« Vous nous avez volé Lola » : deux mondes face à face au procès de Dahbia Benkired

Devant la cour d’assises de Paris, la famille de Lola a raconté l’horreur et l’absence, trois ans après le drame.
© Jordan Florentin
© Jordan Florentin

C’est un contraste qui marque, depuis le début de ce procès : la discordance, l’antinomie même, entre les deux mondes qui se font face dans cette salle d’audience, depuis le vendredi 17 octobre. D’un côté, celui de Dahbia Benkired, l’accusée, et de son entourage : un univers instable, fait de drogue, de sexe, d’argent sale, de relations troubles. De l’autre, celui de la famille de Lola, soudée dans le chagrin, digne et silencieuse. Comme si, dans cette enceinte du tribunal, se rejouait la rencontre tragique de l’innocence et du chaos, celle d’une fillette de douze ans et de sa tortionnaire, cet après-midi du 14 octobre 2022.

Deux univers face à face

Moustafa, Katiba, Friha, Rachid, Fatah, Anisse, Karim... Autour de Dahbia Benkired gravitent des figures qui, à l’exception d’une, reconnaissent fumer du cannabis abondamment, parfois en vendre. Certains témoignages laissent entrevoir des activités de proxénétisme ou des trafics en marge de la légalité. Beaucoup éludent, se contredisent, refusent de s’étendre sur des points pourtant essentiels à la compréhension du drame. L’un savait-il ce que contenait la malle ? L’autre a-t-il prostitué l’accusée ? Entre mensonges, profits et silences gênés, la lumière peine à percer, dans cet entrelacs de médiocrité.

Face à ce monde en ruine fait de violence et de malhonnêteté, la famille de Lola. Ses membres apparaissent comme un bloc uni. Ils se soutiennent, se tendent la main, s’offrent un sourire, s’attendent dans les couloirs, ne s’éloignent jamais les uns des autres. Ils s’appuient mutuellement sur les forces qu’il leur reste. Ce quatrième jour du procès de celle qui a tué « leur » petite Lola, comme ils l’appelleront tour à tour, chacun est monté à la barre pour évoquer la fillette, son rire, son rayonnement et l’immense vide laissé par son absence.

« J’ai tout perdu : ma Lola, mon mari, mon travail »

Delphine Daviet, la mère de Lola, s’avance la première. Vêtue de blanc, elle esquisse un sourire fragile avant de livrer un témoignage d’une pudeur bouleversante. « Ce moment est très important, pour moi. Je vais vous parler de ma Lola joyeuse, sociable, naïve, confiante, mais avec du caractère. » Elle évoque leur vie de famille à quatre avec son mari Johan, leur fils Thibault et Lola. Une famille « très simple et très à l’écoute » les uns envers les autres. Elle se souvient de cette petite fille qui, après une dispute, « venait toujours s’excuser » avant qu’un câlin n’efface tout. Puis les larmes montent. « Ça ne l’empêchait pas de refaire des bêtises derrière », glisse-t-elle, dans un sanglot.

Comme toute mère attentive aux dangers extérieurs, elle avait appris à ses enfants à ne pas suivre les inconnus : « Si on vous agresse, n’hésitez pas à crier, il y aura toujours quelqu’un qui vous entendra. » Douleur atroce, pour un parent, que celle de n’avoir pas pu protéger « son bébé, sa chair, son sang ». Un sentiment de culpabilité dont Delphine Daviet peine encore à se défaire. Elle suit aujourd’hui un accompagnement psychologique, elle qui porte seule, depuis la mort de son mari en février 2024, le poids de s’être trouvée dans son appartement alors que Lola se faisait violer et tuer, six étages plus haut. « Il faut que j’arrête de m’en vouloir, mais ce n’est pas chose facile, j’imagine », confie-t-elle.

« À tout à l’heure, bisou. » Ces mots, prononcés par Lola avant de partir pour l’école ce jour-là, résonnent encore dans son cœur de mère. Suspendus dans le temps, comme la vie de son enfant que « cette chose, ce monstre », lui a arrachée, un banal après-midi d’octobre. Un double deuil, en vérité. Car son mari, le père de Lola, « n’aura pas réussi à surmonter » la mort de leur fille. Il a replongé dans « ses vieux démons », sa dépendance à l’alcool, et en est mort, en février 2024. « Je veux qu’on se souvienne de lui comme d’un papa aimant, ayant tout fait pour ses enfants », conclut-elle.

« Que cette chose soit enfermée toute sa vie »

Le président fait alors défiler sur les écrans les photographies de la fillette : son baptême, ses concours de gymnastique à laquelle elle excellait depuis ses six ans, les week-ends dans le mobil-home au bord de la mer, une sortie à Montmartre. « On faisait beaucoup de selfies, toutes les deux », sourit faiblement Delphine Daviet.

