Francofolies : Amir pris pour cible par l’extrême gauche et menacé de boycott

Au festival belge, le Franco-Israélien est menacé de déprogrammation, reflet d’une culture sous pression idéologique.
© Wikimedia Commons Jérémy Kergourlay
© Wikimedia Commons Jérémy Kergourlay

Les artistes ne devraient-ils pas se contenter… de pratiquer leur art ? La question semble anodine, mais elle résume à elle seule toute la complexité de notre époque. En 2025, l’artiste se veut avant tout un militant et son activisme consiste à se parer des bons sentiments du moment et à fustiger ceux qui refusent de hurler avec la meute. Aux Francofolies de Spa, le chanteur franco-israélien Amir en fait les frais avec, à ses trousses, les chiens enragés de l’extrême gauche qui réclament sa déprogrammation.

Jamais de musique sans idéologie

« En tant qu’artistes programmés aux Francofolies de Spa, nous nous désolidarisons fermement de la décision de programmer Amir. » La cabale est lancée par dix artistes signataires d’un communiqué dénonçant la venue du chanteur au festival, qui doit se tenir du 17 au 20 juillet en Belgique. Trois d’entre eux, Yoa, RaQL et LibraRomea, ont d’ailleurs décliné l’invitation, préférant boycotter l’événement au nom de leurs « convictions sociales, politiques et humanistes ». L’un de ces artistes juge impossible de « jouer sur une line-up avec un ancien soldat de l’armée israélienne, surtout vu le contexte actuel et son soutien affiché à cette politique », tandis qu’un autre affirme qu’« aucun acte n’est anodin dans un pays de colon ». L’ambiance s’annonce festive.

À l’origine de cette mobilisation, les « révélations » d’un collectif pro-palestinien, Liège Occupation Free, qui, depuis le mois de juin, s’emploie à faire pression sur le festival en appelant au boycott tant que la présence d’Amir sera maintenue. Ce collectif belge, déjà impliqué dans plusieurs actions ayant nécessité l’intervention des forces de l’ordre et provoqué l’annulation de conférences sous la menace de certains militants, pointe notamment la participation du chanteur « à un événement dans la colonie illégale d’Hébron », en août 2014. Il lui reproche, encore, sa présence à une soirée de soutien aux soldats de Tsahal, organisée par Yoni Chetboun, officier décoré de l’armée israélienne et membre du parti nationaliste HaBayit HaYehudi.

Mauvais élève aux yeux de ceux qui exigent un casier idéologique vierge avant d’écouter un disque, le chanteur est aussi coupable d’avoir effectué son service militaire au sein de Tsahal, après avoir vécu en Israël depuis l’âge de huit ans. Mais, plus encore, c’est « son absence de prise de position critique face aux crimes commis par le gouvernement israélien, tout en ayant publiquement exprimé son soutien à celui-ci », qui rend Amir indésirable, pour ces artistes.

Si les organisateurs du festival n’ont pas cédé à la tentation de déprogrammer l'artiste, ils ont cependant justifié son maintien en expliquant ne pas être en mesure « d’évaluer moralement l’intégralité de sa trajectoire personnelle ou d’accéder à l’intime de ses convictions ». Attention, non pas à ce que vous faites, mais à ce que vous pensez, braves artistes !

La gangrène LFIste se cultive

Rien de très étonnant, quand on se rappelle que la chasse à l’impur idéologique ne date pas d’hier. En 2024, Julia Layani, militante engagée, était exclue d’un jury du festival de cinéma Chéries-Chéris, pourtant sous label LGBT, pour avoir mentionné les otages israéliens détenus à Gaza. « S’il y a des sionistes dans les équipes des films, ça serait bien de le savoir ! », lançait tranquillement une jurée. On lui interdit la scène, la parole et même le micro. Son témoignage aurait dû alerter, mais il n’a fait que confirmer la ligne : dans certains milieux, être juif, c’est déjà trop ; l’ouvrir sur Israël, c’est l’excommunication assurée.

En juin dernier, c’est à Amiens qu’un projet artistique a suscité la fureur des plasticiens militants. Motif : l’appel à candidatures concernait un bâtiment lié à la lutte contre l’immigration clandestine. Il n’en fallait pas davantage pour que le SNAPcgt s’étrangle et dénonce une « politique raciste et répressive ».

Et que dire de Donzy-le-National ? Petit festival rural autrefois centré sur l’écologie locale, Ciné Pause est devenu le laboratoire de la convergence des luttes et des appels au blocus. Cannes, lui, continue de briller, mais dans l’ombre des consignes : entre la sélection et le palmarès, tout doit désormais passer le tamis du politiquement correct.

À l’heure où les festivals ressemblent plus à des tribunes politiques que des scènes artistiques, gare à celui qui ne joue pas la même partition que les autres.

Vos commentaires

40 commentaires

  1. Naguère, la musique fédérait, rassemblait. Mais il y a le Tour aussi ( qui est instrumentalisé ). Quant à Yoa, qui la connait ? ( tout ça pour « avoir la carte » ).

