Historique ! La République tchèque interdit la promotion du communisme

Selon les observateurs, la sévérité de la loi dépendra de l’interprétation qu’en feront les tribunaux.
Monument dédié aux victimes du communisme, à Prague. (Daniel Wabyick from San Francisco — Flickr.com, CC BY 2.0, https://commons.wikimedia.org/)
Monument dédié aux victimes du communisme, à Prague. (Daniel Wabyick from San Francisco — Flickr.com, CC BY 2.0, https://commons.wikimedia.org/)

Petr Pavel, président de la République tchèque, vient de promulguer une loi qui met le communisme sur le même plan que le nazisme et en interdit la promotion. Elle entrera en vigueur le 1er janvier 2026. Difficile de dire ce qu’il adviendra du Parti communiste de Bohême et Moravie (KSČM, avatar de l’ancien Parti communiste tchécoslovaque), qui présente des candidats aux législatives d’octobre prochain.

Préparé par des députés et des historiens, le nouveau texte prévoit jusqu’à cinq ans de prison pour toute personne qui « crée, soutient ou promeut des mouvements nazis, communistes ou autres qui visent manifestement à supprimer les droits de l’Homme et les libertés ou à inciter à la haine raciale, ethnique, nationale, religieuse ou fondée sur la classe sociale » (cité par Radio Prague). Jusqu’à maintenant, le texte parlait de « mouvements », sans plus de précision, et il allait de soi que cela concernait le nazisme. Cela va mieux en le disant, et en y joignant le communisme. « C'est une clarification », explique le député Martin Dlouhý (conservateur et libéral de centre droit).

Des plaies non cicatrisées

La tutelle dictatoriale de l’URSS sur les pays satellites tels que la Tchécoslovaquie est de l’Histoire déjà ancienne, pour nous Occidentaux, et d’autant plus « oubliée » que nos intellectuels (professeurs, journalistes…) ont été des compagnons de route de cette tutelle. Ils ont minimisé, caché la répression. Il en va tout autrement dans les pays de l’Est, où les plaies ne sont pas cicatrisées. À Prague - ville dont « le Printemps » fut réprimé dans le sang par l’URSS en 1968 -, le monument dédié aux victimes du communisme (1948-1989) aligne ses chiffres macabres : « 205.486 condamnés – 248 exécutés – 4.500 morts en prison – 327 morts à la frontière – 170.938 citoyens expulsés ».

Petr Havel a d’ailleurs promulgué, parallèlement, une loi relative à l’indemnisation de ces personnes « expulsées de la République socialiste tchécoslovaque par la Sûreté de l’État », et une autre indemnisant les personnes qui ont été surveillées « pour motifs politiques ». Elles furent les nombreuses victimes de l’opération Asanace (Assainissement, [sic]), menée par la police politique dans les années 1970 et 1980 et basée sur le chantage, la coercition psychologique et physique. De son côté, la Confédération des prisonniers politiques œuvre encore aujourd’hui à identifier des charniers, leurs victimes, et à donner à celles-ci une sépulture digne.

Pavel, un ancien communiste

Élu en 2023 sous étiquette indépendante, soutenu par les démocrates-chrétiens et le centre droit, Petr Pavel poursuit son rachat avec cette loi. Car lui-même a adhéré au Parti communiste au début des années 1980, et l’a quitté lors de la révolution de velours en 1989. « Je suis né dans une famille où l'appartenance au Parti était considérée comme normale, a-t-il expliqué, il y a quelques années. Je n'avais pas suffisamment d'informations et d'expérience pour évaluer la nature criminelle du régime. Maintenant, je sais que c'était une erreur. »

À quelques mois des législatives, le Parti communiste est évidemment furieux. Il y voit une tentative de « réduire au silence les opposants au système en restreignant les droits et libertés constitutionnels » et « rejette fermement cet amendement et le considère comme intentionnel et discriminatoire ». Cela ferait sourire si, en matière de restriction des libertés, le communisme, lorsqu'il est au pouvoir, n’était aussi continûment sanglant. Lors des législatives de 2021, la démocratie a été sévère, pour le KSČM : n'obtenant que 3,60 % des suffrages, il a perdu ses 15 députés.

Le Nüremberg du communisme n’a pas eu lieu

Selon les observateurs, la sévérité de la loi dépendra de l’interprétation qu’en feront les tribunaux. Les juges condamneront-ils l’éloge du stalinisme ? Ou séviront-ils dès que seront arborés l’étoile rouge, la faucille et le marteau sur un tee-shirt ? Le mot « communisme » lui-même sera-t-il répréhensible ? En tout cas, cette loi ne remplacera pas le Nüremberg du communisme qui n’a pas eu lieu, mais c’est, à défaut de justice, un début de rééquilibrage entre les deux grandes idéologies macabres du XXe siècle. La moindre des choses...

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Samuel Martin
Journaliste

Vos commentaires

49 commentaires

  1. Ca ne me semble pas être incongru ; le communisme est l’une des 3 grandes dictatures d’extrême gauche du début 20° siècle, avec le fascisme et le nazisme. Ce sont elles qui ont ensanglanté la planète ; le communisme ayant été la plus sanglante. C’est aussi le communisme qui représente la pire dictature actuelle, le pire régime totalitaire au monde – je parle bien sûr de l’épouvantable communisme de la Corée du nord, soutenu par son aîné la Chine.
    Quelle honte qu’il y ait encore un parti communiste en France !

