[POINT DE VUE] Euthanasie : il y a les grands discours vides… et il y a sœur Agnès

Dans un monde qui légalise la mort, cette religieuse interpelle l’État et les Nations unies avec courage.
Capture d'écran X
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On le sait, la loi Euthanasie (qu’il ne faut surtout pas appeler par son nom) a été adoptée par l’Assemblée nationale. Il faut maintenant qu’elle passe au Sénat, puis une éventuelle commission mixte paritaire, selon l’interminable principe de la navette parlementaire – qui, en l’espèce, arrange peut-être ses opposants, puisqu’un espoir est encore permis. On entend bien, de temps à autre, des députés courageux, de tous les bords politiques, s’opposer à cette rupture anthropologique majeure. Nous en avions déjà parlé dans ces colonnes. Cependant, le faible crédit que l’opinion publique accorde à la représentation nationale rend leur prise de parole moins audible qu’elle ne devrait l’être. On en oublie, par exemple, que si cette loi est finalement adoptée par les deux chambres, quiconque tentera de dissuader l’un de ses proches de se faire euthanasier sera passible de deux ans de prison et 30.000 euros d’amende. Même chose pour les responsables d’hôpitaux qui refuseraient que cette ignominie républicaine soit perpétrée dans leurs murs.

Pour tenter de faire passer la pilule, tous ceux qui aiment la mort ont recours à des incantations creuses et vides, sommairement décalquées d’un culte de soi maçonnique qui ne dit pas son nom. Quelle merveilleuse « avancée » que de pouvoir choisir, sans justification réelle et sérieuse, comme on dit dans le monde du licenciement, de mettre un terme à sa propre existence ! « La mort devrait être un service public gratuit pour tout le monde, comme la naissance », disait, cocassement, Pierre Desproges, dans son spectacle, avant de demander qu’on l’enterre dans un sac poubelle, « si possible bleu, ça me rappellera mes vacances à Corfou ». Il ne pouvait pas penser que la République prendrait ça au pied de la lettre.

Candeur lumineuse

Bref, il y a les grands discours, et puis il y a sœur Agnès. Sœur Agnès est médecin et religieuse. Elle fait partie de la congrégation des Petites Sœurs des pauvres, dont la vocation est d’accueillir les personnes âgées, dépendantes, handicapées ; les plus faibles; en un mot. Cette semaine, lors d’une session du Conseil des droits de l’homme à Genève, sœur Agnès s’est déplacée en Suisse pour rencontrer le rapporteur spécial sur la liberté de religion ou de conviction et l’informer de toutes les peines prévues par la nouvelle loi française sur la mort pour tous. « Notre mission est de prendre soin des pauvres, des personnes âgées, des malades, des personnes porteuses de handicaps, des plus vulnérables. Or, une loi actuellement en discussion en France prévoit de légaliser l’euthanasie, selon une procédure permissive, expéditive et répressive », a-t-elle dit. Et puis, elle a expliqué ce que nous venons de décrire : la prison pour ceux qui veulent avoir la conscience libre ou dissuader leurs proches de se supprimer. La violation est évidente et sœur Agnès, debout, si douce et si calme, bonne sœur dans un monde agressivement laïc, en appelle aux Nations unies pour qu’elles intercèdent auprès du gouvernement français.

C’est inutile, peut-être. Le magistère moral des Nations unies est respecté quand cela arrange les États membres. Le reste du temps, les gouvernements s’en foutent complètement. Il n’empêche : il y a quelque chose de très émouvant dans le fait de voir cette dame, âgée et pourtant presque enfantine dans sa candeur lumineuse, debout, seule, pour porter dans cette enceinte la parole du Dieu auquel elle croit. Sœur Agnès aura-t-elle gain de cause ? Ou bien les Petites Sœurs des pauvres devront-elles quitter la France pour rester libres de pratiquer leur foi ? On l’ignore encore. Mais oui, décidément, il y a les grands discours et il y a sœur Agnès. Il n’y a pas besoin d’être catholique pour voir l’hypocrisie totale de cette loi : le mot « euthanasie » (« mort heureuse » ou « bonne mort », en grec) est en soi une imposture – et même celui-là, on n’a pas le droit de l’employer. Ces minauderies sémantiques montrent en elles-mêmes que le corps législatif - tout du moins sa majorité - n’a pas la conscience tranquille. Sœur Agnès, si. Que les Nations unies l’écoutent…

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Arnaud Florac
Chroniqueur à BV

Vos commentaires

50 commentaires

  1. Contraception (Neuwirth), puis avortement( Mme Veil ),devenu une contraception qui a échoué,tout cela porté depuis l’origine par les « frères » qui ,avant leur prise de tablier doivent méditer seuls près d’une tête de mort :ils sont tellement marqués par la mort qu’ils ont obtenus la suppression de la peine de mort (Badinter) pour les grands criminels ; ces forces progressistes n’en sont pas à un paradoxe près (il est vrai que pour eux, n’y a pas de régressistes ,mais que des réactionnaires) et maintenant ils ont l’euthanasie,et ensuite ?

  2. Je suis Belge et l’ euthanasie est pratiquée chez nous. Mon épouse et moi-même en bénéficierons si le besoin vient à échoir.
    Mon pharmacien, homme de grand cœur, refuse de délivrer des médications de contraception et – bien entendu- la « pilule du lendemain » qui est donc abortive.
    Il est bien sûr opposé à l’ euthanasie.
    Je trouve cela respectable alors que je ne pense pas du tout comme lui.
    Il est catholique pratiquant, j’ai obtenu d’être débaptisé : nous connaissons tous les deux la position de l’autre et j’apprécie beaucoup cet homme.

  3. A titre personnel cette loi et ces discussions me laissent totalement indifférent !
    Je ne délègue à aucun politique le droit de s’immiscer dans ma vie privée ni de vouloir me retenir lorsque j’aurai décidé de partir.
    Nous en avons discuté avec ma femme qui me donnera si nécessaire le coup de main nécessaire, et réciproquement le moment du départ décidé une fois arrivé !
    Si la loi est votée pas de problème sinon nous serons discrets…

  4. Il fut un temps – pas si lointain – où, quand une fille se faisait engrosser, la famille la contraignait, soit à avorter, soit à aller cacher sa grossesse et à abandonner l’enfant.
    Et puis sont venues la pilule, et la dépénalisation de l’avortement. Mais personne ne contraint un médecin, ou une sage-femme, à pratiquer un avortement, ou même à prescrire une pilule abortive. Et si la parturiente décide de garder l’enfant, on respecte son choix.
    La loi sur la fin de vie prévoit une clause de conscience pour le corps médical, et des conditions précises pour pouvoir en bénéficier.
    Si vous êtes contre, c’est votre droit – comme ce sera votre droit de changer d’avis le jour où vous vous sentirez au bout du rouleau.
    Que vous faut-il de plus ?

    • Je veux bien croire à votre conte de fée si vous me certifiez qu’aucune pression ne sera faite aux soignants et me direz qui posera la perfusion nécessaire à cette injection. De plus étant infirmière dans un Ehpad je peux vous assurer que l hôpital de cet Ehpad a commencé ses réunion dites de sensibilisation à l euthanasie depuis plus de 3 ans. Pourquoi tant de précipitation ?

    • Le problème est qu’en France quand on pond une loi il y a toujours des dérives par la suite.

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