Centre de rétention pour étrangers : le séjour passe de 90 à 210 jours

Une avancée, en mémoire du meurtre de Philippine ; une goutte d'eau, dans l'enfer migratoire français.
Capture d'écran Public Sénat
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En cette fin de session parlementaire, après la loi Duplomb et ses enjeux pour l’agriculture, le Parlement vient de terminer l’examen de la loi permettant l’allongement jusqu’à 210 jours de la durée de rétention d’étrangers en passe d’être expulsés et jugés dangereux. Jusqu’ici, seules les personnes ayant été condamnées pour terrorisme pouvaient être détenues dans les centres de rétention administrative (CRA) sur cette durée. Dans les autres cas, une rétention ne pouvait dépasser 90 jours. Désormais, cet allongement concernera notamment les étrangers dont le « comportement constitue une menace d’une particulière gravité pour l’ordre public » et ceux condamnés pour des crimes ou délits graves (meurtre, viol, trafic de stupéfiants…). Sont aussi visés ceux frappés d’interdiction du territoire français (ITF) ou d’une mesure d’expulsion.

Une loi provoquée par le meurtre de Philippine

Cette loi signée de la sénatrice Les Républicains du Val-d’Oise, Jacqueline Eustache-Brinio, a été rédigée après le meurtre de Philippine. La jeune fille de 19 ans était retrouvée morte, enterrée après avoir été violée, dans le bois de Boulogne en septembre 2024. Son meurtrier, un marocain sous OQTF, venait d’être relâché de son centre de rétention. L’homme avait déjà été condamné par la Justice, en 2021, à sept ans de prison pour le viol d’une femme de 23 ans dans le Val-d’Oise. Il ne fit, en réalité, que trois ans. À sa sortie d’incarcération, l’homme est placé en CRA afin d’être renvoyé au Maroc. Problème : son autorisation d’expulsion doit être validée par les autorités marocaines, qui traînent. Résultat : le délai maximum de détention en centre arrive à échéance et l’individu est relâché dans la nature. Le lendemain, le Maroc répondait enfin, Mais il est trop tard. Seize jours plus tard, la jeune Philippine était arrachée aux siens, sauvagement assassinée par un individu qui non seulement n’aurait jamais dû se trouver sur le sol national, mais encore moins libre de ses faits et gestes.

Les parents de Philippine ont assisté aux débats

C’est dans ce contexte révoltant que les sénateurs votaient, ce mercredi 9 juillet. La veille, le texte était approuvé par les députés. Le ministre de l’Intérieur a défendu vigoureusement ce texte et s’est réjoui de son adoption, évoquant une « avancée majeure », sur X : « C’est une loi qui peut sauver des vies, née d’un drame, en mémoire de la jeune Philippine. »

Un examen de la loi qui s’est déroulé en de poignantes circonstances. En effet, à l’Assemblée, Loïc et Blandine Le Noir de Carlan, les parents de Philippine, ont tenu à assister à l’intégralité des débats. Dans l’Hémicycle, assistant aux séances houleuses, ils ont subi les inepties indécentes d’une gauche qui, comme à son habitude, a dénoncé un texte « raciste » et « xénophobe », à l’image du locataire de la Place Beauvau. Dans un communiqué, ils se sont exprimés après l’adoption de la loi : « Nous ne cessons de penser à Philippine, qui nous a été enlevée le 20 septembre dernier. Elle a subi un calvaire avant d’agoniser dans la souffrance et l’angoisse. Sa vie lui a été arrachée à Paris en pleine journée, par un individu qui n’aurait pas dû se trouver sur son chemin. » Ils ont souhaité « rendre hommage » au député Les Républicains Olivier Marleix, rapporteur du texte, disparu subitement le 7 juillet, « qui a tant œuvré pour que [la loi] soit votée ». « La violence et la brutalité dont a été victime Philippine devraient mener à un consensus sur la nécessité d’assurer la sécurité de tous et partout », ont-ils ajouté.

Une goutte d'eau dans l'océan

Si la mesure peut légitimement rassurer les familles des victimes, il est tout de même sidérant que notre Parlement en soit réduit à débattre de l’allongement à 210 jours du délai de rétention en CRA pour les individus dangereux et sous obligation de quitter le territoire. Une mesure rendue nécessaire par le refus des pays d'origine de reprendre leurs ressortissants. Ce coût représente pour la nation une fortune : une journée en CRA coûte environ 700 euros par jour et par détenu. Or, un séjour moyen se prolonge autour de 25 jours. Avec plus de 45.000 personnes placées en CRA tous les ans, le coût de cette détention dépasse les 800 millions d’euros chaque année.

