[VU D’ARGENTINE] Panem et circenses
Nos lecteurs habituels penseront certainement que l’avertissement de Juvénal, vieux de vingt siècles, ne peut en aucune manière s’appliquer au gouvernement de Javier Milei, et ils auront raison. Sauf que le cirque s’est spontanément installé dans la rue pour la plus grande délectation du président, qui bénéficie d’une aubaine gratuitement servie par ses anciens ennemis de la presse, soucieux de remplir leurs colonnes d’événements savoureux et journalistiquement rentables. D’autres, en d’autres lieux, parleraient de « faits divers ». Pas sûr, cependant, que cet argument tienne sur ces rives du río de la Plata. Nous verrons plus loin comment Milei tente de résoudre le problème du pain à sa manière (pas forcément avec de l’en même temps). Occupons-nous du cirque.
Les adversaires de Milei à la peine
En premier lieu, l’ordre de confiscation émis par la Cour sur les biens de la famille Kirchner et ses proches à hauteur de 500 millions de dollars. Pointe émergée de l’iceberg, certes. Mais beaucoup de propriétés, beaucoup de zéros, surtout en monnaie argentine. Un fait divers trop costaud pour le bon peuple. Cela fait désordre.
Si nous voulons nous intéresser à un spectacle plus cinétique et vivant, nous pourrions observer les formidables contorsions acrobatiques et enragées du « nain communiste ». Nos yeux se tournent alors vers le gouverneur d’une province de Buenos Aires en marche vers la faillite, subissant les attaques furieuses de son ancienne protectrice ainsi que les assauts de ce que nous pourrions appeler, pour faire court, la maffia péroniste traditionnelle des maires de l’immense banlieue décidés (sur le papier) à offrir « du sang, de la sueur et des larmes » pour récupérer quelque audience et, bien sûr, une petite partie de ce que nous pourrions appeler pudiquement stabilité économique.
Le procès du siècle
Mais le clou du spectacle est ailleurs. Le 6 novembre s’est ouvert le procès du siècle. Pour en saisir l’ampleur, nous emprunterons un bon mot à un journaliste du journal La Nación comparant l’événement à la découverte, en 1799, de la pierre de Rosette par l’armée de Bonaparte, ouvrant ainsi la voie à la traduction des hiéroglyphes. Pas de pierre mais plus de 200 pages manuscrites, produit de la minutie d’un ancien sergent, chauffeur attitré de la famille présidentielle, relatant heure par heure pas moins de 800 « faits divers ». En fait, le plus souvent, des transferts de sacs de devises aboutissant en général, pour les plus gros d’entre eux, au domicile de la présidente. Les plus petits étant dérivés au palais présidentiel… Comme on le voit, le décryptage chirurgical d’une orgie de corruption étalée sur plus de dix ans. À ce jour, 87 inculpés, si l’on comptabilise ce que l’on nomme pudiquement les auteurs actifs ou passifs de ces transactions. Ces derniers, les plus nombreux, réunissent le gratin des entreprises de travaux publics du pays dont une bonne partie ont accepté de collaborer avec la Justice. À la décharge de certains d’entre eux, il faut préciser que ces apports à la cause péroniste étaient parfois très loin d’être volontaires. En d’autres termes, il y a un monde entre un déboursement en vue de l’obtention d’un contrat juteux et celui exigé comme assurance-vie de la proche famille de l’inculpé. Les juges apprécieront, le public leur souhaite bonne chance.
Cependant, l’appartement du ménage Kirchner étant devenu trop petit, les prévenus repentis nous informent que « des dizaines de valises étaient acheminées par avion dans le royaume présidentiel » de Patagonie situé dans la ville de Río Gallegos, dans des dépôts souterrains sécurisés. Cela explique pourquoi il fut un temps où, à Buenos Aires, le billet de 500 euros humide subissait une décote au marché noir !
Détail hallucinant. Au vu de la quantité de prévenus et témoins de tout poil, le procès se fait par zoom et chacun doit parler à son tour depuis son domicile. On a même vu un personnage répondre à l’interrogatoire confortablement installé dans son lit avec son amie autour d’un succulent petit déjeuner. Un avocat expliquant que les sacs étaient des bourses de supermarché, un autre offrant en caution de l’argent, un yacht, le juge demandant sèchement : « La chaloupe aussi ? »
Les audiences ont lieu une fois par semaine, le matin. Cela a fini par agacer la Cour de cassation, qui a donné l’ordre de plus de célérité et émis vigoureusement le souhait de l’obtention d’une salle aux dimensions suffisantes pour contenir tout ce beau monde.
En résumé, du grand cirque providentiellement gratuit pour Milei, peut-être pas pour le peuple argentin qui commence à trouver le temps long.
