Éric Woerth y croit dur comme fer : l’immigration, « ça ne coûte pas d’argent »

L’ancien président de la commission des finances de l’Assemblée est un homme de chiffres, comme chacun sait...
Capture d'écran
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Après la vente, le service après-vente. Éric Woerth, député Ensemble pour la République, de l’Oise, s’est collé au sale boulot en venant au micro d’Europe 1, non sans courage, compte tenu de la difficulté de la mission, pour défendre François Bayrou et ses mesures censées redresser nos finances publiques. « Il faut soutenir le Premier ministre », a déclaré l’ancien ministre du Budget de Nicolas Sarkozy, pour ne pas dire : « Il faut sauver le soldat Bayrou ! »

Immigration : « Coût zéro » !

Durant cette interview, menée par Pierre de Vilno, accompagné de Louis de Raguenel, vient sur le tapis ce que le premier qualifie d’« angle mort » dans la batterie de mesures présentées par le chef du gouvernement, le 15 juillet soir : les économies que l'on pourrait faire sur l'immigration. Effectivement, rien sur l’immigration, comme l’a très bien souligné Marc Baudriller, mardi soir. Pourtant, « le coût de l’immigration, c’est réel, c’est factuel », avance Vilno. Et là, Woerth répond très calmement, sur le ton qu’on lui a toujours connu de celui qui sait : « Je vais vous dire un truc, mais vous n’y croirez pas et les auditeurs, sans doute, non plus… L’immigration a un coût zéro. » Le scoop de l’été. Déjà, vous noterez que le discours a évolué : naguère, l’immigration, chance pour la France, n’avait que des avantages, y compris sur le plan économique et financier. « Coût zéro », donc. Donc, pas forcément positif... Et l’ancien président de la commission des finances de l’Assemblée, qui est un homme de chiffres, comme chacun sait, d'expliquer : « Quand vous regardez un euro de coût pour un immigré – un euro dépensé pour l’immigration – et, en face, c’est une recette de 0,88 euro, et pour les Français, c’est à peu près le même rapport (et c’est pourquoi on est en déficit). »

Mais d'où Éric Woerth sort-il donc ses chiffres ?

Éric Woerth reprend les chiffres d’un article de septembre 2024, publié par la fondation Jean-Jaurès, marquée à gauche (elle est présidée par le socialiste Jean-Marc Eyrault), article dont, au passage, on pourrait discuter de la rigueur scientifique, qui tire lui-même ses données du rapport de 2021 de l’OCDE, « Perspectives des migrations internationales ». Plus précisément, on le trouve page 137, dans ce document (vous pouvez vérifier), dans un tableau récapitulant les recettes relatives par habitant (immigrés/natifs) des pays de l’OCDE, dont la France. Le rapport explique ainsi que « les contributions par habitant sont plus faibles pour les immigrés par rapport aux natifs dans tous les postes. Les contributions des personnes nées à l’étranger sont 11 % inférieures à celles des natifs en moyenne dans l’ensemble des pays. » Pour mieux comprendre, il faut regarder la liste des pays de ce tableau. Ainsi, le ratio est de 0,88 pour la France, 0,75 pour l’Espagne. A contrario, ce ratio est de 0,97 pour le Luxembourg et même de 1,01 pour le Royaume-Uni (immigration choisie pour ces deux pays ?) et de 1,17 pour le Portugal (ces fameux retraités qui ont immigré au Portugal ? Le rapport ne le dit pas mais on peut l'imaginer).

Et donc, lorsque Woerth déclare que ce chiffre de 0,88, en France, est le même que pour les Français (d'où le déficit de la France), il dit n’importe quoi. Ce n’est pas du tout cela mais ceci : lorsqu’un natif contribue pour un, un immigré contribue pour 0,88n en France. Mais Woerth le dit avec une telle assurance - celle de l'expert, du comptable, à défaut d'être expert-comptable - qu’on ne peut que le croire : « C’est mesuré par l’OCDE. C’est l’OCDE qui le dit. Lisez les rapports économiques… » Oui, mais encore faut-il lire correctement les tableaux.

C’est pourquoi, il faut lire ou relire l’étude de l’Observatoire de l’immigration et de la démographie (OID) au sujet de « l’impact de l’immigration sur l’économie française ». Il faut écouter ou réécouter l’entretien donné à BV par Nicolas Pouvreau-Monti sur le coût de l’immigration. Certes, la fondation Jean-Jaurès conteste le caractère scientifique des productions de l’OID : évidemment, l’OID serait « proche de l’extrême droite » ! Car, c’est bien connu, le cercle de la raison roule à gauche.

Mais pour revenir à Éric Woerth, on comprend que ce dernier, avec bientôt quarante années de vie politique au compteur, du RPR à la Macronie, ait quelques difficultés à sortir du logiciel immigrationniste qui a conduit la France, durant ces quatre dernières décennies, là où elle en est aujourd’hui. En tout cas, Woerth est fidèle à ce qui relève presque du religieux : « Je vous dis que ça ne coûte pas d’argent. Je crois à l’OCDE. » On ne peut pas lutter.

