[TÉMOIGNAGE] Le père d’Anne-Lorraine Schmitt redoute la libération anticipée du meurtrier

Il y a 18 ans, jour pour jour, Anne-Lorraine Schmitt était tuée dans le RER D à Orry-la-Ville. Son père se confie à BV.
anne lorraine

Il y a 18 ans, jour pour jour, une étudiante de 23 ans succombait aux trente-quatre coups de couteau que lui infligeait Thierry Devé-Oglou, un violeur récidiviste du RER D, alors qu’elle se rendait chez ses parents à Orry-la-Ville. Cette jeune femme s’appelait Anne-Lorraine Schmitt. En ce dix-huitième anniversaire de sa mort, son père, le général Philippe Schmitt, redoute que le juge de l’application des peines n’envisage une libération anticipée de son meurtrier, pourtant condamné en 2010 à la perpétuité assortie de 22 ans de sûreté.

« Pour moi, la perpétuité, c’est la perpétuité »

« Naïvement, notre famille pensait qu'au moins, il resterait enfermé jusqu’en 2029 », confie ce père, qui se bat depuis près de vingt ans pour que « la peine prononcée soit la peine appliquée ». Pourtant, voilà plus d’un an que le service de l’application des peines a contacté son avocat, au printemps 2024. En ce triste jour anniversaire, il nous dit toute sa stupeur à l’idée que le meurtrier de sa fille puisse retrouver un jour la liberté, peut-être même plus tôt que ce qu’il imaginait.

Le service s’est en effet enquis auprès de l’avocat de la famille de la manière dont celle-ci serait « gênée » si le condamné demandait des sorties, compte tenu de la proximité de la fin de la période de sûreté, voire dans l’hypothèse d’une libération anticipée.

Depuis que Philippe Schmitt a fait savoir qu’il y était « absolument opposé », le silence administratif n’a pas pour autant apaisé ses craintes. La perspective d’une levée anticipée de la sûreté heurte d’abord une évidence : de tous les experts psychiatres appelés à la barre, aucun n’avait pu garantir une absence de risque lié à la récidive de la part de ce criminel qui avait déjà violé une jeune femme, quelques années avant d’assassiner Anne-Lorraine. À l’époque, Thierry Devé-Oglou était soumis à des obligations de soins et à un contrôle judiciaire « qu’il n’a jamais respecté, et ça n’a jamais gêné personne », dénonce le père de famille.

Envisager malgré tout une libération anticipée reviendrait à balayer ces expertises et à ignorer les risques, estime-t-il. « Il va habiter à Louvres où il habitait auparavant ? Donc, mes filles et mes petites-filles risquent de nouveau de le rencontrer dans le train ? C’est intolérable, c’est jouer avec la vie des gens. »

À cela s’ajoute ce qui le révolte tout autant. Le système permet, au nom d’une vision administrative du temps judiciaire, de « détricoter » la décision d’un jury populaire et de laisser un juge déresponsabilisé de toute conséquences réévaluer une peine deux décennies plus tard. La loi le prévoit, et c’est précisément ce qui le choque : « 2029, c’est le minimum, mais ça ne veut pas dire qu’il faudra le libérer. Pour moi, la perpétuité, c’est la perpétuité. »

Un système « inconscient » et « irresponsable »

Il se refuse toutefois à faire des magistrats les seuls responsables. « S’ils font ça, c’est parce qu’ils le peuvent », admet-il. À ses yeux, c’est le législateur qui a laissé prospérer un mécanisme « inconscient, irresponsable ». Et il rappelle n’avoir « jamais vu, de la gauche ou de la droite, une seule proposition de loi » pour le remettre en cause. Alors, forcément, face à la loi, « il revient aux juges le pouvoir de l’appréciation ».

Voyant dans l’assassinat de Philippine en 2023 une tragédie « très proche [de celle] d’Anne-Laure à tous points de vue », il pose cette question qui, à elle seule, dresse tout un constat : « Je vous défie de me citer une seule mesure qui puisse faire en sorte que vous ou votre sœur ne rencontriez pas ces bombes qui se promènent dans la nature, qu’on connaît, qu’on a identifiées, qui ont déjà frappé mais qu’on a remises en liberté en espérant qu’elles ne récidivent pas. C’est de la mise en danger de la vie d’autrui. »

Face à ce système, il le sait, il ne dispose d’aucun moyen légal. « Le seul recours, c’est l’opinion publique. » Alors Philippe Schmitt prévient, il ne se taira pas.

Vos commentaires

89 commentaires

  1. Face au mur des cons, érigeons le « mur des victimes » ou figureront les photos des gardes-des-sceaux, des députés, des juges qui ont autorisé ou laisser faire ce genre de pratiques. Prévoir large !

  2. Il faut absolument revenir aux peines incompressibles. Ce qui obligera à revoir la politique immobilière carcérale et éliminera la caste, oh combien toxique des JAF. Il conviendrai aussi d’interdire tout syndicat parmi les professions judiciaire, tout comme dans le corps des militaires et des gendarmes.

