Le Luxembourg a un nouveau grand-duc, héritier d’une Histoire millénaire

Le grand-duc Guillaume a prêté serment ce 3 octobre 2025, succédant à son père Henri après 25 ans de règne.
Photo by NICOLAS TUCAT / AFP
Photo by NICOLAS TUCAT / AFP

Le vendredi 3 octobre 2025 demeurera dans les mémoires luxembourgeoises comme un moment de transition solennelle. En effet, après avoir régné pendant un quart de siècle, Henri, grand-duc de Luxembourg, a officiellement abdiqué et transmis le pouvoir à son fils aîné, le prince Guillaume. Cette transmission, soigneusement orchestrée et lourde de symboles, est ainsi célébrée dans ce petit pays de moins de 700.000 habitants et demeure une occasion pour le nouveau grand-duc, incarnant une continuité dynastique, de rencontrer son peuple, d’échanger avec lui et de donner sens à cet événement.

L’avènement d'un nouveau souverain

Ce 3 octobre matin, l’ambiance était empreinte de gravité et d’émotion, dans les rues de Luxembourg-ville. Sur la place Guillaume II, un grand écran retransmettait les cérémonies du palais, invitant la foule à suivre chaque instant. Vers 10 heures, sous les voûtes du palais grand-ducal et dans une émotion palpable, S.A.R. le grand-duc Henri a signé l’acte officiel d’abdication en présence des plus hautes autorités du pays, notamment le Premier ministre Luc Frieden. Au même moment, à l’extérieur, le drapeau portant le monogramme du grand-duc Henri fut baissé lentement dans un silence respectueux, marquant symboliquement la fin du règne. Peu après, vers 11 heures, le prince Guillaume a prêté serment devant la Chambre des députés, selon les prescriptions de la Constitution. Un hissage du nouveau drapeau, arborant le monogramme de nouveau grand-duc, accompagnait ce moment.

À l’issue de ces cérémonies, la famille grand-ducale fit une apparition majestueuse sur le balcon du Palais, offrant à la foule un moment d’émotion partagée. Le nouveau couple grand-ducal, entouré de Guillaume et des princes Charles et François, salua le peuple dans une communion visible entre le monarque et ses sujets. Ils firent de même après à l’hôtel de ville de Luxembourg. Enfin, la journée s’acheva par un dîner de gala au Palais grand-ducal, en présence de chefs d’État (dont Emmanuel Macron !), du roi et de la reine des Belges, du roi et de la reine des Pays-Bas.

Le 4 octobre, les festivités se prolongèrent avec la tournée du nouveau souverain et de son épouse, la grande-duchesse Stéphanie, dans plusieurs communes du pays où les souverains ont rencontré diverses associations, des acteurs culturels et des bénévoles. L’enjeu était clair : établir dès le premier jour un lien fort entre le grand-duc et son peuple, montrer une souveraineté incarnée et humaine.

Les célébrations s’achèveront enfin dimanche par un Te Deum solennel, présidé en la cathédrale Notre-Dame de Luxembourg par le cardinal Jean-Claude Hollerich, un moment de prière et de recueillement qui rappellera le lien ancien et profond unissant la dynastie grand-ducale à la foi catholique ; un fait que le pape Léon XIV a souhaité souligner en félicitant le nouveau souverain : « Puisse Son Altesse Royale contribuer à son tour à promouvoir une vie fondée sur le respect des valeurs chrétiennes qui ont forgé l'identité du Luxembourg et favoriser ainsi la recherche inlassable du bien commun. »

Une grande Histoire

Le nouveau grand-duc Guillaume, en accédant au pouvoir, est également l’héritier d’une Histoire millénaire. En effet, le Luxembourg fut d’abord un modeste comté fondé au Xe siècle avant de devenir un duché en 1354. Ce territoire, au carrefour de l’Europe, fut alors sans cesse tiraillé entre les grandes puissances voisines. Sous l’autorité du Saint Empire romain germanique, il passa tour à tour sous l’influence des Habsbourg d’Espagne puis d’Autriche.

À l’époque moderne, le congrès de Vienne en 1815 fit du Luxembourg un grand-duché, placé sous la couronne des rois des Pays-Bas. Il fallut alors attendre 1890 pour que le Luxembourg suive une voie pleinement autonome. En effet, à la mort du roi Guillaume III des Pays-Bas, dont l’héritière ne pouvait prétendre au trône luxembourgeois en vertu des lois de succession exclusivement masculines, la couronne ducale passa à son cousin Adolphe de Nassau.

