Dégenrer le Panthéon : la proposition woke d’Élisabeth Borne

Selon elle, la devise du fronton découragerait les filles d'étudier les sciences.
© Samuel Martin
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Lors de sa conférence de presse de rentrée, Élisabeth Borne, ministre de l’Éducation, n’a pas manqué d’aborder un de ses chevaux de bataille : l’accès des filles aux filières scientifiques. « Mais, a-t-elle aussitôt précisé, si, en levant les yeux, elles ne voient pas la société reconnaître pleinement la place des femmes dans son Histoire, alors nous leur envoyons un message contradictoire. » Qu’est-ce à dire? « Parce que la politique est aussi affaire de symboles, je pense que nous devrons ouvrir le débat sur la devise inscrite au fronton du Panthéon : “Aux grands hommes, la patrie reconnaissante”. »

Laurent Jacobelli : « Qu’est-ce que c’est que ces âneries? »

L’égalité de ton avec laquelle Élisabeth Borne a fait cette proposition — évoquant un robinet d’eau tiède qu’on aurait oublié de fermer en quittant une maison de vacances — ne doit pas en faire sous-estimer l’énormité. Elle est triple. Décalage avec les réalités scolaires actuelles. Inutilité, puisque cette devise, sous sa mâle formulation, n’empêche pas d’inhumer des femmes dans le Panthéon. Pur wokisme : il s’agit de « dégenrer », de « déconstruire ».

Invité d’Apolline de Malherbe, sur BFM TV, ce 28 août, Laurent Jacobelli (RN) a d’ailleurs dénoncé ce wokisme. « Elle n’a que ça à faire, Élisabeth Borne, au moment où le niveau de nos élèves décroît, quand dans un lycée sur vingt on trouve des armes dans les sacs à dos des enfants, quand des gamins se font agresser par d’autres gamins, notamment en fonction de leur religion — et je pense à nos compatriotes de confession juive ? » Oui, vraiment, « Qu’est-ce que c’est que ces âneries ? » Une ânerie dont on pourrait rire si on ne savait, d’expérience, que le wokisme s’y entend à graver ses folies dans le marbre.

Une devise 100 % républicaine

L’histoire de la devise du Panthéon est faite d’allers et retours au gré des oscillations politiques du XIXe siècle, plus heurtées que celles du pendule de Foucault. Inscrite au fronton de l’édifice en 1791, elle en est retirée par Louis XVIII. Louis-Philippe l’y remet. Napoléon III l’en retire. La IIIe République l’y replace, le culte des « grands hommes » supplantant, dans une vision positiviste et anticléricale, celui des saints. Il y a cent ans, quelqu’un proposait d’ailleurs, avec ironie, de modifier l'inscription de la sorte : « À nos grands hommes, les partis radical et radical-socialiste », vu qu’on trouve inhumés au Panthéon « leurs directeurs de conscience : Voltaire, Hugo, Zola et tutti quanti ».

En s’en prenant à la devise du Panthéon, Élisabeth Borne écorne une formule quasi sacramentelle de la Révolution et de la République. Mais au nom du féminisme, du « dégenrage », tout est permis. C’est tellement dans l’air du temps que le ministre a décalqué l’idée du maire de Paris, qui émettait le désir de féminiser les inscriptions de la tour Eiffel où seuls figurent de grands scientifiques hommes — la IIIe République, encore !

Quelques idées

Borne veut donc « ouvrir le débat », comme on ouvrirait la boîte de Pandore des idées les plus loufoques et les plus folles. Comment y formuler « explicitement » — le mot est de Mme Borne — la place des femmes, sinon en la saupoudrant d’écriture inclusive ? Laissez votre imagination s'exprimer. « AVX GRAND.ES;S FEMMES/HOMMES, LA PATRIE RECONNAISSANTE ». En style macroniste : « AVX GRAND.ES CELLES ET CEUX, LA PATRIE RECONNAISSANTE ». La patrie est étymologiquement patriarcale, problème qu’on peut contourner ainsi : « AVX GRAND.ES CITOYEN.NES, LA MATRIE RECONNAISSANTE ». Autre solution, qui aurait l’avantage de respecter l’histoire du monument : reprendre l'inscription originelle, replacer le Panthéon « sous l’invocation de sainte Geneviève », une jeune femme qui ne manquait pas de détermination. Mais ce n’est pas woke du tout.