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Georges Michel
Journaliste, éditorialiste à BV, colonel (ER)

Vos commentaires

134 commentaires

  1. Macron a visiblement fait sa formation en arrogance…Pour le reste, il espère certainement un poste dans le gouvernement d’ Edouard Philippe alias Edouard « Troptard »!
    Il ne suffit pas d’être sur un plateau TV pour dire la vérité, cela se saurait.

  2. Que lui a t on proposé en échange de ces inepties, car dans notre » République Vertueuse « ça marche comme cela.

  3. Il m’étonnerait que cet ex-brillant monsieur sache encore lire et interpréter les chiffres. En effet , si les nouveaux arrivants dépensent le même ratio que les natifs, d’où proviennent les milliards d’euros qui chaque année prennent la poudre d’escampette vers « les familles restées au bled » via Western Union ou autres organismes de transfert d’argent. Du vol, de la drogue, des escroqueries ou de la fraude ???

  4. Quelle mauvaise image de la « politique » ! Cet ancien opposant RPR ou LR… devenu macroniste, reprend maintenant, donc, les éléments (… ) de ses nouveaux dirigeants. C’est assez fréquent. Pauvre.

  5. il fait partie du groupe qui creuse depuis des décennies le gouffre financier de la France, déjà sur la base de son raisonnement il « y a comme un défaut « comme disait Fernand Raynaud, si sur un euro un immigré fait 0.88 euros de recettes c’est qu’il coute à minima 12 %, mais au delà de ça, comment font les immigrés pour faire des recettes favorable au pays ?

  6. Ce Monsieur est un éminent « Docteur ès-sciences de la mauvaise foi » ainsi que « Grand Maître de l’ordre du Retournement de veste ». Il n’est pas crédible.

  7. Si mes souvenirs sont bons, ce type était plus à l’aise dans le calcul des mètres carrés de forêts domaniales. Principalement quand ces forêts alimentaient le domaine équestre de son épouse.

  8. Je suis très étonné qu’Eric Woerth que je considère comme un homme estimable et compétent n’ait pas lu le rapport de l’OCDE mais qu’il psittacise simplement les commentaires de la Fondation Jean Jaurès. S’il avait pris la peine de l’étudier (il est vrai qu’il est volumineux) et de consulter le rapport de la Fondation pour l’Innovation politique sur ce texte (« Immigration: comment font les Etats européens » mars 2023 page 31 à 35, il aurait pu lire que la France se différencie du reste de l’Europe et que « L’OCDE complète son étude en prenant en compte dans ses calculs la première génération, de descendants d’immigrés (voir tableau 2). Dans ce cas en France la contribution. budgétaire nette des immigrés tombe à -1,41% du PIB soit un coût d’environ 33 milliards d’euros en 2018 ». Sur le même ratio avec un PIB de 2024 égal à 2920 Mds d’euros le coût serait de 41,17 milliards d’euros. C’est exactement le chiffre auquel est parvenu l’Observatoire de l’Immigration et de la Démographie de Nicolas Pouvreau-Monti et approximativement le même auquel mon étude pour Contribuables Associés sur le coût de l’immigration avait abouti en 2022 (40 milliards d’euros) avant qu’ayant eu connaissance des rapports sur le coût annuel des dépenses de santé relatives aux méfaits de la drogue et du tabac, pour la partie relevant de l’immigration, je le recalcule en 2023 à 53,9 milliards d’euros. Jean-Paul Gourévitch

  9. Eric Woerth mérite, lui, manifestement son salaire ! Quant au « réel », chacun sait maintenant qu’il repassera…bande de sentimentaux de l’insécurité !

  10. Mr Woerth je vous invite à raconter cette bonne blague aux équipes du FMI qui débarqueront dans les bureaux de Bercy pour y remettre bon ordre, ils vont tout de suite couper le robinet et pas seulement. Ils vont aussi couper dans les postes de fonctionnaires (plus de 2 millions de plus qu’en Allemagne qui compte 20 millions d’habitants de plus que la France), réduire le mille-feuilles administratif français (même la Chine a moins de strates et elle n’est pas moins bien gérée) cela permettra de réduire aussi le nombre d’élus, plus de 700 000 quand il n’y en a que 25 000 au Royaume-Uni pour 68 millions d’habitants, comme chez nous! Dans tous les pays scandinaves les ministres vont à leur bureau par leurs propres moyens et doivent justifier de tous leurs frais (restaurant, etc) sous peine d’être poursuivis et ils ne quittent pas leur logement pour celui des ors de la monarchie sachant qu’ils ne sont que de passage et retournent travailler lorsqu’on n’a plus besoin d’eux au gouvernement, pas comme chez nous où les ‘incompétents’ sont recasés et s’incrustent à vie pour notre plus grand malheur. Déjà là, on aura économisé plusieurs milliards d’euros, il ne restera plus qu’à s’occuper du social où se trouve le gros gisement. La France est en faillite mais cela continuera tant qu’il ne sera pas gravé dans le granit (le marbre est trop tendre) que pour le budget il faut d’abord voter les recettes et ensuite seulement voter les dépenses (comme dans la plupart des pays de l’UE) contrairement à ce qui est pratiqué depuis toujours à l’Assemblée Nationale où on constate qu’on a voté plus de dépenses que de recettes, bah ‘ça fait rien on va emprunter la différence’ et c’est ‘open bar’ comme cela depuis des décennies. Ca va être dur! Allez, courage…

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