler, on devrait déjà en avoir en stock, non ?

  8. « « L’instrumentalisation de la migration fait partie des menaces russes », souligne Nicolas Pouvreau-Monti. »
    Je me disais aussi = bizarre qu’ils ne parlent pas de la Russie. Eh bien c’est fait , c’est la faute aux vilains russes. Pauvre Monti. Lorsqu’on en arrive à ce pauvre argument, c’est franchement montrer que l’on a un QI d’huître cuite ou que l’on pense que « les gueux roulant au diesel , des riens sur un quai de gare », ont eux, un QI d’huître cuite!

  9. pour appliquer des quotas il faut supprimer schengen et retrouver des frontières, puisque un migrant accepté dans un pays pourra aller de Pologne jusqu’à brest, et alors que fait-on on le renvoi en Pologne puisqu’on sera au-dessus de notre quota, ah les usines à gaz la commission européenne s’y connait.

  10. Et ils ont raison, ce que je ne comprends pas tous ces non sens, le bon serait de renvoyer tout ce beau monde dans leurs pays respectifs, nous n’avons pas à tout accueillir, d’autant qu’on l’a bien compris, ils ne viennent pas pour la plupart pour bosser mais bon profiter de nos aides trop généreuses

  11. Dans ma ville de 80000 habitants ,qui la semaine sont dans les parcs et jardins publics sur les bancs par petits groupes , avec le téléphone en main , bien habillés et parlant bruyamment dans des langues inconnues ,je vous laisse deviner ??

    • Alors j’ai du mal à voir de qui vous parlez, peut être un petit traitement de PADALGAM 500 autant que possible ? (ironie bien sur)

    • J’ai relaté mon passage en voiture dans la petite ville de Castelsarrazin dans le sud-ouest de la France; Nom amusant, mais lors de mon passage, il faisait plein soleil de juillet et le patelin était en sommei, une placette et quelques immigrés papotent sur les bancs publics, il y a palabre. Un peu plus loin, une femme africaine traverse la rue avec sa poussette à marmots, tranquille, je dois m’arrêter et puis, un peu plus loin , je sors de la ville et au sorir, deux types qui s’affairent sur un chantier, plein soleil, mais pas comme dans le film, ici , c’est dur labeur et les deux ouvriers sont des natifs du coin. Il y a des années de cela, mais je n’ai pas oublié l’image caricaturale de ce que devient le pays.

      • C’est comme dans les galères. Il y a ceux qui « rament » et ceux qui rythment la cadence à coup de tambours…Sauf que maintenant les rôles sont inversés!

  12. Macron, dans sa volonté d’asservir la France à l’Europe qu’il espère diriger un jour, joue sur l’immigration pour l’étouffer… Tout est calculé pour que notre pays, fondateur et leader de l’Europe, n’en devienne plus qu’une roue de secours… C’est de la trahison pure et simple du peuple Français.

Commentaires fermés.

Vidéo YouTube

Pour ne rien rater

Les plus lus du jour

⇨ Tous les vendredis de 17h30 à 19h30
avec Marc Baudriller et Boulevard Voltaire ⇦

LFI ne veut pas voir les gens sortir de la pauvreté
Gabrielle Cluzel

Les plus lus de la semaine

Les plus lus du mois