[VU D’ARGENTINE] Le miracle agricole argentin face à l’Europe bureaucratique
Les vacances australes paralysant l’activité politique, cet article n’aurait pas dû voir le jour si votre serviteur n’avait pas été profondément peiné par les images révoltantes provenant de l’Hexagone. Vidéos insoutenables de milliers de compatriotes lancés sur la neige et le verglas des routes de France, pour tenter de sauver leurs élevages, leurs entreprises et leur existence même. Les CRS, la gendarmerie, la police sont dans une situation intenable, car bien conscients pour la plupart d’entre eux de la faiblesse de la mission, et plus intolérable à supporter : l’inaction des apparatchiks du régime.
Il n’est pas question, ici, d’intenter le procès de la gestion agricole en France depuis les années 50. Pour faire court, il suffira de dire qu'elle nous paraît détestable. Aussi, l’objet de ces quelques lignes est bien plus modeste : la présentation en société de l’agriculture argentine, Ses forces, ses faiblesses, ses espoirs, ses contraintes, ses luttes.
Libre mais pas libérée
Faisons d’abord le ménage. L’accord Mercosur est ignoré de plus de 90 % de paysans argentins. Pour le reste, au vu des enjeux à bien plus court terme, et pour employer un terme élégant, ils n’en ont aucun… souci. Javier Milei le signera en se bouchant le nez, car il sera beaucoup plus attentif au soutien qu’il souhaite apporter au clan Bolsonaro face à sa bête noire Lula. En fait, les avantages que pourrait procurer le traité à l’Argentine sont assez ténus, peu évidents, certainement à moyen terme, et Javier Milei se tue à dire qu’il croit aux accords économiques simples, sur des sujets simples et entre pays. Circulez, il n’y a rien à voir.
Pour le Brésil, qui a une économie plus de quatre fois supérieure à celle de l’Argentine et plus industrielle, il en va autrement, et voilà pourquoi nous assistons au touchant spectacle du vieux bonze socialiste Lula da Silva rendu au pied de la très aristocratique impératrice Ursula. En gros, l’accord sera pervers pour la France, marginal pour l’Argentine, intéressant pour le Brésil et probablement juteux pour nos voisins d’outre-Rhin. Et l’agriculture argentine, dans tout cela ? Elle est libre mais pas libérée. Le lecteur pourra penser que c’est une réponse normande ou bien un paradoxe à la Chesterton. Cependant, c’est à la fois la triste et attrayante réalité.
Elle était libre, puis vint Perón qui ruina le pays et, pour masquer le désastre, inventa une taxe sur toutes les exportations agricoles. Taxes provisoires, mais qui existent encore aujourd’hui. Pour exemple, et après une réduction concédée par Milei : 26 % sur le soja, 9 % sur le maïs, 9 % sur le blé, 5 % sur la viande (chiffres à la baisse à mesure que se consolidera le sacro-saint déficit zéro). Voilà pourquoi, avec ou sans la signature d’Ursula, l’agriculture argentine est libre mais pas libérée. L’État fédéral, provincial, municipal prélève aussi de nombreux autres impôts mais, par chance, n’intervient pas dans l’opérationnel. Mis à part quelques raisonnables norme sanitaires, le paysan argentin n’est nullement harcelé.
Tout le reste est liberté. Liberté de vendre, d’acquérir ou de louer une terre, de s’associer, de passer un contrat de fermage ou long terme avec la sécurité, pour les deux parties, de pouvoir se libérer. Bien sûr, liberté d’implanter la culture de son choix. Toutes sortes de formules sont possibles. Une partie apporte la terre, une autre tout ou partie des intrants, une autre les travaux, une autre la récolte. Ces « consortium de production agricole » peuvent réunir quelques intervenants, un club d’amis ou beaucoup plus, pour des superficies de dizaines de milliers d’hectares. Cela permet évidemment d’amortir le matériel et entraîne une synergie de compétences. Cependant, le gigantisme a des limites et deux très grosses entreprises viennent de déposer leur bilan.
Par contre, le paysan argentin travaille sans filet. Le mot subvention n’est plus enseigné dans les écoles. Les accidents climatiques fréquents dans ce vaste pays (grêle, tornades, gel, sécheresse, inondations, sans parler de chutes des cours) doivent être assumés sans broncher.
La commercialisation est parfaitement libre mais souvent d’une complexité redoutable. Nos lecteurs habituels sont assez avertis du chaos économique de la période pré-Milei pour imaginer les acrobaties auxquelles devaient se livrer les paysans. Une violente dévaluation associée à un retard de paiement pouvaient être dévastateur pour une exploitation fragile. Ces temps semblent révolus, mais l’horizon de l’agriculteur argentin est, de toute façon, plus près de la météo et des prix du soja sur le marché de Chicago que d’une impériale signature.
Humus et humilité
Et l’écologie, dans tout cela ? Heureusement pas dans les mains de l’État. Au début des années 90 s’est produite, en Amérique mais aussi en Argentine, la plus grande révolution agricole de tous les temps : le semis direct (en anglais no-till farming) Il s’agit de semer directement sur la culture antérieure. Cela a des multiples avantages : élimination des érosions hydrique et éolienne, meilleure infiltration de l’eau, préservation des sols, de l’humus et réduction drastique des travaux et carburants. Aujourd’hui, 90 % de la surface est implantée avec cette technique développée par le secteur privé.
L’agriculteur argentin a encore le droit et le devoir de cultiver sa terre. Humus, humilité, c’est tout un. À Gustave Thibon, qui le félicitait pour la beauté de sa culture, un paysan de l’Ardèche répondit « Ah, Monsieur Thibon, tant que c’est dans les mains du bon Dieu, on n’est sûr de rien. » Piètre assurance qu’une impériale signature.