  2. Comme disait Audiard, « les cons ça ose tout, c’est même à ça qu’on les reconnaît ». L’inculture de ces pseudo-artistes qui se prennent pour la crème intellectuelle ne savent même pas qu’un citoyen israélien à l’obligation de servir pendant presque 3 ans Tsahal, une israélienne c’est 2 ans.
    Pour le reste c’est toujours pareil, la police politique est bien en place et gare à ceux qui ne pensent pas  « bien »

  3. Je n’apprécie pas nécessairement ce chanteur, mais il a le droit d’exercer son métier. Quel est le dernier chanteur de gauche qui a été censuré ? Il faut les laisser brailler, c’est ce qu’ils font de mieux.

    • Nick Conrad qui invitait à pendre des bébés blancs n’avait même pas été condamné, ils vont dans une outrance inimaginable et ne risquent rien !
      Les chansons d’Amir ne sont qu’amour mais ça ne plait pas cherchez l’erreur

  4. Ces « artistes » dont tout le monde se fiche n’ ont trouvé que cet appel au boycott pour se faire remarquer.

  5. Yoa…état civil de Yoanna Bolzli , née d’un père suisse jurassien et d’une mère camerounaise .
    Son premier album s’intitule : » nulle » .
    Un titre prémonitoire

  6. Les dix »artistes » sont des illustres inconnus. L’occasion de faire parler d’eux. Honteux. Soutien total à Amir et à tous les juifs . Vive la démocratie

  7. Naïvement nous pensions en avoir fini bien pensance stalinienne avec la destruction du mur de Berlin et l’éclatement de la défunte URSS…grave erreur!
    Nous avons au contraire ouvert en grand la porte à la peste rouge, qui n’est pas moins redoutable que la peste noire. Attendons encore un peu que la contamination s’achève, et nous verrons bientôt des fonctionnaires refuser de fournir du service public aux mal pensants, des médecins refuser de les soigner, des flics de les secourir, des pompiers les laisser brûler ou crever sur la route, des commerçant refuser de leur vendre, des croque-morts de les enterrer, le tout au nom de leur sacro-saintes « convictions sociales, politiques et humanistes »….vous croyez que j’exagère…regardez quelques années en arrière, du « temps bénis du COVID », pas de resto, pas de ciné, rien pour les « nonvax »!
    Orwell fut le Cassandre de notre époque, inspirateur du crédit social à la chinoise qui nous guette.
    La tentation stalinienne est viscéralement attaché à l’idéologie de gauche, rien ne l’en arrachera jamais.

  8. Si Amir n’était pas solidaire du génocide de Netanyahou, on comprendrait, mais là il soutient précisément Tsahal.
    On comprend qu’il soit difficile de cautionner ce type d’engagement.
    Dommage car, sur le plan artistique, j’aime beaucoup ce chanteur.
    Pour autant, il y a heureusement de plus en plus de citoyens Israéliens qui dénoncent l’action gratuite et meurtrière de Netanyahou.

      • Et je dirai les trois , le problème est que ça « passe, » je me pose des questions quand à l’éthique des « censeurs » …..

    • Ces « artistes » dont tout le monde se fiche n’ ont trouvé que cet appel au boycott pour se faire remarquer.

    • De l’anti-sémitisme pur ?
      De plus, sans savoir si c’est le cas ici, on peut soutenir son armée pour être solidaire de ce que vivent les militaires et ne pas forcément adhérer à la politique d’un gouvernement.

    •  » il y a heureusement de plus en plus de citoyens Israéliens qui dénoncent l’action gratuite et meurtrière de Netanyahou. »
      = c’est vrai, mais pour savoir cela il faut lire la presse internationale ce que beaucoup de français ne font pas , Dommage!
      Ils sauraient qu’il y a des manifestations très très fréquentes

  9. Je ne connais aucun des signataires de cette cabale..meme pas de nom..par contre meme si je ne suis pas particulièrement fan de Amir,je le connais et le trouve souriant et sympathique….Amie a fait son service militaire obligatoire,comme tout jeune israelite( ça aurait fait beaucoup de bien a beaucoup de « jeunes »..en france y compris a beaucoup de nos politiques  » chefs de guerre »)..ça ne fait pas d’Amir un gouvernant d’israel..pourtant il aurait parfaitement le droit de condamner le 7 octobre 2023 et le hgamas
    Il se définit comme militant de la paix et reste discret..lui!

  10. « La cabale est lancée par dix artistes » parfaitement inconnus et dont l’absence ne sera absolument pas remarquée ! Mais l’essentiel est ailleurs évidemment car à lire la déclaration des organisateurs qui disent ne pas être en mesure « d’évaluer moralement l’intégralité de sa trajectoire personnelle ou d’accéder à l’intime de ses convictions » devrait tout autant nous inquiéter !

    • Bientôt les autocritiques, commissaires politiques, camps de rééducation si chers aux soviétiques, chinois, khmers rouges, coréens du nord ou cubains ….

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