« Vendu à la découpe » : Mélenchon veut « briser » le groupe Bolloré

La conférence de presse LFI réservée aux « nouveaux médias » a donné lieu à quelques déclarations ahurissantes.
Mélenchon
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Il n’y avait pas foule, ce lundi 23 février, à la conférence de presse organisée par Jean-Luc Mélenchon à Paris. Le leader LFI y avait convié ses relais d’opinion lors d’une réunion réservée aux « nouveaux médias ». Quelques dizaines d’individus ont répondu présent, composant une « mélenchonosphère » faite de sites Web radicaux, d’influenceurs d’extrême gauche et de comptes X communautaires. Les chaînes et journaux institutionnels, eux, n’étaient pas les bienvenus, à l’image de TF1, qui a été poliment blacklisté de l’événement. « Je ne veux pas cibler TF1, ni aucun média, a expliqué Jean-Luc Mélenchon, dès le début de la conférence de presse. Je n'ai pas de problème avec les médias, ce sont les médias qui ont un problème avec moi. Aucun n'est visé en tant que tel… »

La mise à l’index des médias non acquis à la cause LFI

Aucun média « visé en tant que tel » ? Il faut le dire vite. À peine quelques secondes après avoir surjoué l’apaisement et la mesure, le tribun d’extrême gauche n’a pas pu s’empêcher de décocher une flèche vengeresse en direction des deux journalistes de Libération auteurs du livre La Meute (Flammarion). « Personne n’est exclu… sauf deux personnes qui se reconnaissent qui se connaissent, a-t-il lancé. Il est clair que nous n'accueillons pas dans le cadre d'une rencontre respectueuse des gens qui nous traitent de secte, qui sont sexistes et qui viennent inciter jusqu'à nos enfants pour argumenter leurs calomnies. » Sur sa lancée, M. Mélenchon a dénoncé le « comportement médiatique » à son égard, « le côté rouleau compresseur quotidien permanent sur les chaînes de télé ». « On a l'impression de participer à des séances de l'Inquisition ! », s’est-il indigné. Mais loin de lui l’idée de réduire la liberté d’expression des journalistes, bien entendu. « Notre intention n'est pas de peser sur les questions qui nous sont posées. Ces médias appartiennent à des milliardaires, ils posent les questions qu'ils veulent… »

En réalité, c’est l’existence même de ces grands groupes médiatiques qui pose problème à l’ex-socialiste. L’ambition est de redistribuer les richesses du secteur en prenant « à ceux qui ont beaucoup » pour donner « à ceux qui n'ont rien »« Voilà, c'est une règle qui s'appelle le partage. Nous commencerons par là si nous gagnons en 2027. La première loi que nous devons faire, c'est une loi de libération de l'information en France. » Qu’entend Jean-Luc Mélenchon par là ? Sa réponse n'a pas tardé : « Libérer les médias, ça veut déjà dire briser les monopoles. Il ne doit plus être possible de posséder une, deux télés, un ou deux journaux, une ou deux radios et, pire que tout, en même temps et jusqu'à l'édition. Par conséquent, il va de soi que l'empire Bolloré sera rompu et vendu à la découpe. »

Alors que l’audiovisuel public français est trusté par des militants de gauche, LFI voit dans le groupe Bolloré un « monopole insupportable » à dissoudre de toute urgence. « Si le Parti antisémite arrivait au pouvoir, a réagi, sur X, l’avocat et chroniqueur de CNews Gilles-William Goldnadel, la France deviendrait en peu de temps une dictature islamo-communiste. Ce ne serait plus la France. Un cordon sanitaire étrangleur doit empêcher ce cauchemar de survenir. »