Parmi les souverains marquants de cette maison, la grande-duchesse Charlotte, qui régna de 1919 à 1964, demeure une figure d’exception. Son rôle pendant la Seconde Guerre mondiale, lorsqu’elle prit la tête de l’exil et incarna la résistance morale de son peuple, fit d’elle une icône nationale. Elle abdiqua ensuite en faveur de son fils Jean, lequel abdiqua à son tour en 2000, cédant la couronne à son fils Henri. Ces abdications successives témoignent d’une tradition de transitions pacifiées, un choix volontaire et réfléchi d’assurer la continuité dynastique dans la sérénité.

Henri, né en 1955, avait été préparé de longue date à ses fonctions. Dès 1998, il fut nommé lieutenant-représentant de son père, assumant progressivement les responsabilités souveraines avant de monter sur le trône en 2000. Durant ses 25 années de règne, il exerça un rôle essentiellement représentatif, car le grand-duc, en vertu de la Constitution, ne gouverne pas : il signe les lois, nomme le gouvernement, incarne l’unité nationale et représente le pays à l’étranger. Ce qui n’empêcha pas le Premier ministre Luc Frieden de déclarer : « Vous avez profondément marqué le Luxembourg. L’Histoire de notre pays ne saurait s’écrire, désormais, sans un chapitre sur Votre règne. »

En 2024, lors de son traditionnel discours de Noël, le grand-duc Henri annonçait publiquement sa volonté d’abdiquer et désignait alors son fils Guillaume comme successeur. Il exprimait son projet, dans des mots empreints de dignité et de gratitude, et dans un souhait de transmettre sa charge à une nouvelle génération. Ce geste, loin d’être une retraite contrainte, illustre la vision moderne d’une monarchie lucide qui sait conjuguer respect de la tradition et la raison d’État.

Les Bourbons règnent sur le Luxembourg

Soulignons que le grand-duc Guillaume, de par son ascendance paternelle directe, appartient à la maison de Bourbon-Parme. En effet, son arrière-grand-mère, la grande-duchesse de Luxembourg Charlotte (1896-1985), dernière Nassau, avait épousé le prince Félix de Bourbon-Parme (1893-1970), fils de Robert (1848-1907), dernier prince régnant de Parme. Ainsi, les Bourbons règnent sur le Luxembourg, sans que grand-monde le sache, depuis 1964, date à laquelle le grand-duc Jean (1921-2019), fils de la grande-duchesse Charlotte et père du grand-duc Henri qui vient d'abdiquer. C'est un peu de France qui règne sur le Luxembourg...

De gauche à droite, la grande-duchesse Maria Teresa, le grand-duc Henri, le grand-duc Guillaume, la grande-duchesse Stéphanie (Capture d'écran YT Royal TV)

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Eric de Mascureau
Chroniqueur à BV, licence d'histoire-patrimoine, master d'histoire de l'art

Vos commentaires

38 commentaires

  1. Le macron. Que faisait-il là-bas, n’en rate pas une
    Texte intéressant, mais pas un mot de la Belgique, « les frontières du nord » pour la météo, pas un mot sur la Bourgogne ducale, pas un mot sur l’éloignement de la France dans ce pays qui n’a plus le français comme langue mais le luxembourgeois, pas un mot sur l’origine belge de la nouvelle Grande Duchesse, pas un mot sur la Prusse et sa garnison militaire au XIVèmes iècle, pas un mot sur la partition des années 1840 qui a scindé le pays en 2/3 Belgique wallonne et 1/3 Luxembourg germanophone, pas un mot sur l’union monétaire belgo-luxembourgeoise, pas un mot sur l’embryon d’UE avec le « BeNeLux », ca fait un peu beaucoup. Macron va en profiter pour se faire un nouveau voyage officiel dans ce pays, là on peut être certains.

  2. Au Luwedmbourg on parle deux langues, le français et le lusembourgeois. Le luxembourgeais, le platt, était la langue de Clovis et de Charlemagne.

    • En fait Il y a trois langues officielles. Le Français, le Luxembourgeois (un dérivé de l’Allemand) et l’Allemand.

  3. La monarchie, quelque soit le nom que l’on lui donne, présente deux avantages sur le système présidentiel:
    1) Cela évite aux citoyens le pitoyable bal des clowns tristes et opportunistes à intervalles réguliers (5 ans en ce qui concerne les Français).
    2) Cela incarne la nation, donc la continuité.