Et le pain ?
Et le pain, avec tout cela ? Nous serons bref comme Milei, qui a les idées claires sur le sujet. Un pays ne peut vivre au-dessus de ses moyens. Le pain est lié à la croissance et celle-ci à la production. Pour ce faire, construire une majorité parlementaire le 10 décembre prochain en tissant des alliances. Le projet est sur le point d’aboutir. Dans la foulée, fixer le budget. Puis une refonte du droit du travail. Une profonde réforme fiscale. À vous de jouer, messieurs les industriels, cette fois honnêtement. De grâce !
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16 commentaires
Quel Milei pour la France ? Dites-moi.
Pourvu que Milei continue la bonne route pour son Pays. C’est lui qui a raison. De droite ? de gauche ? Quelle importance ? Aucune. Comme on aurait besoin en France d’un échevelé comme lui !
Seulement 8 commentaires sur le coup de 10 heures… Je serais curieux de savoir si cet article a été beaucoup lu (je dirais que non) ? Milei ne semble pas intéresser beaucoup de monde. C’est pourtant lui qui a raison pour qu’un pays retrouve la prospérité. Ce « non intérêt » est très inquiétant. Il révèle ce que j’ai compris, avec stupeur, en 2021 avec la « pass » ; c’est que les français ne sont plus aptes à faire les efforts pour sauver leur pays. Ils attendent encore que l’Etat providence (à l’origine du mal) s’occupe d’eux. Il va le faire au pris de leur liberté. Les français ne veulent pas être sauvé ; il est plus confortable d’être esclave. NB : quand je dis « les français » je désigne « une large majorité de français »…pas tous. Si cela peut m’éviter quelques commentaires désobligeant…Cdlt.
Nous ne sommes pas sortis de l’auberge ici. C’est la première pensée qui vient à l’esprit, en lisant cet article.
Quel merveilleux spectacle ce doit etre et comme on aimerait que la meme chose arrivat en France …!Mais ne revons pas : avec nos amis franc-macons bien installes dans tous les rouages de la magistrature nous ne pourrons avoir qu’une parodie de justice comme pour le proces du sang contamine .
Dépenses somptuaires , détournement de fonds, cela ne rappelle t’il pas un autre pays . Peut être une histoire de pièces jaunes et de garde robes et de dîners coûteux dont il faudra un jour parler en France.
Quels résultats de corruption si l’on creusait un peu en France
Christina Kirchner haïssait le pape François car celui-ci n’était pas dupe de son jeu, qui voyait cette femme s’enrichir fabuleusement cependant que le pays croulait. Et, considérant que la famille Kirchner était riche avant d’entrer en politique, comment expliquer cette ascension à 500 millions de dollars durant son temps politique? Sûrement pas par les émoluments des mandats politiques ; alors comment, sinon par une corruption effrénée, une gloutonnerie sans limites ?
Il y a bien une personne qui connait l’économie, les traités, les relations internationales mais que quasiment personne n’invite jamais c’est François Asselineau qui a un vrai projet réaliste pour sortir notre pays de l’ornière et le sauver tant qu’il est encore temps.
Bien d’accord…il me semble hélas que certaines casseroles, réelles ou fake-news, le brident. Grand dommage.
Quand je vois qu’en Argentine ils ont Milei et qu’en France on en est à souhaiter Bardella (européiste, pro ukraine, pro injection et vous verrez, s’il est élu, qu’il sera pro immigration). Le système est en train de propulser Bardella pour mieux le contrôler comme il l’a fait pour Macron. Bardella sera le même que Macron et fera le jeu de l’UE au détriment de la France. L ‘Argentine dans moins de 10 ans, si elle continue sur la lancée Milei, sera plus prospère que la France. Pour revenir à Milei, j’ai vu son interview par le fils Sarkosy qui date de quelques semaines et je peux vous dire que ce n’est pas un charlot. Il a de la consistance. Il connait l’économie, il sait ce qu’il fait. Respect. En France il n’y a non seulement pas de Milei mais il n’y a plus de droite. Viva la libertad, Carajo
Dit et bien dit, Cyrano24 !
Chez nous, avec l’endettement de la France, on peut dire que le peuple commence à manquer de pain, entendre par là qu’il s’appauvrit, mais que le cirque, lui, continue de plus belle avec le petit président Macron et ses affidés.
Quand allons nous nous pencher sérieusement sur les agissements de notre propre (propre?) classe politique?
Ca Urge
ne peut-on penser qu’ils ont tous très peur que le RN arrive au pouvoir car, lui, ouvrira les dossiers, tous les dossiers, de la gauche, de la droite, du centre….et que va-ton découvrir ?