Avant de quitter la barre, elle adresse une dernière demande à la cour : « Je demande à la Justice que cette chose soit enfermée toute sa vie en prison, qu’elle n’en ressorte plus, pour montrer l’exemple devant la France. » Puis elle remercie, la voix brisée, « la France et les autres pays » pour leur soutien, avant de regagner sa place et de s’effondrer dans les bras de son fils.

« La nuit s’est écoulée comme ça, dans un vide incommensurable »

Vient ensuite une tante de Lola, accompagnée de ses enfants. Elle raconte surtout l’angoisse de cette soirée d’octobre 2022, ces heures interminables de recherche, l’attente, la peur et enfin le choc : « Lola a été retrouvée. Elle est décédée. » « La nuit s’est écoulée comme ça, dans un vide incommensurable », se souvient la sœur de Delphine Daviet.

Puis s'avancent les cinq cousins de Lola. L’un d’eux prend la parole : « Depuis le début, on parle beaucoup de cette personne à qui j’ai l’impression qu’on cherche une infinité d’excuses. Alors on a voulu, chacun, raconter un souvenir avec Lola. »

« Elle m’avait fait promettre de garder tous mes vêtements pour qu’un jour, elle puisse les avoir et être comme moi », relate, dans un sanglot brisant, la cousine de la fillette. Un autre évoque ces Noëls où ils ont prolongé « la magie du père Noël le plus longtemps possible » pour Lola, la petite dernière. « Je me souviens de sa grande période Reine des neiges. On en a entendu, des "libérée, délivrée" », sourit l’un d’eux. Le dernier ne peut pas s’empêcher d’interpeller la femme qui se trouve dans le box : « Certes, on a compris que vous avez eu une vie difficile. Je tiens à vous rappeler qu’il y a quelques années, on a perdu notre grand-père dans un accident de voiture. Notre choix a été d’avancer. On a perdu notre oncle, notre choix a été d’avancer. Vous nous avez volé Lola, notre choix a été d’avancer. On a perdu le papa de Lola, on a décidé d’avancer. La vie nous a accablés par son sort, on a décidé d’avancer. Vous, vous vous êtes défoulée sur une vie qui n’avait rien demandé. »

« Je donnerais ma vie pour que tu retrouves la tienne »

Enfin, le président lit à la cour ces quelques mots écrits par Johan Daviet, le père de Lola. Il les avait accrochés à la porte scellée de l’appartement où sa fille a été tuée. « De toute ma vie, je donnerais la mienne pour que tu retrouves la tienne. » Et une dernière phrase, comme un appel à la justice qui doit être rendue à sa fille, le 24 octobre prochain : « Je veux que cette histoire serve à quelque chose. Il faut que Lola serve de leçon. »

Vos commentaires

67 commentaires

  1. Ce machin qui à assassiné LOLA car c’est bien de cela que l’ont parle doit finir sa vie en prison j’espère que la justice va faire son travail.

  2. La famille de Lola n’obtiendra jamais un début de vérité de la part de ce monstre et de son entourage algérien. Ces gens-là ne connaissent pas le sens du mot vérité, ils ne savent que mentir. C’est ce qui les différencie de la civilisation….

  3. Cela me fait penser quand j’étais enfant et que je soulevais une jolie pierre blanche qui me révélait tout un monde de bestioles visqueuses et grouillantes. Je relâchais la pierre, effrayé par ce que je venais de découvrir. C’est un peu la même chose ici, on nous vend une immigration soi-disant vertueuse, travailleuse, parée de toutes les qualités et de toutes les vertus, les méchants étant bien sûr les vilains franchouillards, racistes, xénophobes et dépourvus d’empathie. Le procès aura au moins eu le mérite de soulever ce voile de vertu, dont on habille cette immigration et de nous révéler l’envers du décor. Drogue, violence, prostitution, trafics, violence, déviances, perversions … on est loin du monde merveilleux de Disney décrit par la gauche. Une nation qui importe et entretient des mercenaires étrangers sur son sol et laisse tuer ses enfants ne peut survivre. La justice, notre justice, celle que les Français ont voulu mettre en place, peut-être malgré eux, n’a plus aujourd’hui les outils nécessaires pour punir un tel crime, elle est totalement dépassée par le mal qui ronge notre société, ne le comprends pas, ne peut et ne souhaite le sanctionner comme il devrait l’être.

    • Bravo Bruno, très bien dit, mais le Président est certainement en voyage et ne lira pas. (Tout est lu, il faut le savoir, tout est surveillé).

  4. Incarcération à vie et je porterai plainte contre l’état qui n’a pas assurer la sécurité de sa population. Soutien à la famille et lola est dans nos têtes.