En novembre 2024, Patrick Bruel fêtait, devant le Panthéon, les 35 ans de sa chanson « Place des Grands Hommes ». Que son parolier se tienne prêt à écrire une version dégenrée — à moins que la proposition d’Élisabeth Borne ne disparaisse dans le maelström politique des prochaines semaines.

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Samuel Martin
Journaliste

Vos commentaires

125 commentaires

  1. Cette dame ne sait plus quoi faire pour exister et s’ennuie visiblement. Elle le fait savoir avec ses pauvres idées. Et dire qu’elle fut 1er ministre . . .

  2. Mais quel est son problème à Borne ? Elle manque de reconnaissance, elle n’assume pas sa vie ? Elle a pourtant au bureau un boulot considérable à faire,, elle devrait s’y concentrer et laisser ces pécadilles aux journalistes subventionnés

  3. Elle n’a rien d’autre à foutre au prix où elle est payée. Qu’elle s’occupe sérieusement de faire progresser le niveau général de son ministère, cela devrait lui suffire, il y a déjà du boulot. Remarquez, elle n’en a peut être plus pour longtemps à s’occuper du Panthéon !

  4. L’âge avancé de madame Borne lui fait déclarer des inepties délirantes. Ministre de l’éducation nationale elle ferait mieux de s’intéresser au niveau catastrophique de l’école française. Mais en a t’elle les compétences ? Ce sujet revient au ministre de la culture si tel est vraiment un sujet.

  5. Quelle bêtise sans nom le masculin homme est un terme générique qui embrasse la femme.

  6. La Borne n’a plus aucunes limites, l’école s’effondre et elle regarde le panthéon. N’y a t’il pas d’autres solutions pour intéresser nos jeunes femmes aux carrières scientifiques. Je doute qu’un changement d’inscription soit la solution miracle. Nous avons une devise Liberté égalité fraternité bien mise à mal qui mériterait davantage qu’on s’y attelle.

  7. J’espère vraiment que ce gouvernement va tomber, et elle dégager. Elle montre de plus en plus son vrai visage et ce n’est pas beau à voir.

  8. Le Panthéon faisait pourtant référence à une femme célèbre répondant au nom de la patronne de Paris. Madame Borne serait-elle contre-révolutionnaire ? Décidément elle nous surprend, mais on ne peut pas lui retirer le fait qu’elle gère les priorités pour sortir l’Enseignement et même le pays de son marasme!

  9. Pratique gauchiste … quand tu n’es pas apte à régler un problème très grave … tu sors la plus grosse c…. Possible pour cacher ton incapacité à régler le problème… des décennies qu’ils agissent ainsi !!!

  10. Les bornes sont tombées, il n’y a plus de limite aux âneries ! Qu’on arrête de nous em… avec leur féminisme wokiste , je ne les supporte plus !

  11. Toujours ce même sens des priorités chez les socialistes : les femmes se font agresser, on invente l’écriture inclusive pour résoudre le problème. Cette femme est une caricature.

  12. Est-ce une nouveauté ? cette personne n’a jamais fait autre chose que celle de dépasser les bornes en toute impunité mais entre crabes ils s’entendent bien. Reste à savoir dans l’état de la France si cette gourde de toujours n’a rien d’autre à faire et ce n’est pas la prétention qui étouffe toute cette bande politique de tous poils. Hélas pour la France au regard de quelques sondages la majorité des Français sont idiots au point de vouloir garder Macron et Bardella qui a le même cursus comme premier Ministre ! On peut y voir le niveau des Français pire que ce que l’on peut dire ou entendre.

  13. Mais pourquoi le correcteur automatique de mon clavier écrit Borné quand j’écris Borne….. il la connaît ?

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