[ÉDITO] Montchalin à la Cour des comptes : pourquoi se gêner ?

Montchalin à la Cour des comptes, c’est le macronisme qui se survivra au-delà de Macron et de tout espoir...
capture d'écran
capture d'écran

C’est tellement gros qu’on a peine à y croire : ce mercredi 11 février, en Conseil des ministres, Emmanuel Macron devrait nommer Amélie de Montchalin Première présidente de la Cour des comptes. Celle qui est aujourd’hui en charge des Comptes publics aura sous sa responsabilité la certification de ces mêmes comptes ! Pratique. Il fallait quand même oser. A priori, il a osé. Mais au fond, faut-il s’en étonner ? Dès l’été 2021, c’est-à-dire neuf mois avant l’élection présidentielle de 2022, nous avions prédit qu’un deuxième mandat Macron relèverait d'une longue soirée « open bar ». Nous n’imaginions pas à ce point. Comme quoi...

« Open bar », les copains !

Hier encore, ce lundi 9 février, Emmanuel Macron procédait à une distribution de croix de la Légion d’honneur. Un exercice dont il raffole. Parmi les récipiendaires, Olivier Dussopt et Stanislas Guerini, tous deux anciens socialistes qui franchirent le Rubicon macronien, un beau jour ou peut-être une nuit de 2016, et anciens ministres de Macron. Autre point commun des deux nouveaux légionnaires : ils n’ont pas retrouvé leur siège de député en 2024. Le premier, en Ardèche, avait préféré céder sa place à sa suppléante qui fut balayée dès le premier tour et « grand-remplacée » par le député ciottiste Vincent Trébuchet ; le second fut battu à Paris par l’écolo Léa Balage El Mariky, soutenue par le Nouveau Front populaire.

Un point commun que partage aussi Mme de Montchalin, née Bommier, avec les deux compères : une défaite aux élections législatives, puisqu'en 2022, elle fut battue dans l’Essonne par le socialiste Jérôme Guedj. Pour la consoler, Macron la nomma ipso facto ambassadrice, représentante permanente de la France auprès de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Gros avantage de ce poste, à la différence d'une ambassade au Kirghizistan ou en Mongolie : le siège de l’OCDE est à Paris, ce qui évite, outre les désagréments d’un déménagement, d’être tenu trop à l’écart du Château. Deux ans après, elle revenait au gouvernement, après avoir sagement évité la case des législatives de 2024, pour se voir confier le stratégique ministère des Comptes publics. Comme quoi, il n’y a pas que la victoire qui est belle... la défaite aussi.

Homélie de Montchalin

« Open bar », donc. Allez-y, servez-vous, car on ne sait pas de quoi sera fait demain, c’est-à-dire 2027, comme nous l’évoquions dimanche, sans imaginer d’ailleurs un seul instant cette nomination. Le manque d'imagination nous perdra. Alors, de quoi cette nomination fracassante est-elle le signe ? D’abord, que Macron, effectivement, mine le terrain « au cas où ». On imagine d’ici les leçons de bonne gestion d'Homélie de Montchalin (surnom que lui avaient donné ses petits camarades députés macronistes en 2017, par allusion à ses manières de donneuse de leçons et à son côté catho). Forte de son expérience aux affaires, elle ne manquerait pas de prodiguer ses recommandations, avertissements et mises en garde à un gouvernement de droite nationale si, par malheur ou à Dieu ne plaise... Avec plus de 3.500 milliards de dettes accumulées, au bout de neuf ans de macronisme, l’exercice exigera une souplesse gymnastique de classe olympique. Nul doute que Mme de Montchalin en est dotée.

Le maître étalon du macronisme

Avec Amélie de Montchalin - celle-là même qui accusait Marine Le Pen, en 2021, de vouloir « un État à sa botte » - à la Cour des comptes, c’est, comme qui dirait, le macronisme qui se survivra au-delà de Macron et de tout espoir (« Je te survivrai dans les jours difficiles », comme dit la chanson bien connue de notre génération)... Une fois nommé, le Premier président est en principe inamovible. Un macronisme chimiquement pur installé sous cloche, rue Cambon, comme le mètre étalon, au pavillon de Breteuil. Sans limites ! Si, quand même, la limite d’âge prévue, jusqu'à maintenant, par la loi : 68 ans. En théorie, donc, Mme de Montchalin pourrait rester en place jusqu’au… 19 juillet 2053. Une garantie de l’emploi XXL qui permet de voir venir. Bon, on imagine qu’entre-temps, elle ira voir ailleurs, dans le privé d’où elle vient, par exemple, mais c’est pour dire, quand même...