  5. Du haut de son Panthéon, Robert BADINTER, grâce à qui la peine de mort sera épargnée à cette créature ignoble, doit, dans sa tombe, ressentir quand même un soupçon de regret…

  6. Un monstre qui a fait écrire par son fait une histoire terrible, un enfer pour une famille unie qui a tout perdu. Un monstre qui n’aurait jamais dû circuler sur notre terre de France. Un monstre a éliminer par une incarcération à vie faite de peine de mort abolie regrettablement. Dans ce cas oui, la peine capitale est amplement méritée si un Badenter n’avait pas existé. Nos pensées restent pour ce petit ange et son papa et en soutien de cette famille plongée dans la tristesse. Aucune excuse possible pour un tel crime ainsi que pour des complices éventuels.

    • ALFRED Germain bonjour, je suis bien d’accord avec vos propos mais je pense que d’autres depuis auraient supprimés la peine de mort.

  7. En plus de cette chose, de ce monstre sanguinaire qui est coupable, pour moi, il y a deux autres responsables. L’Etat, les autorités politiques qui n’ont pas su protéger une enfant, un ange innocent parti trop tôt dans des conditions barbares et l’Etat algérien avec son président Tebboune qui refuse de reprendre ses ressortissants sous OQTF. Reste à connaître maintenant le jugement final concernant la condamnation du bourreau de la petite Lola. La justice se montrera t-elle à la hauteur et sera t-elle énoncer, en l’absence de la peine de mort, un jugement avec l’emprisonnement à vie de cette chose qui ne doit désormais plus nuire à la société?

  8. L’horreur se répète dans notre France et toujours les mêmes coupables, drogue , sexe, incestes et OQTF. J’espère que la justice aura la main plus lourde qu’à l’accoutumée dans ce genre de crimes.

  9. « Face à ce monde en ruine fait de violence et de malhonnêteté », mais que faisaient-ils donc en France ?
    La France a tué Lola, a tué Philippine, a tué Laura et Mauranne et bien d’autres hélas, que fait, qu’a fait la France pour nous protéger, protéger nos enfants ? Rien ! Nous continuons à ouvrir les portes à des étrangers aux mœurs barbares sans aucun contrôle et de surcroît bénéficient d’aides médicales, sociales, éducatives au détriment des nationaux noyés par les impôts et taxes pour leur entretien !
    Quant aux gauchistes qui prônent la légalisation du cannabis, nous voyons bien les dégâts que cette consommation peut causer, pensons à l’affaire Sarah Halimi tuée par un meurtrier sous l’effet de cannabis et de bouffée délirante

  10. Malheureisement avec un Nunez et un Macron , ce genre de chances pour la France continuera a venir nous eclairer de leurs differences culturelles . Au meme moment , notre ambassadeur est alle participer a Alger a une ceremonie du souvenir des complices du FLN qui avaient fini dans la Seine .On sait depuis qu’un bon nombre d’entre eux avzient ete executes par les sbires du FLN eux-memes ! Donc face a un desir savamment entretenu de vengeance des algeriens , le peuple francais est abandonne par ses elites et n’a pas fini de servir de victime expiatoire . Prions pour les futures Lola …!

  11. Chaque page de ce procès est une visite aux enfers. La mère de Lola a raison de la désigner comme une chose. Une chose dont l’algérie nous déverse des cargaisons entières. Nunez ne semble pas en avoir perçu l’importance.

    • Nuñez, comme Gérard Collomb, un de ses prédécesseurs qui évoquait le côte-à-côte et le face-à-face dans son discours de 2018, est parfaitement conscient de la situation. Il dispose des informations et des statistiques nécessaires, celles qu’on ne donne pas officiellement pour ne pas effrayer le bon peuple et qu’il continue à voter comme il se doit … et bien sûr ne faire le jeu de « vous-savez-qui. » Nuñez, comme les autres, ne fera rien, parce qu’il a des ordres, parce qu’il appartient à un système qui fait la même chose depuis plus de 40 ans. Le même système, aujourd’hui épouvanté par le monstre qu’il a engendré, n’ose pas dire la vérité, reconnaître ses torts, ses fautes, ses mensonges (encore hier sur le nombre d’illégaux en France). Ce même système sait parfaitement que toute tentative de reprise en main du pays se fera par la force pure, par l’usage des armes et qu’il rencontrera une résistance violente et armée qui fera des victimes de part et d’autre et entrainera de grands troubles dans tout le pays pendant des semaines, peut-être des mois. La reconquête a un prix et le système ne veut pas acquitter la facture de plus de 40 années de laisser-aller.

    • Ne donnez pas raison aux bonnes âmes des détracteurs d’une Justice victimo-centrée: il ne s’agit pas de vengeance, mais de protection. Pour une fois que le sacro-saint principe de précaution se justifierait pleinement…

    • La justice n’est pas la vengeance. La justice est collective, la vengeance est privée. La justice est aujourd’hui incapable de punir un tel crime, elle n’en a plus les moyens, ni même la volonté, quand bien même disposerait-elle des outils nécessaires.

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