    A bon entendeur…

    • Le Luxembourg, comme toutes les monarchies Européennes sont des monarchies constitutionnelles. Autrement dit, le souverain règne, mais ne gouverne pas. C’est le premier ministre qui a eu la majorité aux législatives qui gouverne.

  4. Inutiles, dixit Reney … Grande question existentielle. Qui est utile ? Et à qui ? En tout cas, moi je me sens tout à fait inutile, inutile à tous, inutile pour tous, même pour moi.

  5. Va-t-on entendre des pleurnicheries comme avec Bardella ou Musk, quand on voit les saluts sur la photo ?
    L’essentiel, c’est que macron pourra dire: « j’y étais » ! Pendant ce temps le pays coule !

  6. En 1972 j’ai effectué mon service militaire dans une caserne située sur la Luxemburger strasse à Trier , Trêve en français et j’allais le week-end souvent à Luxembourg , très jolie ville et pays étonnant où on parle allemand à l’Est et français dans la capitale.

  7. Le fond éditorial de Boulevard Voltaire serait-il tenté par le royalisme ? Le Luxembourg n’est qu’une sorte de département français transformé en paradis fiscal. Combien de fraudeurs fiscaux n’y ont que des boîtes aux lettres ? Et il faudrait honorer cela ?

    • Bien au contraire ! Cette famille constitue une « vitrine publicitaire » de la stabilité économique du pays. Pays dans lequel le monde entier investit. Savez-vous que le PIB par habitant des Luxembourgeois est les plus élevé au monde !!!! Avant même les pétro-monarchies du Golfe !!!
      Mais chez nous on ne parle que de taxe Suckman et on ne cesse de s’appauvrir !

      • @ravi au lit : Moïen ! Tout à fait, le pays est stable contrairement à nos présidents nuisibles qui ont déconstruit la France et à la fin de la sidérurgie, ce petit pays a su rebondir économiquement et il y fait bon vivre, mon mari est franco-luxembourgeois (lol)

      • … et savez-vous combien de tricheries et d’escroqueries pour atteindre cette prospérité ? Bien mieux que l’Irlande!

      • Garant..Si mon pays a France était prospère je me moquerais bien des tricheries et magouilles..mais il est en
        ruines malgré bien des magouilles,traîtrise et autres tricheries…

      • Merci Ravi au Lit pour ce commentaire qui remet l’église au milieu du village. Je suis toujours très étonné par la façon dont les gens parlent du Luxembourg sans rien en savoir, sinon les contre-vérités distillées depuis des années par la bien-pensance journalistique.
        Cet article montre que Monsieur de Mascureau sait de quoi il parle (contrairement au « torchon » bâclé du Figaro d’hier dont on se rendait compte dès la troisième ligne qu’on était à mille lieues de la réalité).
        En quinze ans, le Luxembourg a su modifier ses anciens réflexes, le secret fiscal appartient à la préhistoire, et nonobstant ce qu’écrit Reney, la famille grand-ducale travaille beaucoup et est très utile à la promotion du pays (qu’on le veuille ou pas, une tête couronnée, cela permet d’ouvrir beaucoup de portes un peu partout dans le monde).
        La seule erreur, à mon humble avis, avoir séparé l’Église de l’État, mais contrairement à la France où c’est plutôt la gauche qui « bouffe » du curé, au Luxembourg, c’est plutôt la droite (le DP – Demokratische Partei).

      • oui, d’accord avec simonpharlipane
        des amis y vivent depuis plus de 20 ans, leurs parents sont en vendée
        ils y sont très heureux et les écoles des enfants sont au « top »
        pour ce qui est du « paradis fiscal », il y a bien longtemps que ce n’est plus vrai du tout puisqu’une convention fiscale est en vigueur depuyis des années et le secret bancaire n’existe plus

    • Et Hidalgo qui copinerait avec Unibail Rodamco sans que cela émeuve le fameux (fumeux) parquet (ciré) national Financier ? Voir la tour Triangle, Paris Expo, le Forum de Halles… à côté ses histoires de fringues c’est de la gnognotte.
      Voir le maire de Reims, parti d’Edouard Philippe, qui détruit un pont pour des millions d’euros pour lutter contre la bagnole. Idem à Rennes destruction d’un parking pour 40 millions d’euros !!! Politique escrolo anti bagnole !
      Alors entre les 20 millions de la famille grand ducale et l’incompétence crasse, l’idéologie et la corruption des « Zélites » et des « Zélus » Français, faites votre choix !!!

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