Le retour du théâtre antifasciste

Comment Jean-Luc Mélenchon justifie-t-il son projet assumé de « faire exploser le front officiel du parti médiatique » ? En expliquant que les nazis sont aux portes du pouvoir, que la gauche est victime d’un « contexte de violence », que la France subit la « montée des pétainistes et des suprémacistes de manière générale ». Le tribun ajoute que les médias sont devenus « des protagonistes de manière directe de la montée de l’extrême droite dans notre pays », notamment lorsqu’ils invitent François Hollande, Bernard Cazeneuve ou Jérôme Guedj sur leurs antennes et que ceux-ci appellent en chœur au cordon sanitaire anti-LFI : « Ils ont été invités tous les trois, du même courant, de la même tendance, en même temps ! C'est quand même ça, la réalité dans laquelle on est. Ça, c'est un événement historique. C'est pire que ce qui se passait à gauche dans l’Allemagne au moment où les nazis étaient en train de gagner. C'est pire ! »

Cette vision un tantinet paranoïaque n’a hélas pas été tempérée par les jeunes gens présents dans l’assistance. Au contraire. « Je tenais évidemment à vous apporter mon soutien face à la cabale médiatique dont vous faites l'objet, l’a ainsi caressé, dans le sens du poil, le responsable du compte X « Alertes racisme ». Ça nous empêche de parler des vrais problèmes, et notamment de l’explosion des faits racistes. » Même son de cloche de l’employée du Média, officine cofondée par Sophia Chikirou et Gérard Miller - accusé de viols et d'agressions sexuelles par une cinquantaine de femmes - : « Je vais revenir sur la mort de Quentin, le militant néo-nazi qui a été tué. On avait très peu d'éléments sur ce qui s'était vraiment passé. On savait juste que c'était à Lyon, dans le contexte où l'extrême droite et les nazis sont très présents, où les antifas sont un des derniers remparts face à cette violence-là. » Une façon pour le moins originale de présenter le meurtre à coups de pied dans la tête d’un jeune chrétien parfaitement innocent.

Cette déclaration ahurissante a été l’occasion, pour Jean-Luc Mélenchon, de renouveler son soutien aux miliciens violents de la Jeune Garde – « une organisation qui nous a appris beaucoup de choses sur la manière de maintenir avec sang-froid la discipline » - et de rejeter la responsabilité de la mort de Quentin sur les jeunes femmes du collectif Némésis, pourtant elles aussi victimes des antifas. « Némésis monte des complots !, s’est-il écrié. Et quand Rima était à Lyon, elles ont monté un complot pour qu’il y ait une bagarre ! La preuve, c’est qu’elles étaient à la porte ! La preuve, c’est que les autres étaient embusqués dans un tunnel en attendant je ne sais quoi. C’est un traquenard, qui se préparait à Lyon ! »

Bien sûr, cette version des faits n’est corroborée par aucun élément tangible, elle a été contredite par le procureur de la République de Lyon. Mais il se trouve désormais toute une galaxie de « nouveaux médias » prêts à la relayer avec enthousiasme.

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Jean Kast
Journaliste indépendant, culture et société

Vos commentaires

88 commentaires

  1. C’est ni plus ni moins sa dictature à lui, qui veut imposer. Tous ceux qui lui passent le cirage à reluire, ou qui le caressent dans le sens du poil n’ont rien à craindre.

  2. LFI et Mélensky c’est vraiment l’abrutissement idéologique puissance 100… 100 comme les 100 millions de morts de leur idéologie!

    • Le pauvre Jean-Luc faisait de gigantesques efforts pour paraître moins antipathique. Cette affaire de lynchage tombe vraiment mal. Il revient à ses théories révolutionnaires trotskistes pour passer en force grâce à un peu probable soulèvement populaire. Attention, ce n’est pas sans risque, la guerre civile algérienne a commencé par l’annulation d’un scrutin que ses grands copains du FLN étaient sûrs de perdre début 1992. Durant la décennie noire qui s’ensuivit, on estime les pertes entre 69 000 et 200 000 morts. Mais les dictateurs ont fini par gagner, Mélenchon peut donc espérer, s’il oublie son âge.

  3. Difficile d’aller plus loin dans l’ignoble avec cette séquence sur Quentin, tant de la part de la (et non le) journaliste que de Mélenchon.

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