Ensuite, cette nomination est la preuve éclatante, arrogante, quasi obscène, que Macron fait ce qu’il lui plaît. Jamais, sans doute, un Premier président de la Cour des comptes n’aura été nommé dans de telles conditions, indépendamment des qualités et talents indéniables de Mme de Montchalin : aussi jeune (c'est-à-dire avec un potentiel de plus d'un quart de siècle dans la place), sans expérience de la magistrature et directement en sortie de Bercy : ça fait beaucoup. Et qu'on ne nous sorte pas le coup habituel qu'elle est une femme et que critiquer sa nomination serait du sexisme d'un autre âge : Mme de Montchalin est tout sauf un petit être fragile. Durant les récents débats budgétaires, on a découvert un véritable animal politique dans la fosse aux lions du palais Bourbon.

Et puis, au-delà de l’opération de minage du terrain, au-delà même du souci de caser et recaser les fidèles serviteurs - réflexe qui est aussi vieux que la politique -, il y a sans doute pour Emmanuel Macron cette satisfaction, ce plaisir, cette jouissance à nulle autre pareille que de se dire « Je vous emmerde ». Et ça, ça n’a pas de prix. À quoi servirait le pouvoir, si on ne pouvait en abuser ?

Picture of Georges Michel
Georges Michel
Journaliste, éditorialiste à BV, colonel (ER)

Vos commentaires

160 commentaires

  1. Tous les contre-pouvoirs seront contrôlés par des mignons de Macron qui empècheront toute réforme si le RN passe au pouvoir. Dans ce cas, la seule solution est d’organiser un referendum dès le début du quinquennat et demander aux Français de modifier les conditions d’accession à ces corps constitués et d’organiser le remplacement immédiat de ces courtisans dont certains n’ont aucune compétence. Il n’est pas normal que les membres de ces institutions chargées de surveiller l’exécutif ou le législatif soient nommées par l’exécutif. Ils doivent tout d’abord ètre compétents, disposer d’un doctorat de droit ou spécialisés en finances publiques selon le corps constitué, d’avoir un casier judiciaire vierge, et ne pas être inamovibles, en cas de dérives idéologiques manifestes. Le problème sera évidemment le mode de remplacement, et c’est un problème épineux. Mais ce qui est sûr, c’est que nous allons droit dans le mur si nous gardons les mêmes.

    • Au lieu de quitter le navire qui coule, les rats essaient encore de grignoter le morceau de fromage qui reste.
      Une occasion, aussi, pour les men and women in black à Macron, de tout cadenasser et de tout faire échouer si les patriotes passaient. La France est bien le dernier de leurs soucis.

    • Lélue58.
      Casée, en fonction de quels critères, quelles compétences? Deux ans à bosser chez Axa avant d’entrer en politique? Sinon? Le fait d’avoir un patronyme à particule et d’être une femme?

  2. Certe c’est extrêmement grave et la démocratie est morte mais lorsque c’est aussi grave et que la survie de tout un peuple en dépend… Personne n’est indeboulonable et personne n’est éternel…

    • Attention ne jamais oublier que la vraie force politique est celle du peuple, tout peut basculer du jour au lendemain, preuve l’Iran aujourd’hui. Macron va trop loin il prend des gros risques.

  3. A vomir, cette clique marconiste. rien à envier aux républiques bananières . Des manipulateurs, profiteurs, menteurs, magouilleurs avec en tête de gondole le plus machiavélique ! La France et les français c’est le dernier de leurs soucis !

