Velours de Lyon, une entreprise familiale d’excellence française menacée
Lundi 17 novembre, BFM Business présentait encore une entreprise familiale d’excellence menacée de disparition. À Décines-Charpieu, la PME Velours de Lyon, dirigée par les frères Renaud et fondée il y a 150 ans par leur grand-père, est placée depuis février 2025 en redressement judiciaire. En sursis, l'entreprise « spécialiste et leader national dans la fabrication de velours uni et Jacquard pour l’habillement et l’ameublement », attend la décision du tribunal de commerce. Après le Covid-19 et la baisse des commandes, les normes étouffantes pourraient avoir raison d'une entreprise, pourtant reconnue par le label « Entreprise du Patrimoine Vivant » depuis 2014.
Un savoir-faire historique d'excellence
« Si des gens comme nous disparaissent - et certains ont déjà disparu -, le savoir-faire se perdra. Ça, c'est une certitude ! », déplorait le président de Velours de Lyon, Jean-François Renaud, auprès de France 3. Cette entreprise familiale « balance entre tradition et modernité » et tente de survivre. « Le tissu est travaillé à la main par de nombreux d'artisans. Il y a au moins 50 opérations. Ce sont des matières nobles », explique le président de Velours de Lyon, à la télévision régionale à laquelle il présente « le tissu le plus compliqué à faire au monde ». Le petit-fils du fondateur continue : « Ce qui nous rend fiers ? La quantité de produits que l'on peut faire, leur magnificence. C'est ce qui est beau, ici. On fait ces tissus ici depuis une centaine d'années. Les gens ont changé mais les produits sont restés les mêmes. » Ce n’est pas seulement une petite PME française qui est menacée, c’est une part de notre patrimoine, une exigence, un savoir-faire et une excellence qui faisaient notre renommée. Mais l'entreprise croule sous les dettes et les normes, de plus en plus contraignantes.
Une entreprise d’excellence française étouffée par les normes
Comment, à l’heure de la réduction de l’empreinte carbone et des circuits courts, une des dernières entreprises françaises capable de gérer l’intégralité de son processus de fabrication (fil, tissage, ennoblissement : teintures, finitions et sa commercialisation) pourrait-elle être menacée de disparition ? Sur son site, Velours de Lyon est fier de revendiquer sa « chaîne de production 100 % française [qui] est maîtrisée et centralisée dans [ses] usines en région Auvergne-Rhône-Alpes grâce à l’intégration des ateliers de tissage et d’ennoblissement », mais l'argument ne semble plus suffire. Et c’est tout le paradoxe d’un pays qui, sous prétexte d’envoyer des gages à l’écologie, voit disparaître peu à peu tout son savoir-faire étouffé, enseveli par des normes de plus en plus contraignantes qui finissent par favoriser la concurrence étrangère. L’entreprise, qui emploie une quarantaine d’ouvriers, fournit pourtant les entreprises du luxe et de la haute-couture, comme Hermès, Dior, Prada, Armani ou même le Sénat pour recouvrir ses sièges, lit-on sur France Inter. Cela ne suffit pas : « Déjà, à la reprise en 1977, c'était un combat pour pérenniser une fabrication aussi difficile en France. Les difficultés n'ont fait qu'augmenter », explique Gilles Renaut, à France 3, et « les normes d'aujourd'hui ont ajouté une couche finale ». Des normes « en gros liées à l’eau » et aux rejets qui étouffent la petite entreprise et « qui se renforcent chaque année », déplore Jean-François Renaut, auprès de BFM TV. Le chef d’entreprise explique que « c’est la même chose pour un agriculteur qui n’a pas forcément le droit d’utiliser l’eau comme il veut, comme avant ». C'est vrai « particulièrement au Grand Lyon, qui insiste beaucoup sur la question ». Ce n’est pas très étonnant, puisque le président de la Métropole de Lyon, Bruno Bernard, ancien du PS, appartient au parti EELV. Ajoutez à cela la perte d’un gros marché en 2023 qui entraîne la baisse d’un tiers du chiffre d’affaires et le prêt Covid-19 qui reste à rembourser : les gérants demandent le placement de la PME en redressement judiciaire et cherchent des repreneurs.
Un regain d’intérêt pour les entreprises du patrimoine français
Une reprise qui n’est pas impossible. Après sa première mise en redressement au printemps dernier sans offre sérieuse, l’entreprise de velours et Jacquard a trouvé un véritable porte-voix via... LinkedIn. Le Journal des Entreprises rapporte que « le 27 juin [2025], un simple appel au secours — bénévole — sur LinkedIn d’Audrey Lecomte, fondatrice de la plate-forme digitale Bonaloy et militante du made in France, déclenche 160.000 vues… et l’intérêt d’une cinquantaine d’investisseurs potentiels. » Le tribunal de commerce a ainsi accordé un délai supplémentaire pour permettre aux candidats à la reprise de se mobiliser. Les conclusions de l’audience du 14 octobre dernier n’ont pas été rendues. En attendant, pour survivre, l’entreprise « tente de diversifier sa production : ameublement, salles de théâtres et de cinéma ou même l’armée, avec la confection d’habits techniques pour les militaires », rapporte BFM TV.
Comme les célèbres canuts d’autrefois, Velours de Lyon, enseveli sous les normes, pourrait chanter « Pour gouverner, il faut avoir/Manteaux ou rubans en sautoir [...] Nous en tissons pour vous grands de la terre/Et nous, pauvres canuts, sans drap on nous enterre ». Mais les dés ne sont pas encore jetés, tous les Français ne sont pas encore prêts à mettre en terre leur patrimoine vivant et leur savoir-faire !
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29 commentaires
Regardez dans la rue comment sont habillés les gens…Où est le chic français et le goût des belles choses, même sans y mettre une fortune… Ma grand- mère née en 1897, disait « une belle paire de chaussures et un joli chapeau, et entre les deux tu peux mettre ce que tu veux ». Il est vrai qu’à l’époque on n’achetait pas des « nippes » chinoises…