  2. Cà, c’est une bonne chose. Je pense qu’ils ont assez donné avec le communisme et les millions de morts à travers l’europe. Pour assainir encore un peu, il faut qu’ils suppriment l’islamisme.

  3. Bonjour Leo,
    Pour connaitre le momument de Prague, c’est le contraire, c’est en montant les escaliers. L’auteur a voulu exprimer le + en Plus + de cette barbarie et non pas la descente.
    Je passe 40% de l’année au nord de Linz à la frontièreTchéque et séjourne plusieurs fois/an à Prague/ Bratislava et surtout Budapest, pour prendre les eaux et soigner mes vieilles douleurs à moindre coût qu’en france et avec plus d’efficacité…
    Je maitrise qques notions de tchequo/slovaque et de Magyarh ( hongrois) et invite fortement les « voyageurs », je n’aime pas les touristes… À en faire de mème, notamment en Hongrie, car les Hongrois, assez renfermés, s’ouvre comme des huitres sous une bonne lame avec qques mots dans leurs langues, c’est surpenant !
    Petite précision, en République tchèque, payez, essentiellement par carte, en Couronnes et jamais en €, le taux de change de vos banques et bien meilleur que celui des TPE… Retirez des espéces uniquement en DAB de banque.
    L’allemand est compris et parlé ( très bien) le long des frontières communes all/autriche en Tchéquie, assez bien à Prague, ne pas parler allemand en Slovaquie, ni Hongrie et Jamais, Jamais le russe ou l’ukrainien.
    En Tchéquie, plus de 30% des civils disposent d’un port d’armes, donc ne soyez pas parano si vous voyez un civil armé, ce n’est ni la police politique, ni la mafia… C’est un peu différent en Slovaquie et Hongrie.
    Voyagez en visiteur, pas en touriste… C’est une excellente initiative du président tchèque, le soleil se lève à l’est…
    Merci de votre commentaire, revenez en tchéquie, slovaquie, Hongrie vous y serez Toujours bien accueilli !
    Prague a , un peu changé, en terme de securité, mais tres peu..
    Si vous visitez Vienne, allez à Bratislava, c’est à coté !
    Le centre-ville est entièrement piéton, mais extrêmement securisé, RIEN à voir avec Brussels ou poubelleparis, il y a une police, armée et pas aimable avec les loubards, 24/24/ et 7/7, attention entre 01/02h00 et 05h00, qques loubards trainent et la police est en service de nuit sur d’autres interventions.
    Merci de votre commentaire, ce sont des villes à découvrir, il fait tres chaud+de30° de juin à fin aout+ orages..

    • Bonjour Le hussard.

      Vous avez raison, mon souvenir m’a trahi; c’est bien en montant.

      J’ai également adoré Vienne. Je souhaitais aller à Bratislava par le clipper du Danube mais les horaires ne s’accordaient pas à mes impératifs, au retour, pour redécoller de Vienne.

      Résultat, train slovaque pour 50 minutes de trajet. Préférer la gare Hlavna Stanica à l’autre. La vieille ville de Bratislava est splendide

  4. TCHEQUIE COMMUNISME

    Il y a quelques décennies pour entrer aux Etats-Unis il fallait certifier par écrit (documents d’entrée) que l’on n’était pas communiste. Cela a-t-il encore cours ?

    • Il me semble que Jacques Chirac pendant sa jeunesse avait eu ce genre de difficulté pour faire une promenade aux E.U.

  5. La dictature qui se met en place en France, moins violemment qu’en urss, mais insidieusement, compte déjà des victimes. On commence à mourir en maqueroni. Et on se fait mettre en garde à vue facilement.

    • @Ripalou

      Bien vu! Les dictatures brutales ont l’avantage d’être pratiquées au grand jour et tout le monde s’en rend compte.

  6. Au collège comme au lycée, le communisme n’est jamais abordé comme une idéologie totalitaire néfaste et dangereuse bien qu’elle ait commis plus de morts dans le monde que le nazisme.

  7. Si on interdisait la promotion du communisme en France, il faudrait fermer ses filiales : LFI, PS, macronisme, Bayroutisme. Et un satellite, le LR.

  8. Le nazisme, le communisme et le fascisme étaient tous des mouvements socialistes. Hitler, Lénine & Staline , Mussolini s’en revendiquaient explicitement comme tels rt comme les plus « purs ».

  9. J’ai visité Prague. Un séjour de 2 semaines, il y a 10 ans. Ville magnifique.

    Le monument aux victimes du communisme, présenté en illustration est frappant; en n’en voit qu’une partie.
    Plus flagrant de jour; les statues descendent l’escalier en se délitant au fur et à mesure.

    Symbolique.

    Prague a plusieurs musées et monuments relatant cette époque qu’elle subit douloureusement. J’y aperçus une publicité pour le musée du communisme dont l’affichette représentait une matriochka avec des dents de vampire.
    On ne peut plus clair.

    Alors, après 45 ans de communisme et une insurrection écrasée dans le sang, ils ne sont guère enclins à subir d’autres intrusions.

    Constat identique sur la quiétude de ces villes de l’Est, à Bratislava et Budapest. C’est très agréable.

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