    • Vous voulez parler des juges d’application des peines et juges des libertés ?
      Ces postes de juges des libertés créés pour la circonstance, sont d’une incongruité totale, voulus par les socialistes et leurs copains de l’UMPS comme les appelait Marine Lepen au début des années 2000 ,mais rien a changé ils sont alliés objectifs pour leurs intérêts de carrière ;
      Et après le syndicat de la magistrature va nous parler du manque de moyens alors que les gouvernements ont créé de toute pièce ces entités, tout cela à partir de lubies idéologiques de députés PS en faisant le choix de moins de prisons mais plus de magistrats qui voteront nécessairement pour le système PS LR puisque ce sont eux qui les ont voulu.
      En France on cumule les erreurs coupables d’idéologues plus que de serviteurs du peuple , plus les lois européennes et à la fin ce sont des tueurs et violeurs potentiels dont la place devrait être en prison , qui ,dans une époque pas si lointaine, auraient été exécutés, mais se baladent en toute liberté et sans contraintes que l’on seraient de toute façon bien incapable de mettre en place et près à récidiver sur des victimes potentiels et les juges qui les libèrent n’auront aucun compte à rendre à la société. Mais on est où Là??? L’inversion totale des valeurs . Le règne de lucifer ! Moi qui suis plutôt terre à terre et cartésien, j’en viens à me poser sérieusement la question et à me demander si les Corses de l’époque des vendettas n’étaient pas dans le vrai, en constatant l’état moral de notre société qui se dit codée et civilisée .
      L’objectif des adeptes de Badinter de rendre la société moins violente n’a pas été réalisé par ces apprentis sorciers , c’est le contraire qui est en train de se produire . Les malfrats sont encouragés et les victimes commencent à se poser la question de la vengeance .

  3. La France est le seul pays, avec l’Italie, a avoir des juges d’application des peines. Ces personnages, prenant des décisions aberrantes aux conséquences dramatiques, ne sont jamais responsables de leurs agissements « AU NOM DU PEUPLE FRANÇAIS « .
    Il serait plus que temps de supprimer, sans la remplacer par un avatar, cette catégorie de magistrats.

  4. Cela a valu en prime, comme si la douleur de la perte d’un enfant ne suffisait pas, à ce père de figurer sur le mur des cons. La loi n’a, là, rien à voir avec ce que s’autorise un syndicat qui ne devrait pas exister et dont la responsable n’a quasiment pas été sanctionnée. Les magistrats devraient à l’instar des militaires n’avoir pas le droit de se syndiquer et encore moins d’exprimer ouvertement des choix politiques. Qu’attendent nos 577 députés pour légiférer ? Ils ne sont sans doute pas assez nombreux ni suffisamment payés !

    • Vous me l’avez retiré du clavier, j’allais dire la même chose que vous. Ce père, le général Schmitt, a même été affublé du terme de ‘facho’ sur le mur des cons au prétexte qu’il était général (en poste à l’époque). Une honte! La responsable du syndicat de la magistrature aurait dû être révoquée et une loi votée dans la foulée pour interdire tout syndicat et toute expression politique, une seconde ‘grande muette’ en quelque sorte. Mais il faudrait surtout supprimer le juge d’application des peines (JAP) qui n’existe qu’en France (dixit George Fenech, ancien magistrat, sur Cnews).

  5. Seules les victimes ou leurs représentants, devraient décider à la commission de l’ application des peines .

  6. Oui, ce sont bien les politiques les premiers responsables de ce désastre judiciaire. Ils sont élus pour protéger la population et en fait, ils protègent d’abord leurs intérêts.

  7. Cela fait des années que je le clame: les magistrats appliquent les lois, leur responsabilité est donc partagée… mais qui est en charge, et a le courage d’enfin réformer ces lois, qui sont adaptées à la Société des années 50?

  8. Si le JAP est au syndicat de la magistrature, c’est ficelé d’avance, le criminel sortira rapidement. Solutions : supprimer aux magistrats la possibilté de se syndiquer et mettre fin à cette exception de responsabilité. Le magistrat doit assumer les conséquences de ses décisions di le criminel récidive. L’inaction du juge à l’égard des tueurs d’Elias a rendu possible meurtre.

    • Si cela arrivait à ma fille, je porterais plainte avec constitution de partie civile contre le JAP pour complicité d’assassinat.

      • … qui serait immédiatement classée sans suite ! Attisant ainsi, pour le plus grand plaisir du JAP et de ses amis, votre douleur et votre amertume !

  9. En cas de récidive à sa libération ,le juge d’application des peines devrait être sanctionné tenu pour responsable de la récidive ; si la loi l’oblige à cette mesure ce sont les députés qui doivent être tenus pour responsables .

  10. Avant Badinter ce genre de monstres passaient à l’échafaud . Apres Badinter ils sortent libres après une dizaine d’années avec la complicité d’une caste de JAP tout puissants !Et Badinter git au Panthéon !

  11. Marre de ces tueurs avec qui les juges veulent toujours prendre gants. Il a été condamné à 22 ans incompressibles. Oh lala, mais c’est horrible, pauvre homme ! Il faut adoucir sa peine… Et lui, a-t-il songé à adoucir la peine de la victime qu’il a tué de 32 coups de couteau ? 32… Ce n’est pas un accident. Il s’est acharné. Il lui a infligé la perpétuité à sa victime, sans pitié, sans état d’âme. En plus il était multirécidiviste… Quand il sortira, ce sera un grenade dégoupillée qui pourra éclater à n’importe quel moment. Et s’il recommence, demandera-t-on des comptes au juge « qui aura lancé la Grenade » ? Il s’en fout, le juge, il n’est pas concerné… Jusqu’au jour où ce sera sa fille qui sera la victime… LES JUGES DOIVENT ETRE DECLARÉ RESPONSABLES DE LEURS DECISIONS !… et virés pour faute grave quand ils relâchent un individu dangereux dans la nature. Les coupables doivent être punis et pas « cocoonés » par des magistrats qui ne se sentent pas concernés.

  12. – Les juges devraient rendre des comptes de leurs décisions, sanctions éventuelles à la clé. Tout le monde est à ce régime, quel que soit son statut ou sa position, sauf les juges. En démocratie, il n’y a aucune raison de privilégier une caste à part, qui serait donc, de fait, au-dessus des lois.
    – Les prochaines victimes des violeurs et des assassins seont-elles les enfants, les petits-enfants d’un juge ?

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