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19 commentaires
Sur le modèle de l’élevage américain, à nous la viande chargée en hormones et antibiotiques, dont on voit les effets sur la population américaine, à 50% obèse !
Vous donnez un peu trop d’intelligence aux forces de l’ordre
Comparé à l Argentine en France c’est du dirigisme communiste sauf qu ils investissent leur argent en jouant à la roulette Russe..
Pendant qu’on oblige nos agriculteurs à faire plus d’administratif que de travaux agricoles, les Sud-américains produisent à outrance, et vont nous couler. Ainsi on n’a déjà plus d’industries, et on n’aura plus d’agriculture non plus. On en sera réduits à l’état de mendiants.
Les grandes parcelles brésiliennes vont crever leur sol à force d’intrants… sans régénération de l’humus !
Mythes et légendes écologistes !
l’agriculture peut-elle rester « familiale »?
Il y a des libertés qui me font peur, surtout quand il s’agit de fabriquer ce qui va atterrir dans mon assiette.
la France n’a plus aucun pouvoir de décision sur sa propre identité en cause Bruxelles et ses affidés ( à commencer par nos gouvernants depuis Mitterrand)qui veulent détruire notre si beau pays .
La France fut un grand pays.
Avec tous ces accords – et en même temps, – au nom de la solidarité :
elle ne pouvait qu’être perdante … en confirmation : notre balance commerciale.
Le semis direct n’a rien de neuf ou d’extraordinaire. Il se pratique aussi en France mais cela varie selon les sols, les climats, les cultures.
La question des surfaces immenses et de la rentabilité des équipements est par contre au coeur du succès argentin mais aussi américain, ukrainien, brésilien, canadien, russe.
Vous êtes dans l’impossibilité de rentabiliser votre matériel avec des petites et même moyennes surfaces.
Les agriculteurs français sont souvent dénoncés pour leurs gros tracteurs, comme riches, mais c’est leur outil de travail. Ils l’amortissent annuellement et cela dévore leurs revenus réels. Quand ils ont fini de se ruiner à le payer, il faut réinvestir dans du matériel.
Partout dans le monde, seules de très grandes surfaces permettent de vivre correctement de l’agriculture.
Cet article oublie l’essentiel.
L’Argentine fait partie des pays à la pointe des cultures OGM.
Le pays s’est distingué dans ce domaine par la création du blé HB4 en 2020.
Ce blé résistant à des périodes de sécheresse, grâce au transfert d’un gène venu du tournesol, a été mis au point par des chercheurs argentins et français, avec la collaboration d’une société de semenciers français, qui comme toutes les sociétés de semenciers français, a transféré une partie de ses activités (et de ses emplois) à l’étranger, car en France, les réglementations interdisent toute innovation scientifique.
C’est pour cela que nos chercheurs sont également partis et travaillent surtout pour le continent américain, du nord au sud, ou en Asie, mais parfois aussi en Afrique où on est moins arriéré qu’en France pour les OGM.
Ce blé HB4 est un très grand succès pour l’Argentine. Cela aurait pu être un très grand succès pour la France.
Très instructif, merci !
Certes et vous avez raison d’en rboquer les tenants et aboutissants ; mais vous avez tort sur un point fondamental en oubliant l’efficacite de la permaculture et son excellente productivite dans des sols qui devront bientot rejeter tout intrant chimique tant nos engrais modernes ont detruit ou appauvri ce fameux humus …
Mort de rire.
Vous récitez un bréviaire écolo sans queue ni tête.
Nos sols de France se portent à merveille, contrairement à une certaine propagande où écolos se joignent à businessmen qui ont inventé des sociétés aussi bidons que juteuses pour analyser les sols et justement les restaurer.
Je ne donnerais pas de noms, mais ces charlatans des sols malades, bien connus dans le monde agricole, ont malheureusement audience régulière sur les chaines publiques, propagande oblige.
Il se disait, il y a environ trente ans, que l’Argentine avait fait le pari de la viande de qualité – en comparaison du Brésil qui faisait de l’intensif à tous crins.
Il y a peu de différence dans l’élevage entre le Brésil et l’Argentine, c’est un mythe qui a la peau dure.
Dans les 2 pays, les animaux grandissent à l’herbe jusque vers 12-16 mois selon les variétés puis finissent en » feedlot » ou parc d’engraissement pendant 4 mois avec une alimentation bien plus riche, comme à peu près partout dans le monde actuellement.
Le Brésil déforeste beaucoup pour faire du soja intensif; je ne sais pour l’Argentine actuelle. Merci de m’avoir répondu.
@MmmH, l’Argentine a transformé 30% de ses pampas depuis 20 ou 30 ans en cultures de céréales pour les feed lots.
Pour l’Amazonie, on sait aujourd’hui, que la dite forêt vierge ne l’était pas du tout.
Une civilisation avec de grandes entités urbaines, l’a habité jusque vers le 16ème siècle.
Allez voir sur Géo : « une civilisation inconnue peuplait l’Amazonie il y a 2500 ans ».
La distribution des arbres forestiers montrait depuis longtemps des anomalies incompréhensibles, il y avait trop d’espèces utiles à l’homme pour son alimentation ou sa vie pour qu’on soit dans une forêt vierge.
La forêt amazonienne est en fait une nature construite par l’homme pendant 2 millénaires et retournée à l’état sauvage, il y a 5 siècles.
C’est bien beau tout ça, enfin beau , pas tout à fait, mais pour nous aucun intérêt à importer leurs produits selon ces principes:
Notre souveraineté alimentaire
La qualité de notre production
La qualité de nos paysages
La conservation de nos emplois