[HISTOIRE] Richelieu ou Bayrou : la postérité a déjà choisi

440 ans après sa naissance, Richelieu prouve que certains héritages durent, à l’opposé de ceux de nos politiques actuels
@Wikimedia commons
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En ce 440e anniversaire de la naissance du cardinal de Richelieu, né le 9 septembre 1585, il est frappant de mesurer combien son empreinte dépasse son siècle. Le principal ministre de Louis XIII transforma l’État, protégea les arts et assura un héritage durable, encore perceptible aujourd’hui dans le paysage français. Parmi ce legs, peut-être le plus beau mais aussi le plus méconnu demeure la ville de Richelieu, avec son château monumental qui, bien que disparu, continue d’entretenir le souvenir du cardinal.

Parce qu'il a puissamment servi la France, Richelieu laisse une trace lumineuse.

Parce qu'il a lourdement desservi la France, Bayrou ne laissera pas les traces qu'il rêvait de déposer dans l'Histoire. Une leçon de patriotisme a posteriori.

Le ministre et le mécène

Richelieu reste d’abord l’homme d’État qui affermit la monarchie française, réduisit le pouvoir des grands du royaume et affronta la puissance des Habsbourg en Europe, des hauts faits qui font de lui l’un des grands artisans de la construction de l’absolutisme monarchique. Il fut ainsi véritablement celui qui posa les bases solides sur lesquelles Louis XIV put bâtir son règne glorieux.

Armand Jean du Plessis fut aussi un grand collectionneur et un protecteur des arts : son goût, ses acquisitions et ses commandes contribuèrent à faire de son époque un âge d’or artistique, en particulier avec l’aide d’artistes comme Philippe de Champaigne, qui le peignit à maintes reprises. Cependant, son œuvre culturelle ne se limita pas aux peintures et aux sculptures. Ainsi, en 1635, il fonda également l’Académie française, destinée à fixer la langue française, à en garantir la clarté et à en assurer la diffusion. Cette institution, toujours vivante près de quatre siècles plus tard, illustre la volonté du cardinal d’assurer le rayonnement intellectuel de la France même après sa disparition.

La cité idéale

Autre legs du cardinal à la France : une ville, Richelieu. La fondation de cette dernière fut rendue possible par des lettres patentes de Louis XIII en 1631. Le roi autorisait ainsi la création d’« un bourg clos de murailles et de fossés et la construction d’une halle ».

Porte de Richelieu @Eric de Mascureau

L’architecte Jacques Lemercier reçut alors la mission du cardinal de concevoir la cité. Il imagina ainsi un plan régulier, clos de murailles, percé de portes monumentales, articulé autour de deux grandes places et d’une grande église baroque, le tout bordé d’alignements d’hôtels particuliers. Pour édifier cette nouvelle cité, décrite par le fabuliste Jean de La Fontaine comme « le plus beau village de l'Univers », près de 2.000 ouvriers furent mobilisés sur un chantier inachevé à la mort du cardinal, en 1642.

Église Notre Dame de Richelieu @Eric de Mascureau

Encore aujourd’hui, la ville, remarquablement conservée, constitue un cas d’étude unique de l’urbanisme baroque en France. Elle continue aussi d’attirer les curieux et les passionnés d’art qui viennent parfois s’installer sur une place ou le long d’une rue pour croquer ses façades élégantes. Des artistes rencontrés par Boulevard Voltaire affirment que « Richelieu attire encore par la beauté et la particularité de son architecture ».

Le château disparu

Armand Jean du Plessis, animé par une forte ambition, décida également d’édifier, à coté de sa nouvelle cité, une demeure à la mesure de son pouvoir et de sa gloire. Toujours sous la surveillance de Jacques Lemercier, le château de Richelieu allait illustrer parfaitement l’ambition du cardinal avec sa vaste cour d’honneur, ses pavillons, son immense parc et ses riches collections qui rivalisaient avec les plus belles demeures royales. Sa composition architecturale annonçait déjà celle du futur château de Versailles, et il est probable que Louis XIV s’en inspira lors de ses séjours dans le domaine.