« La première rétention, c'est la frontière, sans laquelle on pourra toujours indéfiniment multiplier les places en centre de rétention », a affirmé, pendant les débats, le sénateur de Marseille Stéphane Ravier. Si les fondamentaux de la politique migratoire française n’évoluent pas radicalement (droit du sol, regroupement familial, frontières, aides sociales, aide médicale, etc.), notre pays continuera irrémédiablement à pleurer des victimes et à alimenter le tonneau des Danaïdes.

Picture of Yves-Marie Sévillia
Yves-Marie Sévillia
Journaliste chez Boulevard Voltaire

Vos commentaires

65 commentaires

  1. ça veut dire qu’on les aura à charge 120 jours de plus et qui paie ……..pour moi c’est 0 jour et renvoi immédiat dans le pays d’origine .

  2. Ouais !
    Quand cela sera effectivement appliqué.
    Depuis le temps qu’on nous mène en bateaux, vous me pardonnerez, mais je suis suspicieux.
    Même, et surtout, si c’est signé Rateillau !

  3. L europe nous permet jusqu’à 18 mois de rétention.. Le seul soucis dans cette histoire c est que si les services attendent ( voir l exemple de ce marocain) le dernier jour pour demander un passeport consulaire. On arrivera au même résultat. Car dans l histoire de Philippine. Ce n’est pas les 90 jours qui ont tout fait foiré. C est des services francais qui ont tardé à demander le passeport consulaire et en plus l’ont demandé au mauvais service marocain..

  4. Ce Monsieur Retailleau à la police, on voit que c’est un gaillard qui sait y faire, mais avec son collègue Darmanin, le coup de la perquisition contre le Rassemblement National, alors là c’était un « must ».

  5. Ces OQTF , dont personne ne veux, on a qu’à construire les plateformes Offshore en Méditerranée ou en Atlantique et les mettre en attendant que leurs pays les réclament, et puis demander aussi à leurs gouvernants de payer les frais qu’ils nous occasionnent , et puis pratiquer le « donnant donnant » un OQTF rentre dans son pays , Un visa accordé par la France

  6. De 90 à 210 jours! encore une preuve que nos dirigeants sont des pleutres, et leur lâcheté va coûter un peu plus d’impôts aux Français! puis, on nous dira vite qu’il manque de places dans les centres de rétention…Résultat des courses: sans renvoi, la situation va s’aggraver!

  7. Et cela sert à quoi ? des dépenses et encore des dépenses pour rien au lieu de les virer de France ! Tous ces politiques sont des incapables sauf pour dépenser l’argent qui ne leur appartient pas. Il n’y en a pas un pour sauver l’autre mais n’est-il pas trop tard les fainéants de France se réveilleront-ils un jour alors que les communistes sont déjà au pouvoir ?

  8. Qui qui paie, c’est nicolas comme d’hab, vous parlez d’une avancée, ils vont rester plus longtemps logés, nourris blanchis, heureux qui comme Ulysse …. La seule solution c’est la rétention dans leur pays d’origine au frais de leur pays . Les empêcher de passer la frontière.

  9. Toujours des demi-mesures ,l’unique solution est la fermeture des frontières !
    Encore une fois Retailleau veut donner l’impression de faire quelque chose, pas certain d’ailleurs que le Conseil Constitutionnel laisse faire une fois les vacances passées .

  10. Pour les pays qui refusent de reprendre leurs ressortissants, l’Algérie au premier chef, le seul résultat sera de faire payer par Nicolas 120 jours de plus en CRA pour qu’à la fin ils se retrouvent dans la nature.

  11. 120 jours de plus aux frais des français qui bossent, pour le même résultat: rester en France !
    Retailleau, complice des clandestins !

  12. Tant que le délit d’aide aux clandestins ne sera pas rétabli.
    La double peine automatique pour les délinquants étrangers

  13. Donc au lieu d’être « entretenus » 90 jours, ils vont l’être 210 ! …
    Quand est ce qu’on les jette hors de FRANCE ? ! …
    Et « on » va nous expliquer que « ça » avance ! …

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