  4. Cette nomination pose clairement la question d’un conflit d’intérêt.
    Elle devra évaluer un budget qu’elle a elle-même contribué à élaborer.
    C’est sidérant…

    • S’IL n’y avait que ce « détail » qui posait problème ! …
      C’est la genèse de la macronie qu’il s’agit ! …
      LA question : comment éradiquer tous les désastres que ce nocif a contribué à installer pour TOUT détruire ? ! …
      Ce n’est pas « un karcher » qu’il va falloir utiliser ! …

  5. Si les patriotes et souverainistes gagnent les élections, il n’y aura plus qu’à organiser un référendum pour débarquer toutes ces sangsues, avec conseil constitutionnel, etc.

    • Je vous rappelle que rien que du « temps de macron » qu’il y a eu des « baurou », « belloubet », « Akitator » puis migaud ! … Et surtout précédemment une « tombe ira » ! …

  6. Vrai que c’est désespérant ! Si un nouveau president,mieux élu soucieux du pays devait arriver au pouvoir,il devrait immédiatement mettre en place une équipe et une stratégie pour nettoyer tous les déchets du règne macron..en matière de nominations de copains..c’est vital :conseil constitutionnel d’état, cour des comptes ,defenseur des « droits », préfets etc etc..

    • Quand les naïf auront mis le RN au pouvoir( ce qui m’étonnerait) celui ci nous dira le ventre plein. »..je peux rien faire le conseil constitutionnel, le conseil d’état, ou l’europe me l » interdisent »…

  7. Dame de Montchalin ministre du creusement de la dette prochainement à la Cour des (mé)Comptes? En macronisme appliqué, il n’y a rien d’illogique. Au contraire… Le ministère du Budget (et de l’endettement abyssal) est un excellent marche pied! Qu’avait dit Macron à un chômeur? il suffisait de traverser la rue pour lui trouver un travail… De Montchalin n’aura qu’a traverser l’un ou l’autre parisien pour trouver un poste prestigieux!

  8. Quelque soit le prochain gouvernement il sera incapable de diriger le pays vu le blocage qu’a fait MACRON en nommant ses sbires dans tous les postes de blocage des décisions, il veut continuer son oeuvre de sape après son départ de la présidence

    • Les gaulois réfractaires ont prouvé tout au long de la longue HISTOIRE DE FRANCE que ceux qui étaient « installés au Pouvoir » pouvaient perdre GROS à vouloir s’y maintenir ! …
      Rappelez vous la « cérémonie d’ouverture » des JO de Paris 2024 ! …

  9. Les Français sont mûrs pour la dictature. En fait dans l’opinion publique personne ne comprend la gravité d’une telle nomination et le dévoiement complet des institutions que cela induit.

  10. vite on recase les tocards, le gouverneur de la banque de France a lui aussi anticipé son départ pour empêcher le RN s’il gagnait la présidentielle de mettre quelqu’un, parce que le nouveau sera là jusqu »en 2032, on voit arriver à bride abattue la christine lagarde pour le remplacer, on recase tous les copains qui ont sabordé la France depuis 10 ans et avant.

    • Ils s’en foutent, la France aura toujours assez de pognon pour les payer grassement et assurer leur train de vie princier!

  11. En 2019 cette dame naïve , pour ne pas dire plus ; pensait qu’en inondant le tiers monde de notre pognon.
    Elle allait arrêter une immigration qui nous rapporte strictement rien. Je cite :
    « On va augmenter notre aide publique au développement pour l’amener à 0,55% du PIB, un effort que la France n’a jamais fait. On accompagne les pays sur leurs besoins, et de l’autre côté, quand des personnes doivent retourner dans ces pays, elles le peuvent », assure la secrétaire d’État. Et de conclure : « Ces pays n’ont aucune envie de voir leur jeunesse partir, » annonce dimanche la secrétaire d’État aux Affaires européennes, Amélie de Montchalin.

    Bilan en 2025 , 500.000 immigrés en plus .

Commentaires fermés.

Vidéo YouTube

Pour ne rien rater

Les plus lus du jour

⇨ Tous les vendredis de 17h30 à 19h30
avec Marc Baudriller et Boulevard Voltaire ⇦

LFI ne veut pas voir les gens sortir de la pauvreté
Gabrielle Cluzel

Les plus lus de la semaine

Les plus lus du mois