Lecornu veut « un grand acte de décentralisation » : enfumage ou calcul financier ?

Ce serait là sa « rupture » : mais est-ce réaliste, vu le champ de ruines politique et financier laissé par Macron ?
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Après une première sortie et l'annonce de la création de « France Santé » pour répondre aux difficultés d'accès aux soins, Sébastien Lecornu en a dit davantage sur son projet dans une interview à la presse quotidienne régionale. Outre l'annonce symbolique de l'abandon de la suppression des deux jours fériés, qui avait solidifié les colères contre Bayrou, le nouveau Premier ministre risque de faire monter le scepticisme d'un cran en proposant « un grand acte de décentralisation ».

La décentralisation comme priorité dans le marasme politico-financier actuel ?

« Je souhaite présenter un grand acte de décentralisation, de clarification et de liberté locale au Parlement. [...] Il faut que l’on définisse ce qu’on attend de l’État, au moment où les attentes seront de plus en plus fortes, notamment sur le régalien », a ainsi déclaré le nouveau Premier ministre. Tout cela est très beau, mais l'histoire de la décentralisation montre qu'elle ne peut s'effectuer que par un gouvernement et une majorité solides, comme ce fut le cas sous de Gaulle, en 1992 avec les lois Defferre ou encore en 2003 avec loi constitutionnelle et loi organique sous le gouvernement Raffarin. Ces choses-là se font en général avec des majorités absolues et au début d'un nouveau mandat présidentiel (1982, 2003). Autre condition : ces lois nécessitaient d'importants transferts financiers. Lecornu ne dispose d'aucun de ces leviers indispensables à un nouvel acte décentralisateur. On voit mal comment il pourrait porter des lois de décentralisation sans majorité, sans l'assurance du soutien des élus locaux, déjà ulcérés par les baisses de dotation, et à quelques mois d'élections municipales et peut-être de législatives anticipées... Ou il rêve. Ou il nous enfume. Ou il a un autre calcul.

Pour réduire les dépenses ?

Réduire les dépenses de l'État, bien sûr ! « Le mille-feuille administratif a parfois conduit à une dilution des responsabilités et à des surcoûts. [...] Les administrations doivent être sous l’autorité directe soit des ministres, soit des préfets, soit d’un élu local. Faisons simple », précise Sébastien Lecornu, qui pense qu’à « la sortie du Grand Débat, on aurait dû renverser la table en disant que le moment était venu de repenser l’organisation de l’État ». On en revient au même point : comment le macronisme étriqué et moribond de 2025 parviendrait-il à réaliser ce qu'il n'a pas fait à ses débuts flamboyants ? Si sa décentralisation revient à fusionner ou supprimer des doublons, des agences, tout le monde est pour ! Et le mieux serait de sortir la tronçonneuse, pas une énième consultation, puisqu'il prévoit de consulter « tout le monde, citoyens compris » (c'est gentil de penser à consulter les citoyens !), sans expliquer comment...

Se défausser sur les collectivités ?

Mais, à la tête d'un État en quasi-faillite, et en tout cas à la note dégradée depuis deux jours, Lecornu n'a peut-être pas d'autre idée que de refiler une partie du déficit et des dépenses aux collectivités locales (communes, départements, régions). C'est d'ailleurs ce qui s'est régulièrement passé, ces dernières décennies : l'État leur a demandé d'assumer une part croissante de missions sans revaloriser les dotations afférentes. On cite souvent l'exemple de l'aide à l'enfance, confiée aux départements et dont le coût a explosé sous l'afflux des migrants mineurs non accompagnés. Pire : l'État les a privées de ressources fiscales qui auraient pu leur permettre d'assumer ces nouvelles charges ! N'est-ce pas Emmanuel Macron qui a supprimé la taxe d'habitation, qui manque aujourd'hui cruellement aux communes, comme le rappelait Georges Michel ? En fait, Lecornu fait son gentil, pour son premier tour de piste : une maison médicale pour tous à moins de 30 kilomètres de chez soi, pas de suppression des deux jours fériés, une tentative de séduction des élus locaux. On devrait y avoir droit encore une semaine ou deux. Mais à un moment, il faudra bien rentrer dans le dur des coupes dans les dépenses et du vote du budget. Les pendules de l'Élysée et de Matignon ont bien été remontées par notre maître des horloges. Pour quelques semaines, seulement.

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Frédéric Sirgant
Chroniqueur à BV, professeur d'Histoire

Vos commentaires

122 commentaires

  1. Pour l’ENFUMMAGE : il est à bonne école et
    Calcul financier maquillé « décentralisation  » pour « charger encore plus la mule  » des collectivités qui ont toujours + de charges( dont le RSA) et MOINS de dotations . BREF : RIEN NE CHANGE ; la macronie DETESTE toujours les « territoires » , TROP de souche

  2. Par décentralisation, il est préférable d’entendre éparpillement des dépenses, plutôt que diminutions. En même temps, il pense à son retour dans un conseil local ou général, aux choix, ou il pourra appliquer la méthode macron, c’est pas moi, c’est l’autre. A virer sans tarder.