Pavillon du manège, dernier vestige encore debout du château de Richelieu @Eric de Mascureau

Cependant, la Révolution contraignit les héritiers de Richelieu à quitter leur demeure pour l’exil. À leur retour en France, ils retrouvèrent un domaine en ruine, qui fut vendu en 1805 à un marchand de biens. Celui-ci entreprit alors de le démanteler et de le revendre pierre par pierre. Aujourd’hui, seules subsistent les douves et les fondations du château, silencieux témoins de son ancienne splendeur. Malgré sa disparition matérielle, le château continue d’exister à travers des gravures, des maquettes, des témoignages et, désormais, des reconstitutions numériques en 3D réalisées par des historiens et chercheurs.

Le dernier héritier direct, Armand Chapelle de Jumilhac de Richelieu, dont la famille avait réussi à récupérer le domaine, mourut sans descendance et légua son bien, en 1930, à l’université de Paris, qui en reste encore propriétaire et gestionnaire.

Richelieu oublié ?

Néanmoins, l’état actuel du domaine de Richelieu suscite aujourd’hui une réelle inquiétude. Les rares visiteurs du parc que nous avons rencontrés se désolent de voir un site si peu mis en valeur, donnant l'impression qu'il est laissé à l’abandon. En parcourant les lieux, il est difficile de ne pas remarquer les douves et les bassins envahis d’algues, les allées recouvertes d’herbes folles, les murets de pierre qui s'écroulent et, surtout, l’absence d’une véritable médiation permettant d’évoquer et de comprendre ce château disparu.

Douves du château de Richelieu @Eric de Mascureau

La ville souffre également de cette situation et reconnaît son impuissance, rappelant toutefois que la responsabilité du site relève non pas d’elle-même mais de la chancellerie des universités de Paris, dont les priorités semblent ailleurs. Pour pallier ce manque, la commune s’efforce tant bien que mal de transmettre son histoire et de faire vivre la mémoire du cardinal à travers ses rues, ses musées et ses propres initiatives culturelles. Néanmoins, le personnage d’Armand Jean du Plessis demeure encore méconnu, aussi bien des habitants eux-mêmes que des touristes de passage.

Les témoignages recueillis par Boulevard Voltaire illustrent cette méconnaissance. Un Australien nous confiait ainsi qu'« à l’extérieur de la France, Richelieu n’est rien, mais il fait partie de cette période prérévolutionnaire, si belle, qui a contribué à faire de la France une grande nation ». Du côté des visiteurs français, beaucoup ne gardent de leurs cours d’histoire qu’un souvenir lointain. Certains savent reconnaître en lui une figure majeure, sans toutefois réussir à le situer clairement dans le temps ni à distinguer l’homme politique de sa légende noire inventée par Alexandre Dumas dans Les Trois Mousquetaires.

Au fil des rencontres dans le domaine et la ville, Richelieu apparaît tantôt comme un homme d’État visionnaire, tantôt comme un intrigant corrompu. Certains vont même jusqu’à le comparer aux responsables politiques actuels, y compris à François Bayrou. D’autres, plus admiratifs, s’empressent de défendre son héritage, rappelant que « l’œuvre de Richelieu restera dans l’Histoire et la mémoire des Français, tandis que Bayrou finira oublié ».

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Eric de Mascureau
Chroniqueur à BV, licence d'histoire-patrimoine, master d'histoire de l'art

Vos commentaires

20 commentaires

  1. C’est tout à fait par hasard que j’ai découvert la ville de Richelieu, lors d’une trrèès chaude journée de l’été dernier, alors que nous étions en quête d’un endroit où se restaurer. Bien que travaillant dans le tourisme, jamais, au grand jamais, je n’avais entendu parler de cette ville et de son château disparu. Ce fut une belle découverte. Impossible de ne pas faire la corrélation entre la ville et le cardinal, puisqu’une grande statue le représente devant une des portes. Je n’ai jamais douté du fait que Richelieu fut un grand homme d’Etat (bien qu’ayant dévoré Les Trois Mousquetaires à l’âge de 13 ans) mais à la vue de ce domaine, j’ai pensé qu’il avait quand même dû puiser dans la caisse !

  2. « Richelieu reste d’abord l’homme d’État qui réduisit le pouvoir des grands du royaume » au prix du démantellement, pierre par pierre, de la quasi-totalité de leurs forteresses médiévales. Il suffit de se promener en Espagne, où elles ont été conservées dans leur splendeur, pour juger de la différence.

  3. @ Eric de Mascureau
    Le 2° RIMa., d’Auvours dans la Sarthe, a pour parrain Richelieu qui a créé ce régiment d’élite. J’ai le souvenir, lors d’une visite à Richelieu d’avoir vu une plaque hommage de ce régiment à son illustre parrain. Cdlt.

  4. Bel panégyrique d’un homme, Armand Jean du Plessis de Richelieu. Pair de France , Richelieu fut un serviteur de la Royauté de France et de Navarre. Fermeté intransigeante, mettant en avant la Raison d’Etat… Tout le contraire des errements du Béarnais et du Président élu E. Macron.

  5. Comment comparer Richelieu et Bayrou ? Un abîme les sépare. L’un s’est dévoué à Louis XIII et à la France. L’autre n’est préoccupé que de sa carrière, il a été 9 mois ministre il a donc droit à sa retraite de premier ministre, c’est son seul succès.

  6. Richelieu est une très belle ville qui mérite d’être visitée. On dit que Richelieu força les nobles à acheter les hôtels qu’il avait fait construire.

    • D’ailleurs, les Anglais ne s’y sont pas trompés dans cette ville en bas de la Touraine, où ils sont bien nombreux…

  7. Voici une comparaison entre ces deux hommes bien insensée et mesquine à l’endroit de Bayrou…
    Décidément, BV semble avoir perdu de hauteur de vue depuis la dégradation du climat politique.
    L’auteur de cet article aurait-il été ébloui par le goût du pouvoir absolu, la répression impitoyable, l’inflexibilité et le cynisme politique de Richelieu au point d’en avoir été aveuglé et étourdi ?

  8. Le dernier grand homme fut de Gaulle, et depuis nous assistons à la déliquescence de notre pays jusqu’à sa mise à mort par notre fossoyeur actuel

    • Il parait que Charles de Gaulle mesurait 1.97m. Un jour quelqu’un qui faisait deux centimètres de plus que lui, lui aurait dit pour le taquiner, « mon général je suis plus grand que vous ». Ce à quoi de Gaulle répondit du tac au tac,  » Pas plus grand ! Plus long ! »…
      Evidemment si on attend de l’esprit de la part de Foutriquet, on risque d’attendre longtemps.

  9. C’est faire injure à l’histoire que de comparer Richelieu au Palois. Il a beau tirer de ses manchettes Henri IV, Mendes ou de Gaulle, il a montré le courage d’une poule au pot durant sa courte mandature. Pour revenir à Richelieu, c’est lui qui adouba Mazarin. On sait peu ( récentes recherches) que sa fortune personnelle dépassait celle de Mazarin. Grand politique, certes, mais insupportable lettré quand il se mettait en tête de « rewriter » Le Cid devant Corneille, qui n’en pensait pas moins.

  10. Probablement un de nos plus grands hommes d’état et peut-être le premier serviteur « moderne » de la France qui était encore une monarchie. Un personnage en effet trop peu connu et qui souffre d’une mauvaise image inspirée par l’œuvre de Dumas. C’est de telles personnalités dont la France aurait besoin aujourd’hui.

  11. D’un dévouement extrême, il a pratiquement consacré sa vie au service de l’Etat, se dépensant sans compter. Il vouait en outre à Louis XIII une dévotion de chien fidèle. Un serviteur de l’Etat modèle.

    • Vous faites bien de nous rappeler le monarque qu’il servait à l’époque , peu de gens se rappellent des hauts faits de Louis XIII mais plus sûrement du cardinal de Richelieu .
      Comme le précise monsieur de Mascureau , il prépara l’avènement de Louis XIV .
      Je ne connais pas trop l’histoire dans son ensemble sinon des bribes , mais je sais que Richelieu fait partie des personnages qui ont participé durablement au prestige de la France ,tout comme Colbert et Vauban .
      Quand on pense que le domaine du Cardinal fut acheté par un marchand de bien ,donc un gros bourgeois qui l’a détruit et revendu pour le prix de la pierre .
      Voilà ce que donna ,entre autre, cette révolution , tant encensée par l’intrigant contemporain Mélenchon qui compte sur le vote du sous prolétariat pour mieux servir les bobos .
      Il fallait un Richelieu pour encadrer l’immature Macron et nous eûmes Bayrou ..;

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