  3. Mais comment ne pas comprendre que Lecornu joue la montre ! Toute son action, autant que durera son mandat, visera à faire en sorte que Macron ne soit acculé au fond de la seringue. Cette idée d’un grand acte de décentralisation s’inscrit sans doute dans sa promesse de ruptures sur le fond et la méthode, ce qui en l’absence d’éléments précis ne veut strictement rien dire, (qui, quoi, quand, où, quels moyens ?) d’autant que pour autant que l’idée soit intéressante, elle ne mérite pas de figurer en tête de catalogue, tant il y a d’autres priorités. La conclusion s’impose donc d’elle même : enfumage, à l’instar du grand débat, car cela ne mange pas de pain ! Si demain, vous avez envie d’un éléphant rose et que Lecornu vous promet une livraison sous 48 heures, méfiez vous, car en 48 heures il n’est pas certain que la peinture soit sèche.

  4. En fait il annonce une déconsolidation d’une partie de la dette de l’Etat pour pouvoir présenter un budget 2027 avec moins de déficit et satisfaire formellement les agences de notation. Comme les collectivités n’aurons pas les moyens de financer cette charge, elles seront obligées de lever de l’impôt. Cela tombe bien après 2026, elles seront largement dirigées par la droite. Cqfd macronien, la droite gère mal !
    avec son air de curé de campagne, Lecornu est un enfumeur.

  5. Décentralisation, quel joli mot.
    Décentralisation ça veut dire transférer certaines actions de l’état avec ces déficits vers les collectivités locales, ce qui entraîne une augmentation dew effectifs des collectivités sans faire baisser les fonctionnaires d’état, c’est ne sont pas les mêmes.
    Donc a l’arrivée nous créons plus de charges salariales, on reprend les mêmes et on continue a creuser la dette.
    Mais ils ont quoi dans le crâne ?

  6. Combien de temps il va nous enfumer, il y a 20 ans, çà marchait moins mal qu’ aujourd’hui et en vla un nouveau avec des nouvelles idées, on est donc sauvés. Après les ars il va nous concocter un nouveau machin pour salarier les copains et remettre une couche au dessus ou en dessous des ars et tout va bien madame la marquise. On en vient à penser que la gauche qui veut tout casser a peut-être raison.

  7. J’ai presque 70 ans et depuis mes premiers souvenir j’entends parler de « décentralisation » et, à chaque fois, de beaux esprits s’extasient à l’idée que l’on va rapprocher les centres de décision du peuple et qu’ainsi on va augmenter la démocratie dans notre pays. Mais ça ne marche pas du tout ! D’abord parce qu’on a beau décentraliser (c’est à dire augmenter les compétences, le personnel et les budgets des collectivités territoriales) l’Etat Français reste toujours aussi puissant car c’est la structure historique (profondément inscrite dans nos psychismes) de notre pays qui le veut. Et deuxièmement parce qu’aux niveaux régional, communal, départemental… la gabegie est totale, la paresse et l’incompétence très partagées, pour ne pas dire généralisées. Résultat : 60 ans après la France est toujours aussi centralisée et les quelques pouvoirs locaux y fonctionnent très mal et coûtent très cher !
    Alors quand un type comme Lecornu qui ne veut rien faire tout en passant pour un réformiste arrive au pouvoir il parle de « décentralisation » ! On nous a fait le coup tellement souvent que c’est une insulte de nous ressortir ce plat avarié encore aujourd’hui… On reconnait bien là l’esprit de quelqu’un qui a été capable d’organiser les « Grands Débats » après les Gilets Jaunes. Macron parlait de « poudre de perlimpinpin » mais assurément il s’agit ici de « poudre aux yeux » !

  8. En eliminant d’office, sur l’ordre de Macron, un Français sur trois (les électeurs RN, UDR et RECONQUETE), Lecornu montre qu’il a tout compris. Les sondages sont pourtant clairs, qui lui indiquent ce que veulent les Français. Il veut négocier avec une gauche à la ramasse, des écolos perdus dans leurs chimères, des LFI qui se foutent de la France pourvu qu’ils aient le pouvoir, et un parti macroniste dans les choux. Le premier ministre compte sans doute sur ce qui reste des LR, lesquels, lesquels, fidèles à leur ligne zigzaguante, clament qu’ils sont dans l’opposition mais continuent à soutenir Macron. Eux, Ils ne s’occupent pas de savoir comment on peut sauver la France, mais de savoir comment on peut avoir des postes… Lecornu essaie de gagner du temps espérant accorder un sursis à Macron. Je lui prédis un sort à la Barnier et Bayrou mais comme l’impatience gronde dans le pays, les Français excédés risquent de plus en plus d’exploser…

  9. Le chef de l’État nomme le premier ministre, c’est comme çà donc Macron nomme le nouveau premier ministre qui fera la politique de Macron que nous connaissons depuis longtemps et quant on vois comme la France est gouverné de puis Gisard et là ou nous en sommes arrivé il n’y a pas de quoi être optimiste.

  10. Copie conforme au Maître des horloges de l’Elysée, le Premier Ministre ne peut que » blablater « un semblant de Gouvernance.  » Grand acte de décentralisation », souhait marquant un souhait annonçant un prochain retour à la case départ… Unième Premier Ministre d’un Maître des horloge, Président Elyséen complétement dépassé dans tous les domaines régaliens.

  11. Et ça continue, bla bla. Encore la création d’un truc qui ne servira à rien, du vent, rien du vent. Des actes au lieu d’essayer d’endormir la population. Son avenir va être très court…

  12. C’est bien tous ces beaux discours et puis ça éloigne le vrai problème: comment fait on pour dépenser pas plus qu’on gagna
    On lui demande des économies pas un programme électoral enfumeur pour permettre à son copain de durer.
    Le peuple va trancher laissez le faire vous ne pouvez que retarder et dégrader encore plus la France

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